Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ce court récit ou déclaration - je ne sais à vrai dire quelle forme cet amas confus de sentiments va prendre – m'est venu à l'esprit vers 4 heures du mat', insomniaque et maniaque nocturne de Facebook. Le garçon, objet du récit, y publiait la bande-annonce de son prochain film, vendu comme « fait à l'arrache, sur un coup de tête », « à partager», ayant « besoin de tout le monde pour en parler ». Et en lisant, la demande du garçon je me disais que je n'avais jamais écrit ici combien je l'aimais. Je sais bien que le mot est un peu disproportionné  dans la réalité. Mais pas au cinéma. Non, au cinéma on l'emploie sans hésiter, sans barrière, avec démesure encore plus quand c'est un garçon démesuré. La dernière fois que cela m'était arrivée c'était Garrel, son « je suis très mélancolique » des Chansons d'amour, son interprétation de Nemours moderne dans La Belle Personne, sa volubilité dans Dans Paris, cette sensation d'apercevoir le fantôme de Léaud dans chacun de ses gestes. Garrel n'a jamais déçu, il était lui-même dans chaque nouveau film. Le garçon d'aujourd'hui fera de même semble t-il, peuplera ma mémoire – et la vôtre sous peu, si ce n'est pas déjà fait – de séquences génialissimes, folles ou noires qu'on ressassera pour se souvenir que le cinéma laisse les meilleurs souvenirs. Il a débarqué un jour d'élection de 2012, gueulant avec une voix brisée y compris, il fumait des pétards et faisait des bulles avec un chewing gum en attendant que son ex accepte qu'il voit ses enfants . Après il a commencé à partir en vrille dès qu'il tombait amoureux dans le grand froid de Tonnerre, il était tour à tour touchant et flippant. Il draguait maladroitement, peu importe la saison, l'automne et l'hiver, ignorant que les filles appréciaient souvent ce détail, les connasses. Il chantait Delpech la nuit dans les rues de Paris, ce qui le rendait puissamment attendrissant. Il parlait avec grandiloquence trou de la sécu, trou de rêves et Front Populaire un après 14 juillet. A travers tous ses rôles ou presque, en deux ans de petits films indés, le type a pris sa carte d'abonné au tristesse club. Ce détail nous le rend plus que sympathique. La cause de cette tristesse de cinéma était souvent les filles, mais dans les faits, l'origine était plutôt politique, au sens large du terme. Il est loin d'être Idiot, le garçon. Il a d'ailleurs réinterprété l'Idiot de Dostoëvski à la lumière d'aujourd'hui, de son désir, de sa rage d'hyperactif. C'est lui l'idiot, celui qui parle trop, qui pense que la beauté sauvera le monde, que l'art en est l'instrument. S'il gueule autant dans cette pièce, s'il hurle autant dans ses films – comme dans ce touchant court-métrage signé par et avec l'ami Garrel où il crie « Il ne se passe rien ! » - « c'est justement pour qu'on puisse entendre un dixième ou même dix seconde de ma pensée » explique t-il. Du coup, je n'entends que lui. Lui qui détonne et dénote dans le cinéma français. Lui, le trentenaire aux gueulantes borderline, à la tristesse d'un enfant du siècle, au charme hyperactif. Je ne saurais analyser cette projection mais quand j'entendais Garrel je voyais Léaud, quand j'entends ce garçon je vois le Depardieu des débuts. La brute au coeur tendre ou l'inverse. La délicatesse des excès, le génie. Cette manière d'être présent, de capter tout l'espace, de pouvoir tout jouer, la délicatesse et la brutalité. C'est une sensation bidon, parmi d'autres sensations bidons sans doute. C'était juste pour dire combien il fallait compter avec lui dans les prochaines années. Compter sur lui. Et puis dire aussi que son prochain film Une Histoire américaine, « tourné à l'arrache, sur un coup de tête » dans les rues de New York à courrir après l'amour perdu, ce truc bien français, bien maladroit, sort le 11 février dans les salles. Vous avez juste à visionner la bande-annonce pour comprendre que le garçon est capable de tout. J'allais oublier le plus important : le garçon s'appelle Vincent Macaigne.

Tag(s) : #Cinéma, #Vincent Macaigne, #Une histoire américaine

Partager cet article

Repost 0