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Je crois que c'est malheureusement plus fort que moi. Je ne peux faire un pas dans Paris sans tomber sur Ryan main sur le volant et regard aguicheur. « Accroches-toi poupée » semble t-il me dire sur l'affiche de Drive, Prix de la Mise en scène au dernier festival de Cannes. Elle est partout. Couloirs de métro, kiosques à journaux, bus. Ryan est partout. Et je bade devant lui avec avidité comme si je retrouvais mes 11 ans et cet amour pour un autre blond qui coulait au fin fond de l'Océan Atlantique en 1912, si mes souvenirs ne me trahissent pas. Ayant cette fâcheuse tendance – et pénible pour ceux qui partagent ma vie - de céder à la mode, je cède fatalement à Ryan. Accepte d'aller voir une comédie américaine avec lui où les mots crazy et stupid accolés définissent plutôt bien ce genre que j'ai tendance à fuir. Abandonne les tignasses brunes pour Ryan rasé ou Ryan cheveux longs ou Ryan barbe de dix jours dégueulasse ou Ryan cheveux gominés. Aime Ryan en colère, Ryan amoureux, Ryan looser, Ryan violent, Ryan alcoolique, Ryan introverti, Ryan nazi, Ryan au ukulélé. Atteinte d'une Ryanaiguïté, on tente désespérément, de me soigner avec des « mais il est blond ! », « mais il est américain ! » , « mais il est quelconque ce type ! », « mais tu nous emmerde avec tes coups de foudre à la con! ». Primo : Ryan n'est pas américain mais canadien nuance donc. Secundo : Ryan n'est pas un type quelconque comme Hollywood aime à nous en distribuer à longueur d'année sur le grand écran. Tertio : sachez que mes coups de foudre sont peut-être cons mais toujours justifiés.

 

Ryan4

Pourquoi s'éprendre de Ryan Gosling ? Pas parce que les magazines féminins le conseillent activement. Les uns titrent « Ryan Gosling chouchou d'Hollywood et de ses dames », les autres « Ryan Gosling Le mec à mettre dans son lit. » Et tous alignent, comme de bien entendu, des stupidités les plus navrantes sur le pauvre Ryan. Mesdames, apprenez qu'aimer Ryan Gosling, comme tout autre homme à vrai dire, ne repose pas sur le fait que l'homme n'est pas trop mal fait de sa personne. Pour aimer Ryan Gosling il faut savoir lire à travers ce regard électrisant qui transperce l'écran. Ce regard même qui permet de reconnaître les grands en un clin d'oeil. Pour celles qui avaient le bel âge en 1998, rappelez-vous l'effet ressenti face à ce plan sur ces yeux bleus océan quittant du regard son dessin pour la vision sublime de son modèle nue allongée sur un sofa. Une décennie plus tard, Ryan Gosling réussit à reproduire cette sensation si particulière dont Léo était l'instigateur par le passé. Oui, Ryan Gosling est de la même trempe que les grands. Pour l'état civil du cinéma, le trentenaire pourrait facilement se faire passer pour le petit frère de Léonardo Dicaprio et le fils légitime de Robert De Niro. Poursuivit par Ryan dans un Paris où Drive s'affichait à chaque coin de rue, je me suis souvenue de ce cher Bob au volant de son yellow cab chez Marty. Ce « putain » de regard mythique qu'il lançait avec arrogance sur les artères dépravées de New York City, comme si rien ne pouvait venir corrompre sa soif de violence ou de justice. Ce que l'on regardait chez De Niro par le passé c'est ce que l'on fixe aujourd'hui chez Ryan Gosling. Une gueule de cinéma, gueule d'exception qui ne voit le jour qu'une fois par décennie. Une gueule d'ange prête à tout moment à basculer vers les ténébres de l'âme humaine. Une gueule éloquente, tellement volubile qu'il n'y a nul besoin d'écouter, simplement regarder, se laisser porter par la beauté d'une intensité rare qui n'a pour horizon que notre propre regard de spectateur.

 

Imprévisible dans ces choix de carrière, Ryan Gosling échappe avec brio à ces jolies cases toutes proprettes où l'on aime ranger gentiment les artistes. L'acteur a du style et prouve à chaque nouvelle aventure cinématographique qu'il ne se range dans aucun style particulier. Capable de vous traumatiser à vie (jeune nazi dans Danny Balint), il peut vous soumettre au coup de foudre inévitable l'instant suivant (amoureux dévoué dans Blue Valentine ou The Notebook), vous embobinez en seulement trois mots « On y va ? » (dragueur invétéré dans Crazy, Stupid, Love) et vous émouvoir avec une simple poupée gonflable pour petite amie (simplet attendrissant dans Une Fiancée pas comme les autres) pour bientôt vous faire trembler en taxi de nuit pour des clients peu recommandables (Drive). Le charme de son jeu d'acteur repose sur cette facilité à entrer dans des personnages discordants, à faire éclore en un regard des émotions adverses d'une histoire à l'autre. Imprégnant la pellicule de son aura impressionnante mais jamais prétentieuse, Ryan Gosling joue depuis plusieurs mois dans la cour des grands et se forge un nom dans l'esprit du grand public. Contrairement à certains de ses camarades d'Hollywood, il ne privilégie aucun cinéma. Sachant aussi bien se battre pour l'existence de films indépendants (le renversant mélo romantique Blue Valentine a mis 12 ans à se faire !) que pour des superproductions américaines intelligentes, Ryan Gosling fait figure d'exemplarité dans le cinéma américain. Rares sont les faux-pas de sa filmographie de trentenaire-jeunot (dix ans de carrière seulement). Une décennie : voilà le temps qu'il aura fallu au comédien pour gagner une place amplement méritée dans le prestigieux Hollywood et le cœur des cinéphiles. Comme dans la vraie vie, ce cœur énigmatique a au cinéma ses fameuses raisons que la raison ignore. Ryan Gosling a beau joué des sentiments connus de chacun, il les incarne comme si ceux-ci venaient tout juste de voir le jour sur grand écran. Alors qu'en vérité, le cinéma a abusé, voir carrément usé ces sentiments si communs au commun des mortels. L'amour naissant, la violence tonitruante, la séduction malicieuse, la crainte de perdre la personne aimée et toute cette foule d'émotions insensées que la vie amène trouvent dans ce regard bleu, à la beauté presque indécente, comme une pureté originelle, une sorte de première fois inoubliable. Avec lui, un regard, un seul suffit pour faire passer l'émotion vraie, celle-là même qui semble autant désirée par le réalisateur que par nous-mêmes, spectateur attentif de ces histoires qu'un seul regard suffit à sublimer. Un regard ayant échappé au formatage d'Hollywood. Le regard vrai que même ce sourire franc aux fossettes délicieuses n'arrivent à éclipser. Le regard qui parviendrait presque à faire oublier que tout ça « c'est pour de faux ».

Tag(s) : #Cinéma

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