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Pourquoi se taper une histoire qu'on connaît déjà par cœur par amour des sixties et des histoires qui n'adviennent pas totalement ? Pourquoi se taper une histoire moins intéressante parce qu'elle est secondaire. Elle n'est pas lui (son mari), elle est encore moins l'amante sublime et chagrine (Monroe), et non plus celle qui tentera de sauver le pays dans un dernier élan de progressisme (le frère Kennedy), elle n'est que Jackie, mère et épouse en arrière plan. Sans grande conviction, et avec un certain mépris il faut l'admettre, j'ai quand même visionné Natalie Portman en « Jackie », la Jackie de Pablo Larrain, le réalisateur argentin qui, quelques semaines seulement après son film sur le poète argentin Pablo Neruda, filme cet autre personnage que l'Histoire n'a pas épargné et qui décida par conséquent d'écrire son histoire. La Jackie du tailleur Chanel rose et de l'impeccable carré, dans une voiture filant à toute berzingue dans les rues de Dallas en novembre 1963. On retient de certaine femme leur robe démente et leur « Happy Birthday » érotique et d'autres leur carré impeccable et leur tailleur rose ensanglanté, c'est la tragédie de l'Histoire. L'histoire en place est circonscrit aux quelques jours qui suivirent l'assassinat du jeune président Kennedy. Ce sont sur ces quelques jours funestes que Jackie revient lors d'un interview accordé à Theodore White, un journaliste du magazine Life quelques années plus tard. Maîtresse d'elle-même, elle y évoque ses heures sombres et Pablo Lorrain leur donne vie par la grâce de flash-back à la beauté verti­gineuse qui ne visent pas à entretenir un mythe ou à le démystifier mais bien au contraire à révéler la fabrication des images consolidant le mythe. Comme ces véritables images de propagandes de Jackie en noir et blanc, voix douce et sourire appuyée, qui reçoit la télévision américaine en bonne maîtresse de maison, une maison pas comme les autres, puisqu'elle est blanche et centre d'attention du monde. Si l'image de Pablo Larrain est si séduisante, c'est parce que c'est Portman qui prend les traits de Jackie, qui la réinvente en sublime innocente, complice d'un faussaire, égocentrique dans son palais ou manipulatrice géniale. On ne sait véritablement jamais quelle Jackie on est sensé apercevoir sous ce carré plus que parfait, à l'image de ce voile noir sur son visage le jour de l'enterrement de son mari qui vole et laisse apparaître des bribes de son visage. La seule chose que le réalisateur laisse sous entendre sous ce portrait glaçant c'est qu'elle méritait non pas un hommage mais un témoignage ténébreux comme elle et l'époque.
deux instigateurs d'une parenthèse enchantée, brillante et brève. « Don't let it be forgot, that once there was a spot, for one brief, shining moment, that was known as Camelot. » répète t-elle au journaliste pour preuve. Comme pierre en plus à l’édifice du mythe.

Jackie à la lumière d'aujourd'hui

 

La Jackie de Pablo Larrain ne se case pas dans la catégorie « biopic » et empêche des décennies plus tard de placer Jackie Bouvier, Kennedy et future Onassis, dans une case médisante comme j'ai eu tendance à le faire pendant des années. Elle n'est pas plus intéressante ou moins qu'une autre, elle fait partie de cette histoire des États-Unis qui nous subjugue de ce côté-ci, et qui ne semble pas prête de cesser ce petit jeu. Perpétué par Pablo Larrain qui la montre sans cesse capable de retourner la situation, elle n'est pas indomptable mais entêtée comme l'exigeait le rôle. Elle ère ivre dans sa grande maison blanche, enchaîne les verres de vin et les clopes avec une élégance racée, se confesse à un prêtre sur cette image cadenassée de fidèle épouse alors qu'elle hurlait en silence, comme elle hurle de voir « qu'ils n'y seront pas arrivés ». « Arrivés » à quoi ? A faire autant que les autres, que Lincoln en tête. Car outre le portrait d'une femme qui cherche à consolider l'image légendaire de son mari, à préserver ses enfants ou à entretenir l'image, il y a une femme qui ne veut pas finir comme les autres veuves de l'Histoire de cette maison, comme Mary Ann Todd Lincoln. Une oubliée, une reléguée de l'Histoire. C'est d'ailleurs lors d'une scène dans la fameuse chambre du président Lincoln, ce lieu où le président signa la Proclamation d'émancipation des esclaves, cette chambre redécorée par Jackie himself, qu'elle semble la plus sincère. La plus hargneuse et volontaire, tour à tour égocentrique et idéaliste. John, Bobby et elle, aucun d'entre eux n'aura pu faire plus pour ce pays, ils ont juste laissé une image. Celle de jeunes gens brillants, control freak avant l'heure, qui ont habilement écrit une page de l'Histoire de ce monde en plein changement. Lui offrant l'un des premiers mythes les plus féroces de l'après-guerre, celui des Kennedy. Après la mort de John, Jackie continue à écrire la légende des Kennedy, cette légende amorcée par le père de John. Cette semaine d'après le drame revisitée par Larrain décrypte l'écriture de cette légende. Ne dit-elle pas au journaliste de Life : « Je crois que les personnages que nous trouvons dans les journaux sont plus vrais que les hommes que nous côtoyons ». Encore une histoire bigger than life comme les américains en raffolent comme un monde en pleine guerre froide en désire. Le sujet est là : aux frontières de la vérité, dans le voile du mensonge, les coulisses de l’État. Jackie a surenchérit la légende déjà en place, notamment avec cette comparaison brillante entre le court règne de son mari sur les États-Unis et celui du roi Arthur, star de cette comédie musicale de Broadway qu'ils aimaient tant : Camelot. Camelot, Kennedy, tous

Tag(s) : #Cinéma, #Jackie, #Kennedy, #Pablo Larrain, #Natalie Portman

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