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La Cinémathèque Française célèbre l'oncle le plus célèbre du cinéma français: Jacques Tati. Les amateurs de l'homme aux mimiques incroyables n'auront même pas eu le temps de crier "Jour de Fête" car imaginez-vous que Tati est tristement salué: on lui a dérobé sa pipe! Sacrilège, le créateur des Vacances de Monsieur Hulot roule en solex sur les murs du métro, vêtu de son irremplaçable imperméable et de son chapeau, avec entre les dents un moulin à vent jaune! C'est nouveau, ça vient tout juste de sortir, le scoop de la semaine:  ce bon vieux Jacques Tati est un délinquant: il enfreint la Loi Evin de 1991 avec sa pipe au bec!

Dans Mon Oncle, Tati interprétait un homme à la vie de bohème, rêveur et amateur de plaisirs simples. Cet Oncle, si amusant et maladroit tentait d'influencer son petit neveu, dont le père, très ennuyeux et strict, était directeur d'usine en pleine Trente Glorieuses. Tati, droit sur son solex et la tête haute, refusait de se plier à la norme d'un monde post-moderne qui bafouait les rêveurs à grands coups de modernismes exubérants. On peut se demander comment réagirait-il face à cette pipe disparue, parti en fumée sous prétexte que dans le monde nouveau on ne se corrompt point à fumer et à boire!

Quelle proie facile que ce grand monsieur du cinéma français qui ne faisait rire qu'avec ses mimiques  absurdes et non ses répliques. Face à un tel affront, personne ne reste muet, la polémique gronde ici et là. Le Syndicat de la Critique de Cinéma et la Société des Réalisateurs Français dénoncent  "un révisionnisme insupportable". Mais que voulez vous la loi c'est la loi et Métrobus , la régie publicitaire de la RATP, tente de la faire respecter à tout prix! Pourtant même Claude Evin, a qui l'on doit cette scrupuleuse loi, relative à la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme, juge cet acte "stupide". Absurdité du monde moderne dans lequel Tati se refusait de grandir, cette censure grotesque pose le problème éternel des limites du politiquement correct, qui va ici, jusqu'à déformer les œuvres du patrimoine français. Sartre avait été amputé de sa cigarette il y a maintenant quelques années, il en avait été de même pour Malraux, il ne reste plus qu'à se méfier pour Gainsbourg et sa gitane, Maigret et sa pipe... Ah que Jacques Tati aurait été bien triste dans ce monde moderne où il ne faut ni boire, ni fumer, ni savourer les plaisirs simples de cette pauvre vie terrestre. Heureusement, la Cinémathèque l'expose, lui et sa philosophie, et ferme le clapet à ses abrutis de détracteurs...


 

Tag(s) : #Actualités

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