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La première fois que j'ai entendu Prieur de la Marne, j'ai entendu Nicole Croisille en vérité. Oui, la Nicole de Lelouch et des chabadabadas. Elle groovait l'amour, ou la nostalgie de l'amour perdu, comme jamais auparavant. Elle parlait de lui, sur des tempos gainsbouriens période abus de caféïne, période eau à la bouche. Cet edit empli de trésors sonores m'avait mis à l'eau à la bouche. Ce qui s'est transformé en addiction depuis. Addiction à Nicole, Yves Simon, Jean-Louis Trintignant et même Pierre Bachelet, oui, oui... Bons ou moins bons à leur époque, un garçon bien d'aujourd'hui, bercé trop près d'une platine vinyle d'un autre temps certainement, baptisé Prieur de la Marne avait le don de tous les rendre infiniment meilleurs.

Prière d'aimer Prieur de la Marne

Le vrai (Prieur de la Marne) a connu son heure de gloire pendant la Révolution française. Charismatique et éloquent, on le surnomma « Crieur de la Marne ». Celui de 2015 a conservé le charme mais côté éloquence c'est plutôt silence radio. Le Prieur actuel fait crié, parlé, susurré les autres créant sa propre éloquence, dialectique à base de petites musiquse habitée d'idoles. Et quelles idoles ! Dans son grenier aux trésors, Romy Schneider croise Gianni Bella, l'accent allemand craquant dansant avec l'italien séducteur. Un Yves Simon mélancolique y côtoie les dires de l'écrivain Henry Miller. Jean-Louis Trintignant se pose délicatement sur du Gainsbourg. Et à cette écoute précise intitulée "Qu'est-ce que ça fait quand on aime une femme?" on sait immédiatement qu'on aime ce mélange des genres. Toutes ces voix empruntées à la mémoire surgissantes de l'au-delà, quittant l'écran mythique ou la platine vinyle, dansant ensemble longuement des romances inattendues avec des tubes nineteens ou actuels, des romances sensuelles et pleines de surprises. On se laisse prendre par la ronde, se passionnant pour ce tourbillon de la vie, d'histoires brièvement entraperçues et méconnues. Prieur de la Marne m'a appris que Patrick Deweare est mort avant d'avoir pu être Marcel Cerdan chez Lelouch. Il m'a confirmé que la voix la plus sensuellement inquiétante du cinéma français, avant celle de Mathieu Amalric, était celle de ce vieux loup de Jean-Louis Trintignant. Trintignant lisant les vers érotiques d'Apollinaire.

 

Le jeune Prieur de la Marne fait plus qu'associer l'inassociable. Il invite à la curiosité, à prendre la même posture que lui, celui d'un curieux, assoifé d'histoires qui n'ont rien à voir les unes avec les autres. C'est un conteur qui nous donne envie de connaître chaque histoire sur le bout des doigts. C'est un magicien qui améliore notre attention sur chaque son qui débarque à l'improviste. Un réalisateur d'un autre genre qui n'a pas besoin de nous montrer le visage en larmes de Romy Schneider dans L'important c'est d'aimer, puisque l'important c'est cette voix, cet appel au secours, à la tranquilité qui fait fabrique dans notre inconscient imprimé de cette scène l'image de Romymeurtrie. Cette musique patchwork, cultivée dans les largesses de la culture, de l'élitisme au populaire, s'accorde à nos désirs, désireux de s'accorder, de tout aimer et connaître.

Suivre Prieur de la Marne sur Soundcloud >> https://soundcloud.com/prieurdelamarne

Tag(s) : #Musique, #Prieur de la Marne, #Romy Schneider, #Jean Louis Trintignant

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