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Il y a un mois, je n'attendais qu'une seule chose, une seule date : un 14 juillet pour voir Joey Starr pour la première fois de ma vie en concert. La date est arrivée. J'étais à quelques heures de mon rêve de gamine. En attendant de voir le Jaguar j'ai patienté avec une première partie qui ne m'inspirait rien puisque je ne la connaissais point. Mais les gamines-groupies autour de moi ne me laissait présager rien de très bon. Furies modernes. Ultra-maquillées. Ultra-gueulardes. Ultra-branleuses quoi. Un 1995 s'affichait fièrement sur leurs pancartes comme sur leurs joues. Et quand l'objet de leur hystérie débarqua sur scène, il m'a immédiatement renvoyé à ma triste condition : vieillarde de 25 ans, paumée au milieu d'une foule de 15 ans d'âge mentale, qui critiquait avec assiduité ce qu'elle avait été un jour il y a une éternité. Une furie moderne, complètement gueularde et légèrement branleuse et carrément groupie (mais point maquillée comme une te-pu s'il te plaît). La première écoute est enfin arrivée. Je l'ai apprivoisée. Ai bien mis un titre pour entrer dans le jeu. Pour m'éprendre de 1995. Adhérer à cette ambiance qui m'en rappelait une autre que j'avais tant aimée...

 

1995-la-suiteTeam issue du sud de Paris, les six boys d'un neuf neuf cinq doivent avoir des vieux cousins du côté de Massilia. La belle phocéenne qui, dans les années 90, connu son heure de gloire grâce à une ribambelle de sales gosses à la rime ciselée sortie tout droit des blocs. Ils s'appelaient IAM d'abord, puis La Cliqua, 3 ème œil ou la plus belle de toutes la Fonky Family. Des équipes qui n'hésitaient pas à traîner les uns avec les autres. Les uns sur les disques des autres. Des petits merdeux autant le dire qui au-delà de leurs problèmes de petits mecs de banlieues, paumés socialement à la recherche de demoiselles, de flouz et trip de ouf, n'avaient que la rime pour unique amour. 1995 est à l'image de son patronyme. Un retour dans le passé instinctif. Nous sommes en 1995, la France découvre enfin que les banlieues existent avec un film coup de poing La Haine. Tout le monde bouge son boule sur IAM qui danse le MIA et La Cliqua sort son premier album. Son titre ? Conçu pour durer.

 

Ils ont durer tous ces mecs. Surtout chez ceux chez qui leurs albums sont conservés précieusement. Comme on garde les souvenirs d'un temps révolu. Un temps que je croyais révolu... Quand la clique 1995 a commencé sur scène à enchaîner ses titres avec des flow qui « glace l'épiderme », les gestes sont revenus comme s'ils n'étaient jamais partis. Tu lèves la main, stupidement. Tu souris béatement. Tu te laisses gagner par le flow. Porter par le mic fédérateur. Tu trouves ton voisin de trip musical sympa. Et t'emmerdes le monde, naturellement. La grâce de ce crew moderne aux accents de jadis apporte un vent de fraîcheur sur le rap français. Un monde empêtré dans ses combats de coq et de frics qui en a oublié ses sources. La Source est d'ailleurs le premier titre du premier album de 1995 sorti il y a un an. Les six mecs s'y présentent avec un putain de flow et une flopée de rimes efficaces pour faire trembler leurs adversaires. « Le hip hop de nouveau prend de l'ampleur. Je lui chante mon envie de conquête. La musique ma source et les lou-ja se taisent. T'hallucines car ma troupe a le groove dans les veines ». Et le groove passe dans tes veines d'ancienne fan de rap. Il est compatible avec toi, infiniment. Car il ne s'écarte pas des bases, il les poursuit avec une énergie scénique qui te rend ton insouciance égarée sur le chemin de la vie.

Petits branleurs experts de la rime qui manie la langue de Molière avec virtuosité, les six rappeurs de 1995 (Sneassy, Flav', Nekfeu, Areno, Alpha et DJ'Lo') s'amusent en live à livrer des partitions rythmiques sans limites qui font « jumper les foules » comme on disait au bon vieux temps du bon re-pa. Leur second album, La Suite, raconte la vie faite de hall d'immeuble, de potes, de joints, de galère et de passions. Car le geste est passionnée. « Y'a pas de fric mais je rime sans cesse ». Sur scène, le geste est plus maladroit. Tourne au battle entre petits mâles pour émoustiller les jeunes groupies hystériques quand l'un deux se jettent littéralement dans la foule. Mais qu'importe les imprécisions de ces jeunes garçons, ils ont conquis la vieillarde que je suis. Me rappelant mes jeunes années en réutilisant le beat mythique de l'excellentissime «  Belsunce Breakdown  » ou en provoquant un battle entre les filles et les garçons comme un vieux live au Dôme de Marseille de la Fonky Family. Un neuf neuf cinq m'a donné envie de me remettre au rap. Un rap vif qui n'a que la rime pour langage et non le tube préconçu pour les charts. Un rap battle où les répet' n'ont pas lieu d'être. Un rap old school hypnotique qui se reconnaît à une seule et unique chose : t à cet instant où l'album roucoule sur la platine, ta tête va en avant et en arrière calé sur un flow impeccable. Quand tu es sous l'emprise de ce rap là, du bon, tu passeras d'agréables moments, crois en la vieillarde que je suis.

 

Quelques photos du concert de 1995 le 15 juillet dernier aux Francofolies de La Rochelle :

 

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Tag(s) : #Musique

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