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C'est le temps de l'amour, le temps des copains et de l'aventure. C'est les 17 ans d'une jeune et jolie fille qui doit réciter les vers vus relus de Rimbaud en classe de Terminal, lire Laclos et ses Liaisons Dangereuses dans le métro et se taper les repas et vacances familiales où on excelle dans l'art des apparences. C'est les 17 ans d'une gamine au physique d'adulte et à la dégaine sensuellement nonchalante qui perd sa virginité sur une plage de vacances. Perdre tout sur le sable fin, l'innocence - superbe scène de dédoublement où la jeune fille assiste à son propre dépucelage – et les fantasmes par la même occasion – car la première fois est naturellement une catastrophe. La suite de cette année charnière – je vous rappelle au passage qu'on est rarement sérieux à 17 ans – s'avérera une catastrophe pour les juges du quotidien pas pour la demoiselle Isabelle. Parents, police, amis, psy tenteront de l'aider tout en ne cessant pas de juger l'acte indigne. Lequel ? Le soir après les cours, Isabelle devient Léa et Léa multiplie les 5 à 7 avec des vieux messieurs contre quelques billets de 100 euros. Cherche t-elle à se faire de l'argent facile ? Connaître les frissons du plaisir ? Soigner une blessure enfantine d'un père absent ? Mettre du piment dans sa vie fade de fille de bourgeois ? Rien de tout cela et il n'y a rien de dérangeant à cela.

 

Ne pas savoir. Ne pas juger. Juste observer. A l'heure du tout jugement socio-psychologique, François Ozon détruit les clés de la compréhension et du jugement. Il place dans les yeux des spectateurs des scènes tendres et cruelles, sensuelles et jamais dérangeantes, merveilleuses et crues. Il lui injecte dans la tête l'absurdité du jugement abject et tranché. Sous nos yeux, ce n'est ni une adolescente qui peste comme une ado de son âge, ni une prostituée qui compte son blé, juste un être humain déchiré par une blessure, une mélancolie insondable dont on respecte étonnamment la liberté soudaine gagner dans cette transgression. Comme le Belle de Jour de Bunuel, Jeune&Jolie ne dégoûte pas, ne choque pas et dérange encore moins – mis à part quelques connards mal baisés ou obsédés, au choix, dont les rires fusent aux scènes les plus cinglantes justement. Alors non, messieurs, mesdames et François Ozon également, une fille ne rêve pas de faire la putain au moins une fois dans sa vie, contrairement à ce qu'à pu dire le réalisateur dans une interview maladroite lors du dernier festival de Cannes. Mais la fille de 17 ans a juste un corps de putain et un cœur de vierge, et la cohabitation de ces deux-là peut s'avérer parfois difficile à gérer surtout dans une société reine de la provocation permanente et pudibonde pour des broutilles.

 

La vraie habilité du plus cruel et tendre des réalisateurs français s'installe dans le regard tantôt froid tantôt absent de cette Belle de jour version 2013. Fine analyste, la jeune fille observe son monde, en capte ses secrets aussi dérangeants que son petit exercice après les cours. Chez Ozon, la perversité, la monstruosité n'est jamais là où on l'attend. La fille fait « la putain » comme dirait la mère et la mère joue les infidèles tandis que le beau-père ne demeure pas insensible à sa beauté du diable. L'ado couche avec des vieux pour du fric et les autres ados se télescopent les uns avec les autres dans des soirées minables avec alcools et drogues à gogo. Ozon, comme à son habitude, explose les codes du bien et du mal. Dans l'objectif de sa caméra, personne n'est tout blanc et tout le monde emporte le secret de son comportement avec lui. Et ce depuis ses premiers films, véritables auscultations en sourdine des âmes et des corps les plus captivants.

 

Captivante, quoi de mieux pour définir Marine Vacth. La nouvelle coqueluche des magazines féminins, ex-mannequin et grande révélation du film, est une fille qui déguisée en adolescente ou en femme, en adolescente ou en putain, ne laisse personne indemne devant comme sur l'écran. Une beauté désarmante qui brille par son absence, déstabilise par son silence. Un mystère jeune et joli sur lequel François Ozon dépose avec grâce les mots d'une Françoise Hardy à la mélancolie idyllique. Des chansons en bande-originale d'une période indocile. Des textes aussi cyniques que sentimentaux, comme une unique clé pour saisir l'amplitude du mal être, du passage obligé, du secret que l'on a tous traversé un jour. Celui de ses 17 ans.

 

 

  

Dix-sept ans
Tag(s) : #Jeune et Jolie, #François Ozon, #Cinéma, #Françoise Hardy, #Marine Vacth.

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