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A la lueur du jour, la caméra caresse lentement les hauteurs des buildings new-yorkais sur un air doux. « Woody Allen est dans l'air » se dit-on naïvement, car il est dur de fantasmer Manhattan sans penser à l'idyllique du cinéaste américain. Quelques secondes plus tard, la caméra s'est enfoncée dans les méandres du métro et trouve son héros, l'anti, le plus bas que terre : le trentaine maladroit, brouillon, bancal et toute une série d'adjectifs négatifs et pourtant teintés de tendresse qui lui colle tristement à la perfection. Car le trentenaire en question fait les beaux jours du cinéma français indé depuis deux petites années. Le bien-nommé Vincent Macaigne interprète un Vincent perdu dans Big Apple pour reconquérir son amoureuse... qui ne l'aime plus, naturellement. Barbara est parti vivre à New York sans lui. Elle ne l'a pas emmené dans ses valises. Elle l'a planté pour un bellâtre américain, un peu plus baraque, un peu plus sain et tellement moins bancal. Alors normal, en parfait héros maladroit et terriblement français – donc parlant piètrement l'anglais, source de nombreux rires dans la salle - Vincent débarque à New York pour la reconquérir. Le speech sonne comme une comédie romantique, mais heureusement pour nous elle n'en est pas une  - attention spoiler - Une Histoire Américaine est avant un film sur le déni amoureux. Il le filme sous tous les angles possibles pour mieux cerner toutes ces étapes tour à tour doux et amer, fougueux et glacial, amusant et tôt ou tard inquiétant.

New York sans toi

C'est justement parce qu'il termine là où on ne l'attend pas que ce film s'en sort haut la main pour un film sur la folie amoureuse (employons les grands mots!) tourné sous l'impulsion intuitive de son réalisateur, Armel Hostiou et son acteur et co-scénariste Vincent Macaigne. Ils avaient envie tous les deux de partir à New York pour faire un film, pas à l'arrache mais seulement avec un scénario de base et des idées improvisées sur le terrain et des acteurs dénichés sur place. Dans une première heure, Macaigne fait son show irrésistible de trublion du sentiment. Toujours en verve, toujours en vrac, toujours convaincant même en esquissant des gestes ou des paroles maladroites. Il est tristement parfait dans le rôle du « garçon qui n'a pas l'air très heureux » comme le juge une amie faite au gré de ses errances alcoolisées et tardives dans un New York qui ne dort jamais. Barbara lui explique qu'il la fatigue plus qu'il ne l'a fait rire, et nous on rit de ses pitreries qui en vérité n'en sont pas. C'est quand les rôles s'inversent, quand lui le garçon envahissant et entêté rejette la fille irrésistible qui craque pour lui que son personnage gagne en épaisseur. Le film se sauve de ses légers 400 coups au cœur d'un New York propre à de telles situations. La vraie bonne idée de ce scénario c'est son final inattendu pour des lassés du happy-end comme nous. Quelques mois plus tard – en vérité quelques années plus tard en temps de tournage – le père et la sœur de Vincent viennent lui rendre visite à New-York. Amaigri, mutique et sombre, il a quitté son apparence brouillonne et forcément attachante pour être véritablement ce garçon pas très heureux, carrément inquiétant. Comme dans cette dernière scène où dans la pénombre d'une chambre partagée avec sa petite sœur, il joue avec la flamme de son briquet en parlant de lui au passé. Le déni amoureux s'est dévêtu de son potentiel pathétique donc drôle pour s'envisager sous son vrai jour : la perte de soi.  Enfin comme un prolongement de cette atmosphère sombre, il y a la beauté d'un générique qui mérite d'être mentionnée. Parce que la voix cassée et mélancolique de Vincent Macaigne citant, racontant cette aventure et ses nobles participants. Parce que cela rappelle les génériques lus de Godard (Le Mépris). Parce que cela rappelle la dernière chanson d'un album de Vincent Delerm (Gare de Milan sur Kensigton Square). Parce que finalement, ça mixe trois choses qu'on apprécie particulièrement.

Tag(s) : #Cinéma, #Une histoire américaine, #Vincent Macaigne, #Armel Hostiou

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