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Un jour, sa musique vous a forcément déchiré le cœur. C'était dans l'inoubliable Valse avec Bachir de Ari Folman, film pour lequel il avait réalisé la bande-originale ou plus récemment dans le Divines de Houda Benyamina. Alors vous vous êtes enfin décidé à fouiner pour trouver l'identité de l'homme, effacé par l'écran, au piano, au violon, aux manettes de ces bruitages mi-nocturnes, mi-électroniques, totalement sombres. La musique de Max Richter est inclassable c'est ce qui la rend incroyablement classe, comme son nouveau projet. Réussir à plaquer une musique sur des pas de danse. Mais pas n'importe quelle danse : un ballet du chorégraphe Wayne McGregor basé sur trois romans de Dame Virginia Woolf (Mrs Dalloway, Orlando, Les Vagues). Plaquer une musique noire sur les textes noirs de l'auteure d'Une Chambre à soi, l'objet aurait de quoi faire broyer du noir. Mais là n'est pas le souhait des deux créateurs au siècle d'écart. Comme dans la littérature de l'anglaise, le compositeur réalise une partition déchirante d'où la lumière peut toujours jaillir ne serait-ce même que brièvement. Chez lui le caractère funèbre de l'existence côtoie toujours la lumière. Ce fan de Pinkfloyd pratique à merveille l'art du ralenti, qui chez Virginia Woolf prenait la forme d'une observation assidue de soi, des êtres et du monde. Un ralenti des corps qu'on imagine fort présent dans ce ballet. La musique de Max Richter a quelque chose de cette fameuse chambre à soi que préconisait l'auteur à toutes les auteures, et plus largement à toutes les femmes. Ses notes sont la copie de la prose lyrique de l'auteure, ses bruitages déstructurés de son âme fragmentée – âme intenable qu'elle fichue à la flotte au printemps 1941. Personne d'autres que lui ne pouvait aussi bien mettre un son sur le son indicible et dévorant de cette âme envoûtante. Sa musique pour ce ballet est une vague qui prend le temps de s'approcher pour envahir tout l'espace, tout doucement pour mieux vous affecter de son lyrisme et vous flanquer son inquiétude au coeur. A découvrir, écouter et répandre de toute urgence comme la lecture de Mrs Virginia Woolf.

>> Three Worlds de Max Richter, disponible le 27 janvier.

 

Tag(s) : #Musique, #piano, #virginia woolf, #max richter, #chorégraphie

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