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  Ces derniers temps, les sexy bitch ont la cote au cinéma. Ces jeune filles en fleurs - cousines ultra-éloignées des Virgin Suicides de nos premiers émois cinématographiques auprès de Miss Coppola – ne perdent pas leur temps à rêver à des « playground love ». Elles s'emparent de la réalité ultra-faussée par des bitch refaites de la tête au pied squattant journaux, Internet et télé-réalité. Se prennent à leur tour pour des bitch qui veulent jouir de tout maintenant et tout de suite. N'ayant pour lecture que le Vogue pour le look et TMZ pour la hype, ces L.A Woman ultra-modernes et hyper-connectées se retrouvent croquer par la papesse du genre « teenagers désabusés » au cinéma. Les fanatiques de la Coppola's touch s'inquiétaient de cet engouement soudain de la part de la cinéaste pour cette mauvaise troupe de girls assoiffées de bling, bling. Des filles à l'exact opposées des habituelles héroïnes de Coppola Land. Ces ravissantes âmes paumées et subtilement torturées par la vacuité de cette existence qu'on aimerait bien envoyer valser de temps en temps.

 

Sauf que la grâce s'est posé sur le berceau de petite Coppola. Devenue grande, elle réussit à son tour à poser un œil ultra-gracieux sur ce qui a de plus vulgaire dans ce bas-monde : la célébrité. Inspiré d'un article du Vanity Fair, subtilement intitulé, « Les Suspects portaient des Louboutin », The Bling Ring retrace l'itinéraire vrai d'un gang éphémère d'adolescentes – un seul garçon parmi elles – qui s'était spécialisé dans le cambriolage de villas de « stars ». Oui parce que dans cette cité des anges là, il y a star et star. Et comme dirait le dicton, on n'y mélange pas les torchons avec les serviettes. Les maisons bling bling cambriolées sont celles des demi-stars (demi parce qu'elles n'ont rien fait de grandiose pour l'être en entier – ça c'est mon avis de bitch). Des célébrités baptisées entre autres Lindsay Lohan ou Paris Hilton. La tactique du gang ? Suivre attentivement la vie 24 heures sur 24 de leurs stars préférées et les dévaliser quand elles ont quitté la ville. Le but de ces ados à qui les mères donneraient le bon dieu sans confession ? Voler leurs idoles pour pouvoir porter leurs fringues griffés et accessoires de mode hors de prix, s'étaler en photo sur Facebook avec leur butin, se trémousser comme des salopes en boîte, se vanter auprès des copains du lycée, passer des heures à combiner les hauts de bitch et les jupes de bitch... tout ça pour devenir à son tour une célébrité. Quoi de plus logique.

 

Vous me suivez encore ? A l'écran, chose à laquelle nous avait point habitué Sofia Coppola : déluge de ce que les filles de Virgin Suicides ou Marie-Antoinette aurait pu considérer comme le comble du mauvais goût. Celui qui fait palpiter les poufs. Ça se sape comme si c'était défilé Chanel tous les jours à l'école, ça sniffe de la coke comme on mâche un chewing gum et ça picole sévère comme on sirote du Coca comme quand on est ado. Mais pour ce qui est de la baise c'est abstinence totale. Faudrait pas déconner on est aux States tout de même. Alors les bitch de service allument. Semblent prendre bêtement plus de plaisir avec les hauts à paillettes piqués à Paris Hilton qu'avec un mec.

 

Triste jeunesse qu'on poursuit d'un oeil captivé d'une villa à l'autre, d'un virée boîte à un après-midi shopping. Tristesse contemporaine d'éprouver un sentiment ambigu à l'égard de ces pauvres petites filles riches. Désir et répulsion, voilà ce que nous inspire le gang de Miss Coppola. Désir pour Emma Watson dont on envie les talents d'exquise manipulatrice. Répulsion pour cette société du spectacle qu'est l'Amérique, manipulant ses enfants depuis la nuit des temps avec son rêve américain. Ce sentiment déchirant ne nous ai pas inconnu, quelques mois plutôt Harmony Korine et son exultant Spring Breakers provoquait le même trouble.

 

The Bling Ring est un objet fascinant, où l'on glisse lentement avec consentement en compagnie de ces pestes vers la mauvaise pente, une forme de délinquance comme elle. Prisonnière de l'esthétisme interrogateur de Coppola, nous voilà fascinés pour ces énergumènes friquées elles même fascinées par une chose incompréhensible : le moi triomphant de la célébrité. Et comme à son habitude, Coppola nous plante-là face à elles, face à nous-même, face à ce monde sans clés. L’abîme existentielle sur grand écran à la gueule d'ange d’une Emma Watson à la tenue démoniaque qui claque sa langue pour nous appâter dans son monde ou d'un adolescent peu sur de lui avec des chaussures à talons roses au pied, allongé sur son lit d'ado pendant que maman cuisine. Des gamins qui échappent comme toujours aux sermons cinématographiques de Coppola fille, qui a passé sa vie à observer le temple hollywoodien mais à le juger en silence. Certains seront comme d'habitude frustrés de cette neutralité tapageuse. Les autres continueront a être troublé par ce choix. La neutralité, le spleen adolescent, la vierge et la putain, la douceur et l'acidité, la bande-originale divine, les instants en apesanteurs arrachés au matérialisme ambiant, les scènes de pole-dance, ces petits détails en forme de petits bonheurs cinéphiles constituent un tout. Le genre de tout qu'on définit par « œuvre cinématographique ». Bref, Sofia bitch ou pas : on adhère.

Coppola version Sexy Bitch
Tag(s) : #Cinéma, #The Bling Ring, #Sofia Coppola, #Emma Watson

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