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We Love Green. We Love Mud. We Love Hating. We love Waiting. We love un peu de tout ça, ou pas justement. Je pensais à tout ça en tâchant difficilement d'enlever la boue de mes superbes bottes d'équitation taille enfant, arrachée victorieusement un samedi midi dans une boutique de sport qui avait été dévalisée comme toutes les boutiques de sport de la capitale par la populasse parisienne à la recherche de bottes au look potable mais au prix raisonnable. La festivalière parisienne cette conne est un brin exigeante mais n'a pas encore le compte en banque pour des bottes Aigle, faut pas déconner. Car cette année la botte Aigle is the new Stan Smith. Bref, tout ça pour te dire que We Love Green commence là, à ce moment précis, quand un beau matin tu cours dans un Paris aux allures de Venise à la recherche de bottes suite au message de la page Facebook du festival qui t'annonce qu'il va te falloir des bottes, que la scène dédiée aux découvertes des jeunes artistes est annulée, que les gamins de moins de 10 ans seront refusés à l'entrée et que l'ouverture des portes est décalée et la programmation avec. Tu râles un peu, mais tu t'en fous car ton premier festival de l'année est maintenu et ça c'est le principal, et finalement c'est peut-être là que commence le drame et là où il aurait pu s'arrêter. We Love Green n'a pas été un drame pour bibi. Certes, j'ai raté les merveilleux Fils du Calvaire (qui passent leur temps à faire onduler mes tympans avec leurs divines chansons) et aussi L'Impératrice (le groupe dont la musique est une image que tu aimes mater en boucle, te noyer dedans même sans mauvais jeu de mots) mais je me suis découvert un plaisir particulier à enfiler des bottes et patauger dans la gadoue telle une gosse de la ville en manque de verdure et de crasse, activité jouissive que mon inconscient à la con a dû ramener à un « ça c'est vraiment rock la gadoue ! ». Beaucoup moins rock à We Love Green, comme les autres années : le prix de la pinte d'une fameuse marque qui inonde les festivals (d'ailleurs dis-donc les bières écolos ça existent pas ou je ne suis pas assez calée sur le sujet?), le bug du système cashless alors qu'on peut payer en CB au bar du coup tu dépenses tu dépenses, les files d'attentes à rallonge, de la bouffe à rallonge, à gogo, à foison mais toujours preppy la bouffe faut pas déconner, des couronnes de fleurs à 10 euros pour se la jouer Coachella alors que bon tu es à Vincennes avec des bottes de marins bretons aux pieds, du make-up soit disant écolo (j'y connais rien donc je ne peux même pas prouver que ça ne l'ai pas, mais j'ai un doute qu'Yves le soit totalement)... Là, je te rassemble mon lot de critiques de festivalière hypocrite qui ne saisit pas bien la logique commerciale de ce festival qui prime finalement sur le green et sacrilège, sur la musique. Les puristes diront que je n'avais qu'à ne pas acheter mon billet, je leur répondrais c'est pas faux. Mais Air, Metronomy, PJ Harvey, Fat White Family entre autres ça vaut bien 100 euros et le parc d'attraction à côté finalement on pourrait bien l'enlever du prix final. Bref, mes reproches touchent plus à l'idéalisme qu'à l'organisationnel. Là si tu veux te faire une idée, tu vas sur la page Facebook du festival et tu auras un beau panel de festivaliers/parisiens mécontents à tort ou à raison (le plus souvent, d'ailleurs, à raison). Car certes le seigneur météo n'était pas de la partie, mais le festival a clairement gadouillé dans la logistique (manque de sécurité, d'informations et j'en passe, mention spéciale à la programmation affichée sur le festival à 18 heures le dimanche soir, fait véridique). Une dame a très bien résumé la journée chaotique du samedi en expliquant qu'elle a eu l'impression de passer son samedi à la CAF. Et tu vas me dire sinon c'était comment ce festival qui a clairement les yeux plus gros que le ventre ?

We love Green on ne sait parfois plus pourquoi on te love en fait

Mis à par le fait que c'était topissime de patauger dans la gadoue comme si on était en terre du rock, ce qui n'est clairement pas le cas, c'était topissime (dans le désordre) de voir les sales, affreux et méchants anglais de la Fat White Family sur scène de nouveau. Il n'était que 16h30 mais ça n'a pas eu l'air de gêner le leader pour enchaîner les bières, tomber la chemise et finir en caleçon. Un grand classique quand on connait le garçon. Il s'est égosillé la voix comme on aime qu'il le fasse, c'est à dire à en faire peur aux enfants et nous laisser un sourire béat. A revoir ces types sur scène, on se demande légitimement dans quel état ils finiront leur tournée. Second fait topissime, chopper quelques titres de Minuit, les enfants des Rita Mitsouko. Génial ou triste, on ne sait pas trop encore mais dès qu'on les entend, ça colle à la peau, à la tête, comme une mélodie du duo des eightees, un truc sombre sur lequel tu peux tout donner. Cette découverte qui semble tout droit sortie d'un passé proche et lointain à la fois nous donnera sacrément envie de nous y replonger une fois les bottes enlevées et nos pieds au chaud. Topissime de pouvoir retrouver Metronomy ou plutôt un des Metronomy, Joseph Mount, revisitant classiques du groupe et autres, donnant au festival ces moments de grâce où électro, disco, pop s'emboîtent pour un dj set qui a le pouvoir de détendre un public souvent dissipé. Le must pour chiller. Oui, si tu veux un vrai bon public heureux de voir des gens qu'il ne verra peut-être plus jamais, ce n'est pas à We Love Green qu'il faut mettre les pieds clairement pas. Après tout ça, on s'est naturellement emballé pour Hot Chip et leur son old school sur lequel on ne peut que avoir envie de sautiller partout. Le summum de la soirée c'était clairement les très attendus LCDSoundsytem plus que parfait pour boucler une journée comme il se doit dans un festival digne de ce nom : la foule communie ENFIN sur cette électro pop qui fait sautiller les cœurs et les pieds dans la gadoue. Le lendemain, le topissime sera du côté de la scène Lalaland à laquelle on accède après maintes galères amusantes dans la boue, branches dans la tronche, détails de l'escapade qui participent largement à la sensation de joie quand tu découvres ce super lieu : un immense chapiteau dans un champ de boue ! Au Lalaland, le Badaboum a carte blanche. Cet après-midi là, on découvrira la pop léchée et planante d'Ariel Ariel qui nous fait voyager. Après on repartira en terre connue donc forcément bondée, écouter James Blake, Lorde au masculin à mes yeux qui fonctionne mieux toutefois que son alter ego féminin.

 

Enfin, s'il n'y avait qu'un souvenir à avoir ça serait celui-là : celui de retrouver ses 17 ans, ses après-midis adolescents à regarder filer le temps et l'air. En bonne vieille cynique un brin mélancolique, ce jour-là il fallait dire « oui Air, il faut les voir, mais ça va être chiant en live ». D'où ça pouvait être chiant en live ? Après six ans d'absence le duo français était prêt à dérober notre cœur comme un adolescent dans un film de Sofia Coppola. Car c'est honteux, mais Air c'est d'abord ça, la bande-originale de la vie d'une nymphette blonde, une vie sans saveur d'américains moyens qui s'étale dans l'herbe de la manière la plus ingénue et sexy à la fois. Ils joueront « Playground Love » en instrumentale, et ce n'est pas grave, car on se souvient des paroles comme si c'était hier ou comme si on était encore et toujours des « high school lover ». Air fait des merveilles. On ferme les yeux en les écoutant et on est tout là haut dans les cieux de la French Touch, plus dans la gadoue. Ils nous bercent pour l'instant suivant nous faire bouger en enchaînant les tubes (« Sexy boy » en tête). La scéno est parfaite, leur délicatesse exemplaire et ce concert des deux acolytes Jean-Benoit Dunckel et Nicolas Godin, clairement le meilleur souvenir de ce festival. Il y aura bien la somptueuse Polly Jean juste après pour boucler ces deux jours. Charismatique, tout de noir vêtue avec des manches virevoltantes et une gestuelle de grande prêtresse. Très étrange que cette reine PJ d'une grande puissance scénique et quasi mystique entourée de multiples musiciens et pourtant, il ne se passe pas grand chose. Un mec à côté de nous nous dira « on se fait chier non ? ». On n'ira pas jusque là monsieur. S'il y a bien quelques choses de troublant dans ce live, c'est bel et bien cette manière bien à elle d'amener ses auditeurs dans un ailleurs pour lui causer pourtant du monde tel qu'il est comme dans son nouvel album. Pourtant ce monde mystique manque de folie, de lâcher prise pour boucler un festival en beauté. Tous n'y entreront pas. Sincères regrets PJ. Et sincères regrets We Love Green, à chaque nouvelle édition je me demande si tu vaux encore le coup. Je crois que je ne suis toujours pas prête d' avoir ma réponse.

We love Green on ne sait parfois plus pourquoi on te love en fait
Tag(s) : #Musique, #festival, #we love green, #air, #pj harvey, #concert, #Paris

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