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Ne jamais prendre l'apéro en vitesse un samedi soir. Ne jamais choisir les Halles comme cinéma un samedi soir. Ne jamais arriver avec cinq minutes de retard à une séance un samedi soir. Ne jamais opter pour un film français par désespoir, quand vous avez loupé LE film qu'il vous fallait. Et voilà comment la loose habituelle nous poursuit jusque dans une salle de cinéma, assis dans une salle 100% girly, face à un trio de filles comme il faut. Comment il faut déjà ? Des filles larguées et bien clichés. Comme dans n'importe quel trio, il faudra respecter l'équilibre, la parité de la connerie pour que chaque demoiselle puisse se retrouver dans le rôle. Il vous faudra donc une fille célibatante positive (Alexandra Lamy), une nymphomane barrée (Mélanie Doutey) et une femme au foyer cynique (Julie Ferrier). Parce que c'est bien connu une fille ne peut pas du tout être les trois à la fois. Trop complexe pour un deuxième sexe.

 

Mets toi dans une case petite fille et attend sagement la venue du prince charmant. L'attente consistera à se prendre des coups (se faire larguer par coursier, une habitude irl évidemment) subir les pires trahisons (rentrer chez soi et découvrir son mec en pleine partouze, logique) et sortir beaucoup et boire plus qu'il ne faut pour oublier que l'amour probable a pris la fuite cet enfoiré (toucherait-on enfin une once de réalité ?). Les situations les plus cocasses, les plus improbables se succèdent à l'écran et le trio infernal-insupportable fonce dedans... car la réalisatrice a du penser que la salle exclusivement féminine n'attendez que ça. Un miroir tournée vers elle. Sauf que devant ce spectacle 100 % girly de début d'année, 100 % quarantenaires larguées sur écran et irl, une seule envie : prendre la fuite comme les amoureux, les assommer avec ces bouquins arnaqueurs sur le développement personnel, le coaching et la quête de soi (lectures dans laquelle se réfugie le personnage d'Alexandra Lamy après une rupture, et seule ironie bien pensée du film).

Jamais s'infliger ça un samedi soir

Alors on serait donc ça : des hystériques insatisfaites ultra-fringuées, coincées dans des appart de rêve avec des jobs où on ne met jamais les pieds sauf pour passer sous le bureau du patron ? Des collectionneuses de bouquins mensongers et de mâles menteurs ? Les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures. Et il faut décidément croire qu'elles seront éternellement mieux abordées outre-Manche. Rendez-nous Bridget et sa petite voix intérieure, ses jupes en arrêt maladie, ses parents loufoques, sa vodka, ses parties de sexe et de débauche avec un sale type entre les cuisses. Presque dix ans que notre vague cousine anglaise nous console après chaque déboire, chose que ces trois filles seraient incapables de faire dans les dix ans à venir - si les déboires sont décidées les enfoirés à nous squatter - puisque jamais elles ne nous touchent, ne nous émeuvent – exceptée peut-être le personnage de Julie Ferrier osant prendre la parole à un colloc sur le bien-être en lâchant un sincère « j'ai le droit d'être malheureuse » avant de s'effondrer en larmes. A la réalisatrice, on a envie de crier "remboursez", d'hurler "réveillez-vous, dans la vie, les filles ça touchent en plein coeur. Même minables. Même bourrées. Même énervées. Les filles c'est les montagnes russes de l'émotion". Emotion, vocabulaire inconnu au bataillon. Finalement dans ce film « de filles et pour les filles » seuls les mecs valent la peine d'être rencontrés et d'être récompensés pour supporter des nanas pareilles (mention spéciale au cynisme vieillissant et attendrissant de Jean-Paul Rouve et à la folie d'un Julien Boisselier au talent trop peu inexploité au cinéma). Bilan du samedi soir : passez-le dans les bars et zappez les comédies girly à la française qui veulent faire du deuxième sexe une équation mathématique, une science exacte quand celui-ci est heureusement indéchiffrable.

Tag(s) : #Cinéma, #jamais le premier soir, #alexandra lamy, #mélanie doutey, #julie ferrier

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