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La dernière fois, j’avais eu un sérieux doute. N’avais-je pas perdu mon temps ? La vie n’était-elle pas assez courte pour perdre son temps coincée dans une salle obscure à observer un torrent d’images tourbillonnantes dans un halo de lumière comme touchée par la grâce d’un mec tout puissant pour expliquer l’impalpabilité du grand tout et de l’amour en priorité ? Christian Bale aidant à faire gober la perte de temps de Knight of Cups, le dernier Malick en date , je m’étais dit « pourquoi pas ». Cette fois-ci, deux têtes d’affiches au charme bien affirmé et confirmé pouvaient sauver le délire démiurge de l’artiste, accompagnées de la moue irrésistible de la fille sans âge, Rooney Mara, et de deux résistants du bon vieux temps du rock’n’roll - Patti Smith et Iggy Pop. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, ce casting 100 % désirable annonçait l’erreur de trop et ma naïveté a eu pour conséquence d'accentuer mon écoeurement ( ma détestation ?). Terrence Malick a enfin produit le film de trop - certains diront « il fallait s’arrêter à A La Merveille, connasse » d’autres diraient même à Badlands. Et suite à ça, j’aurai juste envie de dire « enfin, circulez il n'y a plus rien à voir ». Je ne me ferai plus jamais avoir.

Song To Song : un Malick de trop

Malick tombe donc le masque du petit génie avec cette mauvaise balade, celle de trop, trop de tics, trop de voix off, trop de mouvements, trop de chansons ? Song To Song est le faux pas de trop, et ni Ryan Gosling, ni Michael Fassbender ne sont en mesure de sauver cette dernière danse. Chanson sans âme, film sans histoire (ou alors la très commune d’un « qu’est ce qu’on fout bordel avec cette existence ? »), Song To Song, cette merveille esthétique car avouons-le au départ tout est fantastique : voir Rooney Mara sourire béatement au bisous filou de Ryan Gosling,  les villas XXL avec piscine et vue sur la mer où tout le monde peut te voir te déshabiller en superbe compagnie de Natalie Portman (ouais, elle aussi est de la partie), les backstage avec Patti Smitth qui te fait le récit de sa vie de prêtresse de la folk, bref tout est "amazing" comme disent les américains - mais tous les géniaux petits pions du grand Monopoly de Malick sont merveilleux mais sans destination. Et alors, tout est vain, ciné comme vie tu me diras ? Oui, mais un petit but de temps en temps, avec un peu d’âme au passage, ça ne fait pas de mal à personne. Surtout pas au cinéma.

Si je cadenasse ma mauvaise foi le temps de quelques lignes, je me devrai d’ajouter qu’histoire il y a pourtant. Deux couples dans l’industrie musicale à Austin se mentent comme l’immense majorité. Rooney Mara - irrésistible comme d’hab - est tiraillée entre sa réussite et le sexe et sa quête d’amour absolu, les trois ensembles n’ayant jamais fait bon ménage chez Malick. Du coup par intérêt elle couche un peu, beaucoup, trop avec Michael Fassbender qui, lui s’éprendra de sa pâle copie Natalie Portman. Et Ryan dans tout ça ? Ryan nous lasse - pour la première fois de notre vie de cinéphile - à toujours enlasser les filles avec cet air d’être le plus délicieux garçon au monde, façon mutique qui va t’aimer comme jamais. Soudain cela nous effleure enfin : n’a t-il rien d’autres en stock comme jeu d’acteur ? Et est-il bien nécessaire de préciser, qu'on déteste doublement plus Malick de nous avoir obligé à nous mettre ça en tête. Tout ce petit monde joue à cache cache dans de somptueuses villas, des backstages déjantés et des paysages qui font sens ou du moins qui le cherchent - "et tiens dis donc si on grimpait sur un temple incas pour jouer l’éternel ritournelle d’un amour à trois en plein soleil ça ferait une scène superbe dans la boîte non ?. La tentation personnage cher à Malick est partout et comme toujours on la frôle sans jamais la prendre réellement cette coquine. Jamais autant de jeux de mains , jeux de vilains n’ont saturés médiocrement un écran. Le problème de ce Malick n’est pas son énième histoire romantico-philosophique c’est là où il la place le fond du problème : dans les cieux, trop perchée dans une sphère esthétique tirée à quatre épingles cachant tant bien que mal la supercherie d’un cinéma qui tourne en rond à force de se contempler le nombril depuis plusieurs épisodes magiciens. 

Song To Song : un Malick de trop

« Mais pourquoi est-elle si méchante ? ». Parce qu’elle lui en veut d’avoir emmener quelqu’un dans cet enfer, parce qu’une cinéphile déteste éprouver cette sensation rare et abjecte d’avoir envie de se casser d’une salle de cinéma au bout de 15 minutes, parce que ce Malick aurait fait un excellent Tutotal à base de « pour te donner l’air mutine enroule-toi dans les rideaux façon Rooney Mara », parce qu’en plus il a emmené de deux mes acteurs préférés dans ce ballet indigeste et détestable. Le vent a définitivement tourné à partir du moment où le réalisateur de Badlands a transformé ses plans les plus divins en vulgaire publicité léchée pour vendeur de parfum prestigieux (avec madame ex Pitt dedans). Son génie résidait dans ce récit sans code sans linéarité qui avait fait de lui sa marque de fabrique, mais ses images ont littéralement dévoré son désir de récit, le condamnant à raconter éternellement la même chose, autrement dit pas grand chose. Pour Knight of Cups,  je me demandais si « additionner de belles images sans logique sur une voix-off qui prend un malin plaisir à philosopher médiocrement une vie médiocre constitue un grand film ? ». Song to Song m’apporte aujourd’hui la réponse : définitivement non. Ce foisonnement grandiloquent d'images et de tourments, sans bruit ni fureur - un peu con quand le film s’appelle Song to Song tout de même -, laisse un goût amer. 

Tag(s) : #Cinéma, #Song To Song, #Terrence Malick, #Ryan Gosling, #Michael Fassbender, #Rooney Mara, #Iggy Pop

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