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Le mois d'août touchait à sa fin et l'envie de fuir la médiocrité des salles obscures avec. Elles nous refaisaient de l’œil avec deux mots à l'affiche qui n'avaient aucune raison de s'associer : « L’Économie du couple ». Banco, allons-y, allonso, quitte à se blesser salement comme devant un Pialat.

 

A nos amours qui gisent dans une réalité où tout n'est que capital. Avec L’Économie du couple, Joachim Lafosse (A perdre la raison) lorgne clairement sur le cinéma du réalisateur d’À nos amours. Il ne le poursuit pas, il s'inscrit dans sa ligne de mire : pas de cadeau, juste l'âpreté de la vie, la monstruosité de chacun et aucune possibilité de faire fonctionner le manichéisme. Pour paraphraser Maurice Pialat himself dans A nos amours, les protagonistes « sont tristes » c'est un spectacle triste qui se joue sous nos yeux dans cette petite villa de 5 pièces, belle comme tout. Elle et lui sont en couple depuis 15 ans, avec deux adorables jumelles. Il dort dans un bureau en pagaille. Elle dort dans la chambre parentale et papillonne de pièce en pièce. Elle a toujours eu plus de blé que lui, grâce à des parents bien-nés et une conscience de subvenir à la vie de famille. Elle est bosseuse, ordonnée, autrement dit chiantissime il faut bien l'admettre. Il est tout le contraire, donc insupportable et charmant il faut bien le concéder. Ils se sont aimés comme on s'aime à la folie quand on se rencontre, décide d'emménager ensemble et de faire des enfants. Comme on s'aime éperdument bien avant de reprocher à l'autre ses défauts qu'il a toujours eu. Bien avant de ne plus se supporter. Le Mépris avait écrit Moravia et adapté Godard avec la moue de Bardot et les inattentions de Piccoli. On en est encore là. Elle le méprise à chaque geste, chaque parole. Et lui, la ridiculise, la met face à sa bassesse.

A nos amours économiques

Sans économie, ce couple formé par les excellentissime Bérénice Béjo et Cédric Khanse brise le cœur à chaque séquence. Des plans séquences de préférence que Joachim Lafosse maîtrise à la perfection. Comme cette ouverture où tout doucement le tableau de la rupture et de la cohabitation contrariée se dessine en douceur avant la violence des regards et des mots. En la suivant, elle de la cuisine au salon, de la salle de bains à la chambre des jumelles, on comprend que l'espace n'est plus distribué comme avant, comme au temps du couple. Lui n'a plus le droit de vivre dans les mêmes pièces qu'elle, d'arriver en avance chez lui qui est à 70 % chez elle, il a « ses jours » ne cesse t-elle de répéter. Le drame de la séparation qui n'a pas eu lieu en cache un autre, celui de la société et de la lutte des classes qui l'habite depuis des lustres. Car dans ce couple comme dans cette société tout n'est que distribution des rôles, coupables et victimes, riches et pauvres. Tout n'est que possession. Elle a acquis cette maison avec l'argent de ses parents, il l'a métamorphosée de ses mains lui apportant du cachet et plus de valeur. La séparation physique ne se fera que si elle lui paye cette part là, si elle lui rembourse l'argent de son travail à lui, ce travail de ses mains, la chose qui lui reproche de ne pas connaître, tout comme le mot « capital ». Une fois le problème énoncé le film se lance dans une chorégraphie sublime et fluide, chorégraphie des corps qui se croisent d'une pièce à l'autre, chorégraphie des coups qui pleuvent dès la défaillance de la défense adverse, chorégraphie des corps susceptibles de se désirer encore dans ce huit clos parfois insoutenable. Comme dans Kramer contre Kramer en son temps, on ne cherche plus le coupable, ils sont des causes perdues tous les deux, comme nous tous. Comme dans Kramer contre Kramer en son temps, la douceur vient des enfants turbulents qui arrachent encore quelques sourires sur le visage meurtri de leur parent. Un mot mal prononcé ou une discussion sur la signification « d'être riche » et parents et spectateurs se souviennent que grâce à eux, ces gosses, il demeure un peu d'espoir dans la tragédie.

 

On observe juste une nouvelle fois l'amour quitter l'écran remplacé par un mépris étouffant. Dans une scène effrayante, un dîner entre amis ou lui n'est pas convié, le mépris doublé de la vérité éclate et il est plus que glaçant. Exactement comme chez Pialat où le père débarque à un dîner familial où il n'est pas convié et lâche son incroyable « vous êtes tristes » qui marqua au fer rouge le cinéma français. A la fin, on en est là, triste. Affreusement triste. Comme Bérénice Béjo dans cette scène bouleversante où le regret de l'amour évanoui la gagne l'espace de quelques secondes, d'une dernière chorégraphie à 4, on tente maladroitement de cacher notre flot de larmes. 

L'Economie du couple, la bande-annonce

Un Kramer contre Kramer pour la route

Tag(s) : #Cinéma, #Joachim Lafosse, #Bérénice Béjo, #Cédric Kahn

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