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Monica Bellucci se léchant les doigts plein de ketchup, Madonna lascivement allongée au sol d'une chambre d'hôtel, Sharon Stone provocante un énorme collier entre les dents : la femme s'étale, s'affiche, se cambre dans tous les sens sous l'objectif de Bettina Rheims. Brune incendiaire ou blonde platine, star glamour ou inconnue lambda, l'objet du désir de la photographe n'a semble t-il qu'un unique point commun : un regard fatal qui dévore littéralement son spectateur. Un regard déclencheur tantôt d'une vague gêne, d'un désir ou d'un questionnement. Que raconte cette femme capturée depuis l'aube des années 80 par cette femme photographe ? Sinon, qu'être née deuxième sexe c'est un tantinet complexe à appréhender pour soi et sous le regard des autres. Peu importe qu'elle soit issue du star système, de la rue ou de derrière les barreaux, la femme chez Bettina Rheims ne laisse jamais de marbre. La preuve : elle attire beaucoup de monde à la Maison Européenne de la Photographie depuis fin janvier... et de commentaires. Elle vampe littéralement – presque – toutes les salles de la MEP, un phénomène rare. Traitement de faveur pour celle qui semble recycler les codes porno chic de l'instigateur du genre, Helmut Newton ? Un oui serait trop réducteur. Un non trop catégorique. Tentative d'explications...

Female Trouble - Claire Stanfield par Bettina Rheims

Female Trouble - Claire Stanfield par Bettina Rheims

Sexe, mode et name dropping. Voilà au premier abord à quoi ressemble cette perdition dans l’œuvre de Bettina Rheims. D'ailleurs, les visiteurs de la MEP - plus peuplée qu'à son habitude ce jour-là d'une étrange faune de femmes - s'amusent de photographie en photographie à retrouver le nom des dames qui se sont prêtées au jeu des poses suggestives. « Mais si c'est machine, tu sais, elle joue dans truc ? ». Parmi les machines du désir : Charlotte Rampling, Catherine Deneuve, Marion Cottillard, Laetitia Casta... La crème de la crème dans des postures où la féminité déborde du cadre comme pour dire qui suis-je (Laetitia Casta divine, échouée sur un rocher), viens me chercher (Deneuve dans la pénombre d'une chambre d'hôtel) ou fous moi la paix (Charlotte Rampling, toujours maîtresse d'elle même) ? Certains tableaux transpirent la déglingue, les nuits d'excès. D'autres émanent d'une sagesse quasi religieuse (la puissance hypnotique de la série de femmes accolées à un rocher par exemple). Plus les scènes défilent plus les questions affluent sur notre perception de ce sexe mis à – rude? - l'épreuve dans une société de l'image triomphante. L’œil de cette femme sur ces femmes fantasmées ne cherche t-il pas finalement à interroger le regard de celui qui les dévisage avant tout ? Certains diront que Bettina Rheims fabrique du fantasme plus qu'elle ne le questionne et participe à la mécanique de cette fascination pour la femme objet. D'autres décèleront dans son œuvre les fards de la féminité mises à nu (Kristin Scott Thomas quittant une perruque blonde, Valeria Golino échangeant son rôle avec la photographe comme meilleurs exemples). Jouer avec les codes pour mieux les bousculer et témoigner de leur atroce limite et si l’œuvre était là ? Sous le vernis du sexy trash craquelle une autre histoire en substance... seulement. Cachée dans une salle étroite, face à des portraits de célébrités musicales des années 2000 au look plus que bling bling, des portraits de femmes dépouillées de tout l'attirail classique pour capter le regard. Pas de chair mise à nu, ni de dessous sexy. Pourtant, pour ces simples portraits de femmes prisonnières sur fond blanc, les sujets ont choisis leurs plus beaux vêtements. La série s'appelle « Détenues », elle aligne les regards tantôt sérieux tantôt fuyants de celles qui vivent leur féminité dans un endroit clos où le désir n'est plus nommé. Quelques pas plus loin, les séries « Modern Lovers » et « Gender Studies » présentent à travers plusieurs portraits le physique singulier et incroyablement fascinants de garçons et de filles ayant comme point commun le sentiment d'êre "nés dans le mauvais corps". Débutée à l'aube des années 90, la photographe s'est repenchée sur cette série d'une incroyable modernité puisque il n'est question que de cela aujourd'hui : la reconnaissance d'un troisième genre. Via Facebook, elle a discuté avec des jeunes garçons et des filles à qui elle souhaitaitdonner la parole en les photographiant. La parole se libère à travers cette succession de portraits qui affirment un élégant entre-deux équivoque et déjoue les codes habituels du féminin et du masculin. L’œuvre de la photographe surexposée éclate alors dans ces deux séries inattendue, comme un envers du décor de celle qu'on croyait connaîre à travers ses images teintées de porno chic. C'est dans cet entre-deux quasi indomptable que jaillit son art de dévoiler tout et son contraire, d'abuser des fards de la féminité pour mieux les exploser l'instant suivant.

>> Bettina Rheims à La Maison Européenne de la Photographie jusqu'au 23 mars 2016.

Female Trouble - Charlotte Rampling par Bettina Rheims

Female Trouble - Charlotte Rampling par Bettina Rheims

Tag(s) : #Exposition, #maison de la photog, #mep, #bettina rheims

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