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Enfilez vos bottes, le cinéma français nous sort de ses intérieurs cossus pour gambader en pleine campagne, dans la gadoue et les feuilles mortes. Gaby (Lolita Chammah), l'héroïne du nouveau film de Sophie Letourneur, semble moyennement attirée par l'idée. C'est son médecin qui lui a conseillé de se mettre au vert dans cette vieille bâtisse au coeur de la compagne, accompagnée de quelques amis. Sauf que Gaby ne sait faire sans sa joyeuse troupe et sans son amoureux . Pour elle, la solitude est un fardeau et fatalement la vie n'est faite que pour vivre en communauté. Drôle de spécimen que cette fille bruyante, désinvolte, sacrément égoïste à la limite de la caricature. « Moi ça me dégoûte les gens qui font des efforts tout le temps » lâche t-elle à un amoureux bienveillant (Félix Moati). Gaby n'en fait aucun, elle, des efforts. Alors la troupe rentre en ville, l'amoureux la quitte et Gaby doit subir la solitude. Pour ne pas rester une nuit seule dans cette semaine, elle va chercher un à un les hommes du village pour qu'ils veillent sur elle durant son sommeil et plus si affinités. Mais tous prennent la fuite, Gaby va finir par mettre le grappin sur un aussi drôle de spécimen qu'elle : le gardien ermite d'un château inhabité. Rencontre de deux solitudes, une subie, l'autre forcée, qui va inévitablement conduire les deux spécimens à s'aimer. Cette dernière phrase peu sembler un brin niaise, mais jamais Gaby Baby Doll ne chantonne des chabadabada. Chez Letourneur, les drôles de filles sont loin d'être des romantiques dans l'âme. Bien au contraire, elles ont tout à leur actif pour casser l'ambiance, voir carrément nous insupporter. Tête à claque au départ, Gaby le moulin à paroles va se révéler attachante à partir du moment où elle rencontre le silencieux Nicolas (Benjamin Biolay). Choc des personnalités. Il la laisse entrer dans son quotidien, sans lui épargner les yeux au ciel ou les remarques peu sympathiques. Elle pose 10 000 questions auxquelles, il reste la plupart du temps stoïque et nous souriants. Le quotidien se résume à deux balades très organisées dans la journée et un repas partagé dans la même gamelle, généralement des pâtes. Dans ce paysage sans fioriture, Letourneur filme la fantaisie de Gaby et la douceur de vivre de Nicolas. Pas incompatible. Il lui apprend la rigueur de la marche (se taire). Elle lui apporte la fantaisie du quotidien (un bouquet de fleurs ou du riz comme repas, folie !). Les humeurs glissent, les échanges font sens et la réflexion se mûrit en chacun d'entre eux, en silence. On pourrait vite tourner à l'ennui, mais Letourneur l'évite par sa maîtrise du comique de répétition, par la justesse délicatement fêlée de son propos. Et les acteurs y sont sans doute pour beaucoup. Si Lolita Chammah agace dans un premier quart d'heure, son franc-parler devient la grâce incarnée, son charme fantaisiste sait peu à peu gagner les cœurs. Sa fraîcheur croisée avec le doux mutisme d'un Benjamin Biolay, un brin bourru mais attachant, fait naître un duo atypique comme le grand écran devrait être capable de nous en proposer plus souvent.

Gaby Oh Gaby
Tag(s) : #Gaby baby doll, #Cinéma, #Benjamin Biolay, #Sophie Letourneur, #Lolita Chammah

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