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Cette semaine j'ai enfin compris quelque chose à la vie : Robert Redford est le meilleur acteur que la terre n'est jamais portée. Peut-être même le meilleur des hommes. J'ai 26 ans et j'ai enfin compris l'amour démesuré de ma mère pour ce beau blond séduisant à 30 ans comme à 40, à 60 comme à 70. Il m'aura fallu une semaine et cinq films avec le beau monsieur pour être contaminé. Le monsieur a aujourd'hui 76 ans. Si l'on fait les comptes avec une carrière démarrée à l'aube des années 60, l'homme a du faire rêver – pour ne pas dire fantasmer – trois générations de femmes. Chacune d'entre elles doit avoir son film préféré qu'elle visionne en cachette quand plus rien ne va. Butch Cassidy & le Kid pour les plus anciennes. Out of Africa pour leurs filles. L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux pour les filles de celles-ci.

 

J'ai toujours cru que Nos Plus Belles années était mon préféré. Et pour cause comment résister à l'histoire d'amour impossible entre l'étudiant play-boy, riche et désinvolte et l'étudiante idéaliste, fille d'immigrés juifs, fervente militante communiste dans une Amérique en pleine chasse aux sorcières ? Redford séduisant Barbara Streisand, hélas, Sydney Pollack n'a guère fait mieux. Enfin ça c'est ce que je pensais avant de regarder enfin – avec des années de retard - Out Of Africa. Film où ce grand réalisateur américain a donné à des milliers de filles l'envie soudaine d'un safari, de tuer des lions, de voler dans un vieux coucou brinquebalant et de tomber amoureuse d'un homme et d'un pays aussi sauvage et épris de liberté l'un que l'autre. Dans ce drame d'un autre siècle, la spectatrice ignore si elle est tombée amoureuse des fidèles souvenirs d'Afrique de Karen Blixen, cette femme qui avait « une ferme en Afrique, au pied de la montagne du Ngong » ou de ce Denys George Finch Hatton, « l'homme qui ne fut à personne ».

 

Bien partie dans ma soudaine addiction pour un blond – chose surprenante pour laquelle il va falloir consulter tôt ou tard – je m'enfonçais avec bonheur dans ces films d'un autre temps qui n'ont pas pris une ride contrairement au Robert en question. C'est ainsi que je me procurais Les Hommes du Président. Apparemment film de base de tout journaliste qui respecte sa profession et fait de la presse ce qu'elle est trop rarement aujourd'hui : un contre-pouvoir. Un contre-pouvoir qui mis à mal en 1972 le président des États-Unis Richard Nixon. Robert Redford y incarne Bob Woodward, reporter au Washington Post, qui avec son comparse Car Bernstein (Dustin Hoffman) révéla au grand jour la vérité sur l'affaire du Watergate, scandale politique qui conduit à la démission du président républicain. Car vois-tu camarade lecteur, Robert est à l'inverse d'Hollywood, il roule d'abord pour sa cause plus que pour lui-même et sa belle gueule d'ancêtre de Brad Pitt. Seulement quatre ans après le scandale, il prend le risque de produire ce film politique qui sent bon l'Amérique des années 70, ses pantalons pattes d'éph', ses machines à écrire, ses journaux déposés sur le palier mais aussi ses magouilles politiciennes qui la conduisit à sa triste perte. Robert Redford appartient à cette autre Amérique perdue dans les années 70, les années de lutte contre la guerre du Vietnam, lutte perdue qu'il tente de faire revivre en passant derrière la caméra dans les années 90 et en créant à la fin des années 70 le festival de Sundance, rendez-vous obligé du cinéma indépendant américain.

 

J'aurai pu m'arrêter là dans ma semaine spécial blond. Mais le Gatsby m'a fait de l’œil. Personnage magnifique à l'extérieur. Miséreux à l'intérieur. Fou amoureux d'une ravissante idiote, insupportable avec sa voix de crécelle. Follement éprise, elle, des apparences brillantes de la belle société des années 20. Pendant tout le film, la spectatrice troublée par la blondeur quasi divine de Redford voudrait qu'il se réveille et cesse de sublimer son passé et fatalement cette petite égoïste sans cervelle. Mais Redford ne se réveillera pas de son rêve passé. Il est ici tout le contraire de sa magnifique carrière : l'homme faible et touchant qui regarde le passé en pensant qu'il incarnera son avenir brillant. Un homme à la beauté insolente ignorant la définition, si chère à l'homme Redford, du mot « liberté ». Parfait opposé des Hubbel et des Denys, Gatsby est prisonnier de ses sentiments et de son personnage monté de toutes pièces pour éblouir son monde. A l'inverse d'un Robert Redford resté libre et vrai dans cette douce illusion qu'on appelle les États-Unis.

Redford le Magnifique
Tag(s) : #Robert Redford, #Out of Africa, #L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux

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