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L’amour est un crime parfait. C’est sur le tournage de ce polar glacial signé par les frères Larrieu que Mathieu Amalric s’est penché sur le scénario de La Chambre bleue, roman éponyme de Georges Simenon qui traînait depuis des lustres chez lui. Délaissant alors son ambitieux projet d’une adaptation du chef-d’œuvre de Stendhal, Le Rouge et le noir. Le Simenon sera plus vite bouclé que le pavé stendahlien. Dans cette fameuse chambre bleue, l’amour va commettre un crime. Parfait un peu moins.

« Je te fais mal ? », « Non ». Dans une chambre d’hôtel de province (Simenon oblige), deux corps s’enlacent, se chevauchent, s’entremêlent pour ne faire qu’un. Parfois elle le mord. Sa lèvre saigne. Une légère tache rouge apparait sur le drap et c'est un léger mensonge de plus à sa femme qui sera fait. Car l’homme est marié, la maîtresse aussi. Ensemble dans cette chambre bleue, sortie tout droit d’un autre temps, ils stoppent net le temps du quotidien, abandonnent compagnons de vie et enfant pour le plaisir de la chair. Ou du sentiment. Quand les corps se défont, des questions font surface. « Dis- moi Julien, si je devenais libre,  tu te rendrais libre aussi ? ».

La Chambre bleue : crime imparfait pour Mathieu Amalric

Les plans suivants, libre il ne l’est plus. Menotté, affrontant les questions d’un juge d’instruction, payé pour faire émerger la réalité. Une réalité qu’il semble méconnaitre lui-même. La suite est une lente et esthétique recherche de soi et de ses raisons du cœur que la raison ignore. « La vie est différente quand on la vit et quand on l’épluche après-coup » confie-t-il à un juge.

Avec une narration éclatée, Mathieu Amalric balade son spectateur comme Simenon baladait son lecteur. Longtemps, une question captivante subsiste : de quel crime est-il accusé ?Celle-ci s’accompagne d’autres questions floues qu’Amalric effleure à travers des gros plans, des regards. Est-il le pantin de sa maîtresse ? Le cerveau du crime ? Sa femme est-elle au courant ? Si le suspense tient le cap en étant maintenu jusqu’au procès des amants terribles, le charme lui n’a pas désiré être de la partie. Et c’est rare pour un film avec et signé Mathieu Amalric. Car l'homme est l'un des acteurs les plus charismatiques de sa génération.  Son jeu flirtant toujours avec la perversitél, sa voix hors norme, excite à tous les coups le regard. Subjugue les cinépiles. Il incarne rarement la proie mais toujours un bourreau d’indécision dans lequel il est impossible de percevoir l'extrême vérité. Est-ce le rôle du bourreau victime ? Est-ce sa mise en scène plate et évasive sur la passion enivrante donc destructive qui change la donne dans cette tentative d’adaptation échouée ? La Chambre bleue manque cruellement de sensualité et sexualité crue. En faisant le choix d’un polar sophistiqué peuplé de poses lascives et d'un refus catégorique de l’action, qu’elle soit à sexuelle ou criminelle, Amalric semble pour la première fois à nos yeux pris au piège d’un film totalement désincarné. Et pour la première fois dans sa carrière, il ne nous subjugue pas. Nous déçoit, carrément.

Tag(s) : #Cinéma, #Mathieu Amalric, #George Simenon, #La Chambre Bleue, #Cannes

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