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« Tout s'est passé si vite. J'avais espéré que mon passage à l'âge adulte serait long, savoureux, instructif, mais tout fut terminé après ces deux années. Quelques fois, j'ai l'impression que les choses et les gens que j'ai connus depuis ne furent que des distractions mineures. Il y a des gens qui ne se sont jamais remis des années soixante, ou de la guerre, ou du soir où leur groupe a fait la première partie de Doctor Feelgood au Hope&Anchor, et qui marchent le reste de leur vie à reculons. Moi, je ne me suis jamais vraiment remis de Charlie. C'est à ce moment là que les choses essentielles, celles qui me définissent sont arrivées.

Quelques-unes de mes chansons préférées : Only love can break your heart de Neil Young ; Last night I dreamed that somebody loved me des Smiths ; Call me d'Aretha Franklin ; I don't want to talk about it chanté par n'importe qui. Et puis, il y a Love hurts, When love breaks down, How can you mend a broken heart, The speed of the sound of loneliness, She's gone, I just don't know what to do with myself, et... j'ai écouté certaines de ces chansons une fois par semaine en moyenne (c'est-à-dire trois cents fois le premier mois, et ensuite une fois de temps en temps), depuis l'âge de seize ans, ou dix-neuf, ou vingt et un ans. Peut-on sortir sans une blessure quelque part ? Comment ne pas devenir ainsi le genre de type qui tombe en miettes quand son premier amour tourne mal ? Quelle fut la cause, et quel l'effet ? La musique ou le malheur ? Est-ce que je me suis mis à écouter de la musique parce que j'étais malheureux ? Ou étais-je malheureux parce que j'écoutais de la musique ? Tous ces disques, ça ne peut pas rendre neurasthénique ?

Les gens s'inquiètent de voir les gosses jouer avec des pistolets, les ados regarder des films violents ; on a peur qu'une espèce de culture du sang ne les domine. Personne ne s'inquiète d'entendre les gosses écouter des milliers – vraiment des milliers – de chansons qui parlent de coeurs brisés, de trahison, de douleur, de malheur et de perte. Les gens les plus malheureux que je connaisse, sentimentalement, sont ceux qui aiment la pop music par-dessus tout ; je ne sais pas si la pop music est la cause de leur malheur, mais je sais qu'ils ont passé plus de temps à écouter des chansons tristes qu'à vivre une vie triste. A vous de conclure. »

Hight Fidelity, Nick Hornby, 10/18

Hello darkness, my old friend
Tag(s) : #High Fidelity, #Nick Hornby, #Musique, #Littérature, #pop music, #rock

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