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Spoiler est définitivement entrer dans la langue française. Le dernier Ozon a été spoilé partout. Dans la bande-annonce qui l'annonçait. Sur toutes les unes de magazines. Placardées dans tout Paris, Romain toujours la barbe parfaitement rasée, l’œil exquisement maquillée. Duris en femme. Surprenant ? Pas tellement pour le meilleur acteur français de sa génération. Déjà dans 17 fois Cécile Cassard de Christophe Honoré, Duris se dandinait avec sensualité pour imiter la LoLa de Demy (vidéo à l'appui). Un peu plus tard dans le Paris de Klapisch , il jouait un danseur malade au corps pourtant incroyablement gracieux. Duris, gueule brute de mâle, corps gracieux de femme, ou serait-ce l'inverse ? Peut-être que François Ozon avait déjà repéré sa proie, son mâle héroïne, cette nouvelle amie troublante. Troublants les fantasmes de cinéma du garçon derrière la caméra et les performances d'acteur du garçon devant. Ensemble (accompagnés de la fantastique Anaïs Demoustier) ils écrivent un conte sans repère, guidé par des envies pures, dans une société où l'on ne cesse d'accuser la perte des repères et des identités comme fléaux.

 

Au départ, d'Une Nouvelle amie, il y a deux amies d'enfance : Claire (Anaïs Demoustier) et Laura (Isild Le Besco). Ozon aligne les scènes clés de l'extrême complicité des filles. Jouer, se pomponner, s'amouracher des garçons, pleurer ensemble sur les garçons évidemment. Dans cette succession de scènes de vie, l'une semble animée d'une envie étrange pour l'autre. Admiration, jalousie, amour ? Elles finissent toutes les deux par se marier. Claire avec Gilles (Raphaël Personnaz, toujours sosie de Delon). Laura avec David (Romain Duris). Mais la belle blonde, à peine mère, va mourir prématurément. La belle rousse, elle, va rester et promettre de s'occuper de David et de sa marmaille. L'adultère est alors la piste la plus plausible à l'issu de ce premier quart d'heure. Mais dans ce décor d'un autre temps, il ne faut jamais perdre de vue que la fable est estampillée François Ozon, inspiré d'un roman de Ruth Rendell (déjà adaptée notamment chez Chabrol). L'anglaise aime brouiller les pistes. Le français aime faire jouer nos esprits étriqués. Le scénario réservera donc des surprises, des chocs et des incompréhensions à en croire la salle aux rires gênés. Voire indélicats.

Le potentiel érotique de la femme Duris chez Ozon

Un beau jour, Claire découvre que le prince charmant de sa défunte meilleure amie aime se déguiser en femme. Il est littéralement l'homme qui aimait les femmes : il aime reproduire leurs gestes, sentir le tissu d'une robe sur lui, se mettre du vernis et faire l'amour avec des femmes. La sincérité du regard de David/Romain Duris a cet instant précis est plus précieux et sincère que n'importe quel regard de deuxième sexe. D'abord réticente à cette idée, Claire va devenir la complice de David, rebaptisée Virginia. Le schéma de l'amitié enfantine se redessine à l'écran. Shopping, rires, confidences. Est-ce qu'elle est en admiration devant l'extrême féminité de Virginia, la jalouse ou la désire tout simplement ? Plus le film avance, plus les hypothèses se démultiplient sur eux.

 

Et nous, devant ce spectacle qu'éprouvons-nous ? Car là est toute la question du cinéma d'Ozon, livrer le spectateur à son propre libre arbitre, à son fantasme ou son envie de cinéma ou d'engagement d'ailleurs. Dans son précédent opus, sa Jeune et Jolie créature de cinéma, écoutant du Hardy et s'envoyant en l'air pour de l'argent, nous avait baladé, troublé, abandonné à nos questionnements existentiels. Mais jamais une seule seconde, elle nous avait ennuyé. Premier principe du Septième Art, rarement sacrifié chez Ozon. Toujours avec lui, ça s'agite là-dedans, ça bouillonne, ça demande à voir. Ça rappelle que la première visée de cet art est de nous troubler. Son esthétique a hérité du trouble charmant de celle du maître du suspense, ce bon vieux Hitch. D'ailleurs cette Virgina à la crinière blonde d'un fantasme hitchcockien ressemble à une cousine lointaine de Kim Novak dans Sueurs Froides. Plus troublant encore, cette agilité à se faire cotoyer le grotesque et le grandiose, la comédie et le drame, comme lors de cette scène dans une boite  où un travesti reprend une chanson de Nicole Croisille. "Une femme avec toi". Tout le film repose sur cette scène où le duo amies ou amants (le récit ne le dit pas encore) écoute, réceptionne les mots de cette chanson kitsch à la puissance grandiose. Une chanson comme seule explication. Ozon préfère suggérer les sentiments, les désirs et les identités perdues à travers un emballage des plus troublant qu'à travers de grands discours où il faudrait juger et raisonner ce qui ne se raisonne pas. Le coeur a ses raisons que la raison ignore, disait l'autre. Son final, apothéose du trouble, affiche une ressemblance exquise mais jamais ironique d'happy end de contes pour enfant. Dans la lumière éblouissante, le couple Virgini-Claire, fillette en main, nous échappe de dos. Finalement, ce qui vient de défiler devant nos yeux pendant plus d'une heure n'a rien d'une charge politique. Seul ce dernier plan agit sur notre raison préfabriquée par les contes. Si depuis toujours, on nous avait raconté une autre histoire, cette histoire précisément, l'histoire actuelle prendrait une autre tournure...

Tag(s) : #Cinéma, #François Ozon, #Romain Duris, #Anais Demoustier, #Raphaël Personnaz, #Une Nouvelle amie

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