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Sous le ciel de Paris, la vie est autre. Vie d'un autre temps, vie en dehors du temps, « l'espoir fleurit au ciel de Paris » chantait la môme Piaf. Il fleurit avec son lot d'images, de textes et de chansons. Le Paris d'aujourd'hui est le Paris d'autrefois. Un Paris de l'au-delà, où l'on croise les fantômes de gens aimés et admirés qui ont traversés les rues, les ponts et les faubourgs de la plus belle ville du monde. L'air émerveillé, j'ai croisé des fantômes, des lieux fantômes, des gens fantômes, des objets fantômes. Piaf essuyait les verres au fond du café, elle avait bien trop à faire pour pouvoir rêver. Gréco chantait avec un air blasphématoire « Dieu est nègre » sur le boulevard Saint Germain. Miles Davis n'était très pas loin à préparer les notes d'Ascenseur pour l'échafaud et Jeanne Moreau, déguisée en garçon, courait sur les quais de la Seine après Jules et Jim. Truffaut, à un coin de rue, imaginait Les 400 coups d'Antoine Doinel. Pendant ce temps là, Jean Paul Belmondo et la belle Anna Karina prenait une voie unique vers un ailleurs parce que, selon eux, c'était le moment de quitter ce monde dégueulasse et pourri, reconnaissant deux des siens la Statue de la Liberté leur adressa un salut fraternel. À quelques pas, sur un quai de la Seine, Jean Pierre Cassel jouait les farceurs pour épater la belle Anouk Aimée. Jean Seberg vendait le Herald Tribune sur les Champs Elysées alors que Ingrid Bergman et Humphrey Bogart se bécotaient à la terrasse d'un café avant de se retrouver à Casablanca. Pas très loin, à la terrasse d'un autre café devenu mythique, Simone de Beauvoir et Jean Paul Sartre discutaient de leurs prochains ouvrages et de leur philosophie commune : l'existentialisme. À quelques pas d'eux, Boris Vian jouait de la trompette et Yves Montand fredonnait Les Feuilles Mortes. Pendant ce temps là, à Belleville, Simone Signoret et sa chevelure or se préparait à vivre une passion destructrice. Quelques années auparavant, Arletty et son irremplaçable gouaille allait souffrir d'amour, elle aussi. Mais pendant ce temps là, l'amour  continuait à hanter les rues de Paname, sur un quai brumeux, Michel Morgan faisait les yeux doux à Gabin, Cocteau tombait sous le charme ravageur de Jean Marais et la drôle de frimousse d'Audrey Hepburn partait s'aventurer chez les existentialistes avant de tomber dans les bras de Fred Astaire. Près du Canal Saint Martin, Arletty gueulait "Atmosphère, atmosphère est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère?". Bourvil sifflotait « Tea for two » et De Funès s'agitait à l'Opéra Garnier.  Dans le Paris populaire, la bande des Branquignoles avait investit dans une belle américaine, Robert Dhéry au volant de sa toute nouvelle acquisition, bouleversait la vie de ses proches. À la Préfecture de Police, Alain Delon endossait le rôle de Chaban Delmas afin de sauver Paris. Mais Paris brûle t-il? Non, il a échappé aux flammes, aux révolutions, aux bombes, aux attentats et même aux pavés. Paris résiste. Même aujourd'hui il m'a semblé résisté. Oui, la capitale ne capitule pas face à la crise. Emportée par la foule, étourdie et désemparée comme la Piaf en son temps, je suis restée là, j'ai observé le diktat de l'apparence, cette obsession maladive du « regarder moi je suis le plus beau du quartier ». À croire que Nicolas et sa Carlita avaientt propagé cette nouvelle peste des temps modernes. Mes fantômes étaient là, hantaient les lieux, mais les cons aussi étaient là et hantaient les terrasses des cafés, lunettes de soleil dernier cri sur les yeux, alors qu'il faisait - 8000 et que le soleil avait fuit la crise, lui aussi. Sartre et Beauvoir avait laissé leurs places à de médiocres personnages. La gouaille d'Arletty s'était envolé au dessus du Canal Saint Martin. Cassel nous avait quitté. Gréco avait beau chanté « Dieu est nègre »,il n'y avait aucune couleur à l'horizon, le métissage étant cantonné à la périphérie, vers cet ailleurs si méprisé. La jolie Jean Seberg ne vendait plus le Herald Tribune sur les Champs Elysées, licenciée certainement par ces temps précaires. La bande des Branquignoles s'était dissoute, la belle américaine avait été vendu pour rembourser les dettes, et Robert Dhéry regagnait son modeste salaire d'ouvrier. Signoret et Arletty étaient mortes d'amour. Morgan avait toujours ses beaux yeux, mais Gabin l'avait quitté pour aller voir ailleurs. Antoine Doinel avait laissé sa place à des médiocres petits branleurs des beaux quartiers. Piaf pleurait toujours son Marcel. Cocteau et Jean Marais s'étaient retrouvés dans l'au-delà. Et Les Feuilles Mortes avaient été oubliées, le vent du nord les ayant emportées dans la nuit froide de l'oubli. Belmondo alias Pierrot le fou, et Anna Karina avaient certainement eu raison de quitter « ce monde dégueulasse et pourri » dans un Godard, de fuir vers le soleil, vers le droit au bonheur en récitant du Rimbaud : « Elle est retrouvée/ Quoi? L'Éternité/ C'est la mer allée avec le soleil ».

Tag(s) : #Chroniques de l'asphalte

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