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« Je ne fais pas partie de la société des hommes mais de celle des femmes. J'aime les respirer, les toucher. J’aime jouir avec elles et les faire jouir. Les femmes sont magiques alors je suis devenu magicien ». Telles sont les dernières paroles de l'assassin dans Vivement Dimanche !. Telles pourraient être également les dernières paroles du cinéaste François Truffaut dont ce Vivement Dimanche ! est le point final à une impressionnante et mythique filmographie. Le magicien n'est autre que ce modeste critique des présomptueux Cahiers du Cinéma, devenu cinéaste phare de la Nouvelle Vague avec son pote Godard à la fin des années 50. Les années justement se sont écoulées depuis son premier long-métrage (Les 400 Coups, 1959) et les amitiés se sont, quant à elles, envolées. Reste alors gravés dans la bobine et dans la tête du cinéaste : l'amour de la mise en scène et l'amour des femmes. Vivement Dimanche !est le récit tantôt amusant, tantôt captivant de ces deux amours puissants, épanouissants et complémentaires que Truffaut chérissant tant.

 

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En 1983, François Truffaut souhaite tourner une série noire centrée sur Fanny Ardant, sa dernière compagne. Lui qui aimait tant la compagnie des films noirs américains et des romans policiers décide d'adapter Vivement Dimanche !de Charles Williams. Un roman où l'enquête est menée par une femme, et pas n'importe quelle femme : « une femme de tous les jours ». C'est ainsi que la charismatique Fanny Ardant deviendra sous l'oeil de son pygmalion : Barbara Becker, secrétaire d'une agence immobilière dans une petite ville du sud de la France. Son patron, Julien Vercel, sera interprété par un acteur de renom : Jean-Louis Trintignant. Ce dernier sera soupçonné d'avoir tué sa femme (une beauté blonde jouée par Caroline Sihol) et son amant. Recherché activement par la police, Julien Vercel passera la majeure partie du film caché dans la cave de son agence. Barbara l'y obligera afin d'élucider elle-même cette mystérieuse affaire de meurtre.

 

Chez Truffaut, la femme possède tous les pouvoirs de séduction et d'action . Les hommes en sont  ainsi souvent les pantins. Insatisfait de La Mariée était en noiroù Jeanne Moreau se transformait en beauté vengeresse (adapté d'un roman de William Irish en 1967), Truffaut se lance dans la réalisation de Vivement Dimanche !avec un soucis permanent de mise en scène originale. Une mise en scène, chère à son cœur de cinéaste, où il fait côtoyer comédie policière et romantisme euphorisant. Le résultat se veut captivant, à l'image d'une filmographie où seul l'art de raconter est maître à bord. Alors pour cette ultime rendez-vous de cinéma Truffaut raconte, Ardant enquête et Trintignant tombe amoureux. Le tout sous l'œil attentif d'un spectateur emporté par « ce qui se plaide le mieux : le crime passionnel », comme l'explique l'avocat du présumé coupable dans le film.

 

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« Captivé » voilà le sentiment qui définit l'ensemble de cette réalisation. Tous les protagonistes de l'histoire semblent connaître cette sensation si particulière. Barbara Becker (Fanny Ardant) est la première à ressentir cette émotion : captivée par son patron qu'elle aime en cachette depuis dès mois et auquel elle avoue son amour à la fin de l'énigme. « Captivé » Julien Vercel semble l'être également par cette machination qui se construit contre lui et dont il désire à tout prix connaître le véritable instigateur. « Captivé » enfin est l'œil de Truffaut, cinéaste en fin de carrière, qui revient sur le terrain de ses premiers amours : la comédie policière tournée sous la beauté étourdissante de l'ancien, la magie du noir et du blanc mélangés comme les corps d'Ardant et Trintignant dans la pénombre d'une cave. « Le film mêle deux genres. Le film nocturne, pluvieux, avec ambiance « série noire » et la comédie américaine » expliquait Truffaut. Ainsi dans le récit apparaît multiples clins d'œil de cinéma, le film étant truffé de références aux maîtres de l'auteur mais surtout il expose un parallèle inévitable avec l'œuvre de Sir Alfred Hitchcock. Le personnage de Jean-Louis Trintignant possède en effet de troublantes ressemblances avec des héros très hitchcokiens. Comme Cary Grant dans La Mort aux trousses, il est pris aux pièges d'une troublante machination. Comme James Stewart dans Fenêtre sur Cour, il laisse celle qui l'aime mener l'enquête à sa place... Truffaut empreinte ce qui, jadis, enchantait sa vision de critique de cinéma : les films noirs à l'américaine où l'humour apparaissait comme un ingrédient indispensable au bon fonctionnement de l'intrigue. Avec Vivement Dimanche !, il se fait plaisir et fait plaisir à ses spectateurs en faisant naître sur grand écran un charme disparu depuis bien longtemps. Il laisse sur les écrans, un bel hommage à la fiction et à cet art suprême, cinématographique et littéraire : l'art de raconter. Raconter une histoire, une mise en scène aux rebondissements invraisemblables où l'important est de croire ce que nous conte la bobine d'un grand monsieur de cinéma.

 

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Outre un récit impeccablement ficelé, où tout est calculé et consciencieusement prémédité, Vivement Dimanche !brille particulièrement dans la filmographie du réalisateur pour son amour avoué des femmes. Le générique se consacre donc à filmer d'entrée de jeu la beauté  fracassante de Fanny Ardant avec un long travelling arrière sur ses pas sûrs, assurés et diablement féminins. Elle se rend à son travail où elle va retrouver son infect patron. On découvrira par la suite, seulement, qu'elle l'aime profondément. Face à lui, elle s'impose comme une femme forte, aucunement hautaine ou prétentieuse, simplement femme agréablement entière et aventurière. Une beauté caractérielle dirons-nous. Une belle femme qui vient rejoindre le panthéon des grandes amoureuses façonnées par la caméra de Truffaut : Jeanne Moreau (Jules et Jim, La Mariée était en noir)et Catherine Deneuve (La Sirène du Mississipi, Le Dernier Métro). À l'inverse de ces deux divinités vivantes du cinéma, Fanny Ardant apparaît comme une déesse brune, pétillante et curieuse loin des mystères de la Deneuve ou de Mademoiselle Jeanne Moreau. Comme son héros, Truffaut éprouve une certaine fascination pour les blondes. Ce fait avéré s'échappe d'ailleurs lors de différents clins d'œil dans le récit. Fanny Ardant interprète une incroyable casse-cou, une « Mademoiselle Je-Sais-Tout » comme la surnomme son patron d'un air moqueur. Secrétaire, elle est capable d'endosser le costume d'enquêteur comme la panoplie dénudée du « plus vieux métier du monde » comme elle dit. En prostitué, elle illumine la noirceur des rues et des hommes, plus que n'importe quelle fausse blonde. Elle est là vivante, habitée par la fougue de son amoureux (Truffaut ou Trintignant ?) dans cette ambiance néo-noire, bataillant pour disculper son bien-aimé et faire aimer son cinéaste. Son espièglerie captive, charme. Sa beauté fatale séduit, crève l'écran. Et au moment où on imagine tous qu'elle nous crève le cœur, trahissant alors Trintignant et spectateurs y compris, elle esquive une entourloupe de grande actrice. Elle est soudainement cette grande comédienne qui brille par la grâce de son jeu et de sa fraîche complicité avec Trintignant. Elle incarne cette « femme magique » dont parle le véritable coupable de l'intrigue et de ses meurtres macabres. Un homme follement amoureux d'une blonde incandescente qui l'a conduit aux crimes. Elle est à tout jamais la « femme magique » de François Truffaut, qui signe avec elle, non pas un chef-d'œuvre mais un agréable instant de cinéma où l'art de raconter éclate à chaque plan comme à chaque réplique. Une « femme magique » dont Trintignant (comme le spectateur) n'est pas prêt d'oublier le charme de ses jambes et le regard noir. Un regard qui, hélas, n'a pu être capté une dernière fois par l'œil amoureux de François Truffaut qui disparaissait quelques mois plus tard, en octobre 1984.

 

Vivement Dimanche ! De François Truffaut (1983)

 

 

 

 

Vivement Dimanche ! Bande-annonce
Tag(s) : #Cinéma

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