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Si Gatsby n'est pas magnifique. Leo si. C'est la réflexion qui n'a pu me quitter pendant mon escale de deux heures dans le monde de Baz Luhrmann. Ce regard mi-admirateur, mi-ridicule, mi-touchant sur Daisy c'est le même posé sur Rose quinze ans plus tôt. Il y a une éternité. La vérité c'est que personne n'a pu l'oublier, ce regard. Oui, les jeunes filles nées à la fin des années 80 entretiennent une relation particulière avec ce jeune homme de quelques années leur aîné – bon okay 13 ans. C’est le premier garçon a avoir eu le privilège d'entrer dans nos chambres au grand jour. Au départ, nos mères n’appréciaient guère l'idée de ce béguin adolescent qu’elles imaginaient ne pas durer. J’ai envie de dire : faux. Leo et nous, c’est du sérieux. Et ce depuis janvier 1998 très exactement. Année où, à la proue d’un bateau, il nous chantait « Viens Joséphine dans ma machine qui vole, qui vole s’envole comme une folle ». Ritournelle ringarde ancrée dans nos têtes. On avait 11 ans. Il en avait 24. Mais en amour, l’âge on s’en foutait royalement. Comme le fait que le Leo de l’époque soit un peu trop blond, un peu trop pas musclé et ses traits un peu pas assez masculins. C’était « presque » un adolescent comme nous. À notre portée de midinette de 11 ans. Notre rêve d'alors n'était point prétentieux. On rêvassait simplement de danser la gigue à entre ses bras, s'enfiler une bière cul sec et dire adieu à notre virginité à l'arrière d'une voiture aux vitres pleine de buée avec ce mec à la tête tremblante qu'on déposerait tendrement sur notre poitrine pas encore formée alors. C dernier scénario est bien sûr arrivé – heureusement pour nous - mais de façon nettement moins romantique… et sans Leo comme partenaire. Drame inoubliable de notre vie.

 

Alors après l’avoir perdu définitivement au fond de l’Océan Atlantique, tout ça à cause de sa petite amie de l’époque, sale bourgeoise égoïste qui aurait pu l’accueillir sur son radeau de fortune cette connasse, nous avons décidé de retapisser notre chambre à la gloire de ce Leo submergé par une eau glaciale et nos larmes d'alors. À l’époque, la presse magazine avait déjà flairé le bon filon : vendre des revues pour gamines amourachées avec 20 posters de Leo, posant sous toutes les coutures. Yeux d'un bleu insolent, mèche rebelle, fossettes espiègles faisaient battre nos cœurs à la chamade pour la toute première fois, toute première fois de notre vie d'amoureuse. Et peu importe si l'objet de notre amour jouait dans des films de seconde catégorie. Leo échoua ainsi sur une Plage dans les bras d'une frenchy sexy puis devint rapidement Roi de France forcément perruquée et amourachée d'une godiche. La carrière de Léo ne prenait guère la bonne route. À mesure qu'on imposait notre béguin pour les séances cinématographiques familiales, les femmes de la famille le raillaient de plus en plus. Pensant naïvement que les amourettes trépassaient avec le temps et les mauvais films, certainement. Elles ne pouvaient pas soupçonner que  si Jack Dawson était un passager de 3 ème classe Leo serait un acteur de premier plan à Hollywood, elle n'y connaissait rien en amour.

 

À défaut de rafler des Oscars, Leo raflera les expériences auprès des plus grands. Récompense d'un autre genre. Arnaqueur malicieux chez Spielberg, magnat sans pitié chez Scorsese, « extracteur » de génie chez Nolan, malade psy sur le chemin de la lobotomie toujours chez Scorsese sans oublier le tyran esclavagiste chez Tarantino. En un coup de baguette magique, les plus grands du cinéma ont fait disparaître le bellâtre rêveur et sensible qui s'agitait à l'avant d'un bateau sur le point de sombrer. Les jeunes filles nées à la fin des années 80 ont alors appris à aimer le Leo de leur 11 ans autrement. Devenues masochistes en amour, elles succombèrent sans hésiter aux excès de violence et de doute de son double troublé et troublant qui excelle dans des scènes de haute tension. L'autre Leo collectionne à la perfection les rôles de garçon complexe. Complexé par ses débuts de jeune premier certainement, il lui fallait comme salir son image trop proprette avec des crises effroyables, des pétages de plombs orchestrés par la main des plus grands. Le Léo d'aujourd'hui ferait presque oublier aux vieilles filles ce sourire ravageur découvert à travers un aquarium dans Romeo+Juliet ou tout en haut d'un escalier pour une danse endiablée en 3ème classe dans Titanic. Celles-ci commençèrent alors à se consumer pour un autre type de Léo, une autre catégorie de garçons, le mystérieux, le complexe, le taiseux capable de tout envoyer valser dans ses mascarades de noces rebelles, qui nous unissait à lui depuis nos 11 ans (laissez-moi rêver que j'ai toujours cet âge).

 

Dans le costume de Gatsby, héros suprême de la Lost Generation, Leo prouve qu'il est le meilleur acteur de la sienne... et ce en une scène. Scène pluvieuse, scène heureuse où Gatsby retrouve après cinq longues années de séparation sa bien-aimée – au passage encore une fille inintéressante – dans une pièce pleine à craquer de lys blanc, fleur préférée de la ravissante petite idiote, et saturée d'émotions indécises. Doit-on rire ou pleurer devant les maladresses de l'éternel jeune premier ? À cet instant, il faut juste dire adieu. Adieu le visage aux kilos en trop. Les rôles de vilains garçons. Les scènes d'hystérie maladive. Adieu les années pour lui comme pour nous. Bonjour, l'adorable visage de poupom, retrouvée et tant aimée. L'irrésistible sourire de Jack relevant la tête sur Kate nue. La beauté pure de l'adolescence. Un Leo trempé, dégoulinant d'émotions complexes et torturées, comme au tout premier jour de notre béguin pour lui, dans une piscine avec Juliet ou dans un océan avec Rose. Gatsby sauvé des eaux ressuscite le Leo tant aimé par les jeunes filles nées à la fin des années 80. Le hasard voulant que nos deux héros au siècle d'écart aient tout deux le plus beau des points communs : le sourire. «  Un sourire complice. Un de ces sourires rares, source d'éternel réconfort, comme on n'en rencontre que quatre ou cinq fois dans sa vie. Un sourire qui défiait – ou semblait défier - brièvement le monde entier, puis se focaliser su vous comme s'il vous accordait un préjugé irrésistiblement favorable ». Irrésistiblement, Leo demeurera le premier soupirant de ces dames. La source d'éternel réconfort. L'acteur d'une génération, la notre. Ca mérite bien un Oscar, un type pareil.

Leo est notre Roméo
Tag(s) : #Cinéma, #Gatsby le magnifique, #Leonardo DiCaprio, #Titanic, #Romeo+Juliet, #Baz Luhrmann

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