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Marc Palestro mène une vie confortable. Autant dire qu'il a tout pour être heureux. Une épouse dévouée, une adorable enfant, une belle maison, un magnifique piscine, un boulot en or dans l'agence immobilière de son beau-père. Bref, une vie faussement idéale, rassurante et lisse. Mais dans la torpeur méridionale surgit une femme fatale, venue acquérir un beau bien immobilier. Sous un soleil de plomb, Marc ne voit d'abord que la nuque de cette blonde platine : elle est de dos mais il semble la reconnaître de suite. Derrière cette femme, mystérieuse acheteuse, se cache la petite Cathy. Cathy la voisine du balcon d'en face, de là-bas. De l'enfance en Algérie, pendant cette guerre sans nom. Oui, c'est Cathy son amour d'enfance. Il le sait, il en est certain. Alors sous le soleil méditerranée, écrasant et menaçant, Cathy et Marc passeront une journée ensemble, à se frôler, à se désirer avant de consommer l'acte d'une rare émotion. Mais le lendemain Cathy s'est envolée, la passion elle est intacte. Marc, curieux de retrouver la femme qu'il a aimé ou qu'il aime depuis toujours, évoque ses souvenirs flous d'un passé algérien à sa mère, il lui parle alors de Cathy, la voisine d'en face, et la réponse de sa mère est sans appel : « Elle est morte cette petite fille, tuée dans un attentat »...

 

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Comme son titre l'indique, Un Balcon sur la mer, offre une douce contemplation. Une contemplation sur cette mer mitoyenne, celle de deux terres qui se sont autant aimées que détestées. Un contemplation sur l'homme ou la femme qu'on a aimé il y a bien longtemps, dans une autre vie. Une contemplation sur ce passé, celui-là même qu'on aime tant bazarder, effacer pour le meilleur ou pour le pire. Sur ce fameux balcon, Nicole Garcia, l'actrice qui passe aussi derrière la caméra avec talent (Place Vendôme, L'Adversaire), contemple l'histoire de cet homme qui a aimé une femme étant gamin en Algérie et qui, aujourd’hui, se retrouve face à sa doublure fatale de l'autre côté de la Méditerranée. Un drame sentimental qui en cache un autre plus profond lié à l'enfance là-bas, en Algérie. Des drames intimes entremêlées avec subtilité dans le cœur de Marc comme dans la tête de sa créatrice.

 

Sixième film de Nicole Garcia, Un Balcon sur la mer est un véritable retour aux sources pour l'actrice/réalisatrice d'origine oranaise. La douceur d'Oran, de ses façades blanches, de ses odeurs, de son soleil accablant, de cette plénitude que la guerre est venue interrompre à jamais ouvre le film. Les images d'Oran en cette année 62 font d'ailleurs plus qu'ouvrir le film, elles l'habitent de façon superbe, elles le justifient à chaque instant, chaque regard et chaque douleur. Elles activent un leitmotiv dans la mémoire de Marc, un Jean Dujardin bouleversant de perfection en homme qui étouffe ses souvenirs pour mieux étouffer ses propres désirs. La réapparition de cette femme, de cette enfant du balcon sur la mer, entraîne cette vague de souvenirs refoulés. Car le souvenir a un point commun avec le balcon : on ose se pencher sur ce balcon comme sur le souvenir, de peur de voir remonter les choses qui ne faut pas. Un vertige se produit alors, comme dans un cultissime Hitchcock. Une phobie du vide ou du passé, une femme blonde platine s'échappe, courir après elle, après ce vertige infligé par la vie. Un Balcon sur la mer mérite la filiation avec le Vertigo du grand maître du suspense. La simple filiation, pas la même qualité bien entendu, juste cette même émotion qui nait de cette aventure entremêlées de mystères, tensions et désirs. Si cette histoire passée provoque le vertige chez Marc, elle provoquera la passion chez le spectateur, qui sera aussi pressé que son héros de découvrir la véritable identité de cette femme fatale, trop blonde platine comme la Madeleine de Vertigo pour être honnête.

 

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L'honnêteté des sentiments traverse ce film, le rend joliment bouleversant, à l'image de cette phrase modeste lâchée dans des circonstances peu romantiques, dans une station service, une vérité qui éclate toute en retenue le « j'étais amoureux de toi » de Marc à Cathy. Ce « j'étais amoureux de toi » qui signifie que tout est foutu, nous fait nous engouffrer avec lui dans ce tourbillon incompréhensible d'une quête d'identité de l'autre, qui n'est au final qu'une quête de soi et de son passé aux blessures irrémédiables. Une double quête que Nicole Garcia mène avec subtilité, avec un doux dosage de flash-back et de sentiments enfouis, et surtout grâce à son duo d'acteurs impeccables : un Dujardin écartelé entre virilité et lyrisme époustouflant et une Marie-Josée Croze sublime de blessures et d'amour inavoué. Elle incarne à merveille cette Cathy, icône hitchcokienne qui ne dit rien, se mure dans son silence, charme par son mystère. Blonde ou brune, Cathy intrigue. Tantôt dotée d'un charme solaire, lors d'une baignade improvisée dans une calanque, tantôt dotée d'une charme inquiétant, lors d'un accident de voiture où elle semble disparaître dans la nuit noire pour mieux réapparaître, on ne sait qui elle est... et quand le scénario nous apprend sa véritable identité peut-être avons-nous le même visage alors que Marc, son bien-aimé depuis toujours.

 

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Stupeur. Cette histoire d'amour à suspense trouve un second dénouement dans une magouille financière, qui certainement décevra les plus romantiques d'entre vous, mais au final on retiendra le premier dénouement : l'identité de la femme fatale. Le scénario de Nicole Garcia repose sur une belle intrigue romanesque dans laquelle on s'engouffre, sans penser aux conséquences, un peu comme Marc. Bouleversant d'élégance, dans un sud à l'image de Cathy aussi envoûtant qu'inquiétant, Un Balcon sur la mer n'est pas qu'un énième drame psychologique et sentimental, il dissimule dans ses réminiscences franco-algériennes des questions intemporelles. Ces enfants tendrement amoureux gambadant sur les toits d'Oran, ces enfants récitant le Iphigénie de Racine sur les planches évacués à la va-vite pour cause d'attentat, ces enfants enfin séparés à cause de la politique des grands, qu'est-ce que ça construit comme adultes ? Réponse : après une nuit d'amour à la force incroyable, la prénommée Cathy parlera de là-bas, de cette guerre sans nom, de ce lointain souvenir « un arabe » frappé à mort par des français sur une plage où ils jouaient tous gamins non loin de là, Marc mal à l'aise dira ne point se souvenir avec ce prétexte douloureux du « on était que des enfants », ce à quoi elle répondra froidement « On était pas des enfants, pas des adultes ».

 

Bande-annonce Un Balcon sur la mer

 

Tag(s) : #Cinéma

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