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En rentrant dans cette salle, on avait promis aux garçons qu'ils allaient bander et aux filles qu'elles allaient pleurer. Parce que c'était ainsi depuis la nuit des temps. Les garçons bandent et les filles chialent, bien qu'elles voudraient à tout prix inverser la donne, la chance leur était rarement laissé au cinéma. En rentrant dans cette salle, on avait promis aux deux sexes « un excitant mélodrame sexuel » (dixit le synopsis). Il n'y avait pas mensonge sur la qualité de la came. C'était excitant, mélodramatique et sexuel mais cela ne s'imbriquait pas comme il fallait. Le drame était excitant. Le sexe, lui, esthétique et mélancolique. Le reste plat comme une vie où l'amour n'aurait jamais désiré se pointer. En rentrant dans cette salle, on était consentant, prêt à se faire avoir comme en amour, entendre des foutaises mais en prendre plein les mirettes et la mémoire. En rentrant dans cette salle, on ne pensait pas au viol de la plus italienne des actrices françaises dans un couloir de métro mais à Monica et son Vincent dans un pieu, dans une douche, ivres d'amour. En rentrant dans cette salle, on se demandait si une scène du même réalisateur réussirait à nous imprimer rétine et mémoire tout autant. En sortant de cette salle, elles étaient au nombre de deux. Deux scènes. Un plan - fixe - à trois de dix minutes où un mec et deux nanas (une brune et une blonde) s'imbriquent sur une guitare obsédante (pour ne pas dire orgasmique). Un lent travelling d'une première rencontre aux Buttes Chaumont entre ce mec et la brune, et un premier baiser échangé. Entre le baiser et la baise, presque deux heures d'inconstances du corps et du cœur filmé par Gaspar Noé.

Nous nous sommes tant aimés

On rembobine. Un matin, Murphy, un américain, étudiant en cinéma à Paris se réveille au côté d'une belle blonde... et surprise, d'un enfant. Double surprise encore, il a un message de la mère d'Elektra. Cette dernière a disparu. Au lieu de lancer Murphy à sa recherche, Gaspar Noé laisse son héros/ looser entre les quatre murs de son appart, intègre sa mémoire, en ressort les images les plus fortes de son histoire d'amour passionnel et destructrice avec Elektra. Caractéristique phare tantôt facile, tantôt sublime du cinéaste argentin : il commence bien entendu l'histoire par la fin. Pour résumer : la capote lâche quand Murphy saute sa charmante voisine – attention spoiler – devenue la mère de son enfant. Un peu plus tôt, ces deux-là accompagnés d'Elektra testent l'amour à trois (LA scène la plus belle et sensuelle du film). Après ça (enfin, avant chronologiquement avant, vous me suivez encore ?), Elektra et Murphy se draguent, se passionnent l'un pour l'autre, s'engueulent et s'aiment tout autant. Ils sortent beaucoup, sniffent beaucoup et baisent tout autant. Club échangiste, adultère dans les chiottes et tentative avec un travesti, les enfants terribles testent tout pour l'amour du risque. Avant cela, ils se sont aimés comme de sages étudiants, lui en cinéma, elle en peinture. Il aime Taxi Driver, 2001 et M le Maudit, en même temps il s'appelle Murphy. Elle ne jure que par la poésie, en même temps c'est une fille, les filles ces pauvres petites choses rêveuses et littéraires. Bref, ils s'aiment, se détruisent, se quittent, triptyque classique. Petite originalité : ils se quittent d'un commun accord dans un cimetière, avant de se tuer à petit feu suppose t-on par ce gros filon. Elle dans la dope, lui dans sa vie de famille. Chacun sa merde. L'amour a déçu. Et Noé dans tout ça ?

 

Passé à la machine de ma mauvaise foi maladive, Love ne déçoit pas,  il ne fait d'ailleurs ni bander, ni pleurer. Les dialogues auraient pu être signé par Marc Levy, exemple dans la bouche de notre ami Murphy : « Une bite s'est fait pour niquer, et j'ai tout niqué ». Et encore, j'ignore si Marc Levy « ose » utiliser ce mot dans ses romans à l'eau de rose. Et je vous épargne, la petite réplique misogyne et l'homophobe, chacun en prend pour son grade mais l'hétéro de base s'en sort plutôt bien, lui, en sautant tout ce qui bouge. La philosophie sur l'amour ne vole pas bien haut, mais Noé est comme cet amour inconstant qui arrive à se faire pardonner parce qu'il prend soin de prendre soin du reste justement. Love est l’œuvre d'un artiste qui bâclait ses dialogues mais sublimait tout le reste. Comme cette scène d'ouverture, longue, imposante comme un tableau de maître : deux corps nus se masturbent jusqu'à la jouissance. L'origine organique de l'amour est le point G du film. Montrez-moi ce sein et cette bite qu'on pratique dans la pénombre, exposez-moi le plaisir de la chair, semble réclamer Noé. Cela n'es pas excitant, encore moins choquant, juste désarmant parce qu'il signifie l'amour passé. Certains reprocheront au cinéaste d'être très/trop stylisé – étrangement le must de ce grand soin apporté aux scènes de sexe me semble cette formidable et toute simple idée de la baise sur Satie. En vérité, Noé – dont le père est peintre - se rapproche davantage que quiconque de la vérité en empruntant ces chemins quasi impressionnistes (plan-séquence, lumière chaude, ralenti...). Une certaine personne chantait « un poison violent c'est ça l'amour, un truc à ne pas dépasser la dose », Noé filme la dose, sa consommation normale, abusive et la peine qu'elle inflige après l'extase. Il filme l'amour à sa façon, sensorielle et faussement scandaleuse. Vrai mélo, faux porno, Noé et son comparse Maraval nous ont bien eu depuis le début. 

Tag(s) : #Cinéma, #Gaspar Noé, #Love

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