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Les temps changent. Il l'a lui même chanté sans penser qu'il le changerait lui, accompagné de ses vagues cousins lointains d'Angleterre, biberonnés à la musique américaine. Il n'en avait pas grand chose à faire du temps, la femme derrière lui certainement plus, vous connaissez le dicton. Avec ou sans elle, il a toujours changé le temps. Le tempo. Décidait selon son bon souhait de s'en échapper ou de l'occuper. Pendant tout ce temps-là, il a été voleur, poète, usurpateur, voyant errant, menteur, chanteur engagé, rockeur puis Juda, fantôme et aujourd'hui il a le bon goût d'être crooner, dans la bonne tradition de sa saloperie de pays. Ainsi va la vie dans l'espace temps de Robert Zimmerman. Le temps est ainsi, il lui offre mille vies, mille identités. N'en déplaise à ceux qui ont vu, imaginé, fantasmé une vie parmi les mille autres. Il leur répond i'm not there. Il n'a semble t-i jamais été là, jamais voulu de nous, la masse ingrate de fans nostalgiques, vieux et jeunes y compris. Celle-là même qui s'est précipitée au Palais des Sports de Paris, deux soirées consécutive pour le voir, lui l'idole qu'on se refile de génération en génération. Tout le monde avait prévenu. Prix exorbitant pour papy croulant qui assassine ses chansons et s'active à donner le strict minimum. Tout le monde était jaloux de cette petite place haut perchée, au-dessus des cieux, chère payée mais arrachée à l'espace temps. 90 minutes sur la route de Memphis, dans la chaleur croulante de La Louisianne. Le corps est gracile comme au mitan des années 60. La démarche chaloupée. La jambe toujours en avant pour battre du pied façon cow boy prêt à en découdre. Dylan, le solitaire, était au cœur de son band. Chapeau vissé sur la tête, harmonica parfois en bouche et piano à deux pas de là. Il était loin mais là tout près, comme dans un alcôve d'un bar paumé. Comme un mec venu donné son tour de chant sans en faire plus, ne demandant pas plus. Un simple « Merci beaucoup » glissé avant l'entracte. Les choses n'ont pas changé. C'est un petit garçon âgé qui n'en fait qu'à sa tête. Le revival n'est pas à son répertoire. Contrairement à ses vagues coussins anglais qui font fructifier leur capital sympathie en enchaînant des classiques,lui, prend un malin plaisir à les saboter. Deux chansons à peine, revisitées, ralenties, mangées par sa voix sublimement brisée par le cocktail détonant du temps et de ses excès. Tanged Blue et Blowin' in the wind seront les modestes cadeaux du soir pour calmer les cœurs mélancoliques. A vrai dire, on s'en tape. Le type devant nos yeux a écrit la plus grande chanson du monde, ça excuse tout. Cette chanson qui symbolisait « la dernière occasion, dans l'histoire américaine, où le pays aurait pu changer d'une manière fondamentale, et pour le meilleur » comme l'écrivait Greil Marcus. Pas de pierre qui roule donc. Mais un condensé rodé, amouraché, dopé au meilleur carburant de la musique américaine en 90 minutes. Comme des images de champs de coton, de terres poussièreuses, de Johnny Cash puis des images de lumière tamisée, de verres de whisky, de mythes intouchables, de Sinatra, sans compter les guitares fracassées tout ça glissés dans une seule voix. Une voix qui chante la mémoire en reprenant Automn Leaves, classique du jazz américain et bien frenchy. Une voix abîmée d'hier, habitée par hier et chantant le présent, les albums récents.  "C'est une voix infiniment nuancée – par moments d'une monotonie presque autoritaire, parfois attendrie et tragique – mais elle est aussi en colère, vengeresse, joyeuse, ironique, lasse, spectrale, harangueuse". Une voix qui ne changera jamais quoi qu'elle chante parce qu'elle est ancrée dans les crânes. Qu'ils l'ont fixés à tout jamais au-dessus du reste.

 

Not dark yet
Tag(s) : #Musique, #Bob Dylan, #concert

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