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Sur chaque trajet retour qui m'éloigne de La Rochelle c'est, chaque année, la même ritournelle : la dissertation juilletiste imposée à ma sale caboche. C'est dur de réfléchir quand, dans l'autoradio, Stromae me fait ma fête et que la mort plane à chaque virage. La veille, le maestro nous a fait danser comme jamais. Nous et 15 000 autres personnes, tous la main en l'air, ondulant sur de la bossa nova, sautillant sur des airs de techno, chantant tous ses beaux maux par cœur et se regardant en souriant de cette folle et improbable union. Le pouvoir de la musique. Beau et étrange à la fois. Surtout dingue à vivre. Un résumé des Francofolies. Un condensé de cette chose si compliquée et passionnelle qu'est la musique aux heures des festivals. Car aller aux Francofolies et aimer la chanson française comme on l'aime, ça complique pas mal de choses dans notre sale caboche. C'est toujours la même guerre en nous. Saint-Jean-d'Acre contre la Coursive. Le facile contre la qualité. Ces conneries d'art mineur et d'art majeur. Les inconditionnels face aux nouveaux prétendants. L'uniformité contre l'originalité. Se contenter contre exiger. Dans quel camp tu es et pourquoi tu n'irais pas faire l'effort d'intégrer l'autre camp le temps d'une soirée ? La force et la faiblesse des Francofolies. Toutes ces foutaises qui me rendent dingue quand je sors de ces quatre jours de vadrouille en bord de mer. Toutes ces phrases que je me répète sans cesse « faudrait apprendre à être plus tolérante, respecter les goûts et les couleurs de chacun et bla et bla et bla ». Foutaise. Ça fait cinq ans que ça ne marche pas. Que j'ai des envies de meurtres dès que je vois Christophe Maé squatter une nouvelle fois la Grande Scène de Saint-Jean-d'Acre, quand je découvre que Tal à son heure de gloire sur cette scène qui a vu les Gainsbourg, les Barbara, les Sanson jadis, que j'ai envie de frapper les gens qui osent s’asseoir pendant Asaf Avidan, ironisant la voix magique de l'artiste, de faire mon regard de méchante quand un mec derrière moi ose critiquer les danses hallucinantes de François Mary de Francois and the Atlas Mountains. Cinq ans aussi que je suis folle de bonheur de découvrir des petits artistes sur une petite scène revenir l'année suivante sur ce lieu de consécration qu'est la Grande Scène, Les Francois and the Atlas Mountains et Lilly Wood and the Prick entre autres. Toute émotive de voir les garçons talentueux investir La Coursive en juillet quand ils m'ont fait chialer toute l'année, les Julien Doré, les Noiseur, Arnaud Fleurent-Didier et Alex Beaupain. Et puis toute adulescente d'avoir enfin la possibilité de voir ce qu'il faut voir au moins une fois dans sa vie, les Joey et les IAM.

Bâtarde de musique

Depuis cinq ans, les Francofolies n'arrange guère mon intolérance-exigence maladive. Je me battrai pour pas grand chose dans la vie, mais pour défendre la chanson française si. L'instigateur de ce fabuleux festival qui fit rayonner La Rochelle dans tout l'hexagone était un battant et la chanson française sa cause. Un curieux, exigeant et prêt à faire côtoyer les grands noms confirmés aux petits artistes qu'il remarquait et qui méritait d'être connus de tous. Comme le fit remarquer Akhénaton, le soir du concert d'IAM sur la Grande Scène, Foulquier travailla pour « la variété au sens noble du terme ». Que penserait le vieux Jean-Louis, tant aimé par sa ville et par la chanson française, de voir une soirée entière dédiée aux tubes de radio, une scène gratuite devenir payante et une seule voix (celle de Cantat, sombre héros) s'élever entre deux tours pour soutenir les intermittents ? Et pourtant son festival continue son boulot, des artistes du chantier des Francos s'invitent sur la grande scène cette année encore, le rap retrouve une place de taille dans la programmation, toutes les générations se confondent pour ne former qu'une seule et même voix: prôner une jolie diversité de la chanson française qui n'a pas peur de chanter en anglais, d'aller fouiller chez les belges ou les québécois. Une chanson française bien écrite, hélas moins engagée, qui n'a pas peur de se diversifier. Le trajet touche à sa fin et dans la Twingo, Stromae gueule un «bâtard, tu l'es et tu le restes ». Bâtarde de musique qui comme la vie fait côtoyer le médiocre et le sublime et qui n'arrive pas à me faire admettre qu'il en faut pour tous les goûts. Nul doute que l'année prochaine, je chanterai la même rengaine en bonne bâtarde que je suis.

Tag(s) : #Francofolies, #Musique, #Jean-Louis Foulquier, #Stromae, #chanson française, #Francois and the atlas mountains, #La Rochelle

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