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« Moi je paierai pour te revoir » dit la chanson en ouverture. Elle le dit, en boucle, depuis un an dès la première piste, ancrée dans nos oreilles. On a payé pour le revoir naturellement pour l'entendre parlé de lui, de nous un peu et de tous ces lieux communs. Traversés fictivement ensemble. Viborg, Rome, Paris, Angoulême, Seychelles et London nous aime. Désaimé par sa bien-aimée, il n'avait pour solution qu'écrire en musique l'énième chagrin amoureux. Coucher sur le papier les souvenirs imagés par ses soins et surréalistes par sa fibre poétique. Barrer le Ø de LØVE comme symbole de son refus à l'amour nouveau. Manque de bol, les amours perdus héritent d'un double disque de platine en or cet automne et l'adoré fait salle comble de son malheur avec une certaine Marina. Et ce soir-là, le dernier au 28 boulevard des Capucines, le dernier pour boucler en beauté un tour de France de 50 dates, cette pensée ne cesse de revenir. Chanter tous les soirs l'être envolé, les souvenirs crevés, l'amour mort-né à plein poumon et remplir les salles grâce au chagrin, l'horreur salvatrice...  Dès l'ouverture, Viborg clamé par l'amoureux voyageur solitaire Julien Doré nous ordonne d'être émus. Et plus si affinités. On s'envole. Clairement. Fatidiquement comme à chaque écoute de ce tube noir. On passera par l'étape Hôtel Thérèse avec excitation. Un London aimant et suave. On brandira docilement des cœurs en carton sur Heaven. On regardera amoureusement un Bergman sur une vieille VHS. On se kissera for ever dans un joyeux bordel. On appréciera pour la millième fois le bonheur d'entendre ce stupide et magnifique « tiens, les clés de la Punto, l'amour est dans le coffre ». On chopera les clés par folie. On filera à toute berzingue dans ce monde si particulier que le garçon a su dessiner dans notre esprit depuis plusieurs albums. Ce dédale de villes, de souvenirs, de ces promesses passées un jour par tous et non tenues pour la plupart d'entre nous. Toute la soirée à savourer les rimes surréalistes de ce garçon timide, showman contrebalançant élégamment et constamment la noirceur de son texte par des traits d'humour décalés - et souvent capillaires. Décalé, le Doré comme son show. Un mur de paillettes et ce LØVE en lettres capitales changeant de couleur comme les sentiments changent de puissance. Doré doux sur Les Bords de mer. Doré fiévreux dans un Bleu Canard. Peu importe l'état, du moment qu'il est sincère. L'Olympia le sait. Le sent. La chanson française serait désespérante sans sa tronche de mec sincèrement touchant. Alors pour lui, pour sa fougue scénique, cynique et romantique, on s'enflamme de ces ultimes retrouvailles. Participe activement au chant, au groove, à la danse. Aux larmes aussi. Parce qu'après un Paris-Seychelles en lévitation, Doré équilibriste perché sur le balcon de la salle prenant les poumons de la foule en otage, on aura envie de pleurer à chaudes larmes. On évitera de se regarder entre camarades de concert, mais on sait, on soupçonne l'oeil qui brille. Cette larme, cette peste, capable de débarquer à tout moment de faiblesse. Comme la première fois où elle était apparue, dans une salle pleine à craquer de province, perchée difficilement dans un escalier. Pour le voir, l'entendre rouvrir la tombe de son amour perdu. En juillet ou en novembre, peu importe la température, le moral à bloc ou en berne, les frissons se baladent toujours sur nos bras quand l'adoré met fin à l'histoire. Referme la tombe. On a envie de se dire « t'inquiètes pas dès que tu ressors, les pistes similaires t'attendent dans ton iPod ». On a envie de se répondre méchamment. « Oui, mais l'inégalable beauté du live connasse ne se vit qu'une fois ». Pas faux. Que ça va être long de l'attendre de nouveau, le nouveau Doré et son prochain chagrin sublimé...

 

L'aDoré à l'Olympia
Tag(s) : #Musique, #chanson française, #Julien Doré, #Olympia, #concert

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