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Depuis plusieurs semaines maintenant, je déserte régulièrement l'Upper East Side et ses gossip boys ultra-craquants pour la banlieue malfaisante de Chicago. Adieu l'Amérique des Miss Van Der Woodsen et Waldorf. Bonjour Amérique d'en bas, terre des citoyens licenciés, sans le sous et dépourvus de tout sens du glam'. Le changement de décor est extrême – un brin inquiétant, je vous l'accorde – mais sacrément « chouette » comme dirait l'un de ses plus fidèles habitants : Frank. Légalement chef de la famille Gallagher, Frank est accessoirement un père démissionnaire et largué par sa femme, un alcoolique notoire et menteur invétéré. Dans les faits c'est Fiona, sa grande fille, qui enfile le costume du patriarche. La demoiselle ayant d'après son cher père « toutes les qualités d'une mère... sauf que c'est pas une putain de folle furieuse », elle se charge naturellement de la maison et de la ribambelle de gamins qui va avec. Un clan en manque de fric mais jamais d'aventures rocambolesques. Une famille made in america sujet irrésistible de la nouvelle série-star de Showtime : Shameless. Une série pour laquelle on craque pour trois bonnes raisons - et une superficielle en plus - explication :

 

1 –  Shameless lève le voile sur l'Autre Amérique

 

Shameless1Des quartiers chics et hype de l'Upper East Side au propret et charmant quartier pavillonnaire de Wisteria Lane, l'Amérique du petit écran s'évertuait jusqu'ici à renvoyer une image séduisante et attrayante d'elle-même. Une image, hélas, faussée en temps de crise. Aujourd’hui, par soif de réalisme ou simplement de nouveauté, Showtime brise le rêve américain avec l'excellent Shameless. Série directement inspirée de sa consœur so british,Shameless situe son action du côté de l'Amérique d'en bas, travailleuse experte de la misère, minée par l'alcoolisme, la violence et les petits trafics. Pour les besoins de la série, Showtime dépose ainsi matériel de tournage et acteurs du côté de la glaciale et misérable ville de Chicago. Spécialiste du politiquement incorrect, la petite chaîne qui monte aux States poursuit donc son aventure tapageuse avec les héros borderline (Hank Moody dans Californication, Jackie dans Nurse Jackie...). Les héros ici ce sont les membres du clan Gallagher. Ils ont tous entre 2 ans et 20 ans et se démènent jour et nuit pour tenir le cocon familial et le compte bancaire à flot. Un challenge plutôt impressionnant dans une Amérique qui prend l'eau de toute part.

 

À base de réalisme déjanté et de situations rocambolesques, Shameless tire son épingle du jeu. Un jeu défaillant où le petit écran américain, à force de s'amouracher d'hommes en blouse blanche sexy ou des flics experts, en avait oublié sa triste réalité. L'erreur est réparée grâce aux Gallagher et leurs galères. Une famille qui ne vogue par sur un long fleuve tranquille mais sur les aides sociales, les petits boulots médiocres et la récup' (ou le vol selon les épisodes). Une famille comme la société en fabrique chaque année en Amérique et ailleurs. Mais attention à ne pas se méprendre : n'est pas Obama qui veut, Shameless ne vole donc pas au secours de la belle Amérique et ne s'autorise aucun jugement, ni solution d'ailleurs. Elle se contente simplement d'exposer une vérité sociale sous un angle complètement cinglée. Et c'est déjà beaucoup !

 

2 – Shameless s'autorise à rire de tout

 

Comme le rire nous sauve, Shameless l'utilise à bon escient. Dans le scénario, Fiona ne veut pas de la pitié de Steeve, le garçon dont elle s'éprend dans un premier épisode plus que torride. Shameless fonctionne exactement sur la même logique : elle ne veut pas de votre pitié mais de votre rire. Un rire gras et inattendu à l'image de cette série « qui ose » dans une Amérique bardée de principes puritains. Chez les Gallagher on a autre chose à faire que de se soucier du puritanisme américain. Il y a la chaudière à réparer, la couche de Liam à changer et un père alcoolo à retrouver. Bref, chez les Gallagher le quotidien se gère épisode après épisode, avec à chaque fois une bonne dose d'aventures insensées, graveleuses et décalées. Rock'n'roll le tableau familial comporte d'innombrables imperfections aux yeux de l'american way of life. La mère Gallagher s'est tirée avec une autre femme, le père encaisse chaque mois le chèque de retraite d'une tante décédée (et accessoirement enterrée dans le jardin !), l'un des fils est homosexuel dans une Amérique miséreuse où il ne fait pas bon l'être, quant à la petite dernière à la gueule d'ange elle vole le bébé des voisins parce qu'elle n'a pas de vraie poupée. Chaque Gallagher est une histoire à lui tout seul, une histoire qui surprend, choque parfois mais dont les répliques acides et délirantes ne déclenchent qu'un rire profond et sincère.

 

Shameless4

Dans l'épisode d'ouverture, Franck picole autour d'un feu de quartier avec ses voisins et explique à qui veut bien l'entendre l'injustice criante qui est la sienne : « Personne ne dit que notre quartier c'est le jardin d'Eden, tu parles certains disent même que dieu fuit cet endroit comme la peste. Mais c'est un chouette endroit pour nous. » Cet endroit « chouette » et hilarant devient un véritable refuge pour le téléspectateur. Car on a beau crever de froid dans cette banlieue de Chicago, cette famille décalée réchauffe les cœurs. Non pas parce qu'elle abuse de la sacro sainte trinité (sexe-drogue-alcool) mais parce que dans cette anarchie quotidienne où la misère est reine le sens de la solidarité prime sur tout le reste. Une solidarité soigneusement teintée de vulgarité (exemple : débarquer chez les voisins pour prendre une douche alors que ces derniers sont dans une position plus que délicate). Oui chez les Gallagher, on ne fait pas dans la dentelle... et tant mieux !

 

2 – Shameless propose des vrais héros du quotidien (et ce avec des vrais acteurs talentueux en plus !)

 

Que serait Shameless sans sa bande d'acteur ? La joyeuse équipe incarne à merveille ce clan de timbrés généreux. Nouvelle reine de la comédie sociale, cette bande, composée de petits et grands, devient notre seconde famille. Oubliées les histoires de fesses des membres du Seattle Grace Hospital et les drames existentiels des gossip girls de l'Upper East Side, les Gallagher sont nos nouveaux meilleurs potes, une nouvelle fine équipe qui ne connaît point la définition de « l'ennui ». Ça tombe bien on déteste s'ennuyer à la télé ! Avec eux, chaque jour est une nouveau challenge imposé par la précarité. Qu'est -ce qu'il y aura au petit déj' ? Ce que Liam aura pu piquer au voisin. Comment expliquer à la dame de la Sécurité Sociale que la tante est morte depuis trois ans ? En empruntant une petite vieille atteinte d’Alzheimer à la maison de retraite du coin ! Magouilleurs de l'extrême aux répliques aussi infâmes qu'irrésistibles, le gamin Gallagher a pour spécificité de gérer au mieux sa famille à défaut de savoir gérer sa vie perso. Chaque personnage possède ainsi son secret, sa petite histoire peu commune qu'il ne partage qu'avec nous, téléspectateurs veinards que nous sommes.

 

Shameless4

Petits et grands compris, le casting séduit. Àsa tête l'adorable Docteur Morgenstern William H. Macy de la série Urgences William H. Macyépate pour sa métamorphose en Frank Gallagher, père indigne et incapable que la nature a malencontreusement oublié de doter du gène de l'amour paternel. L'homme pourrait sans conteste se mesurer à Hank Moody pour décrocher le Prix du « type qu'on adore détester au petit écran ». Àses côtés, Emmy Rossum frôle la perfection dans le rôle de Fiona, personnage aux facettes multiples et attachantes : grande sœur aimante, mère de substitution intransigeante, père de remplacement, amoureuse qui n'a pas froid aux yeux. Quant à la ribambelle de sales gamins qui traînent dans ses pattes, ils assurent tellement qu'on aurait bien envie de tous les adopter (la petite Debby, Emma Kenney, en particulier). Des personnages trash et fascinants qui, malgré leur problème de fric, enrichissent sans aucun doute la production télévisuelle américaine.

 

Argument BONUS :  Dans Shameless on voit – et pas qu'une fois - les fesses de Justin Chatwin

 

 


Tag(s) : #Télévision

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