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GainsbourgBashungLa chanson française regrette ses deux monstres sacrés. Aujourd’hui, grâce à Marilou, figure majeure de l’œuvre gainsbourienne, les voilà à nouveau réunis, ressuscités pour le plus grand plaisir des amoureux d’une chanson française élégante et exigeante. Dans les bacs, ce 7 novembre, l’Homme à la tête de chou refait son apparition sous la voix magnétique d’Alain Bashung avec une « Variation sur Marilou » désœuvrée et mélancolique.


Souvenir d’une amoureuse shampouineuse sulfureuse


Cinq ans après le chef-d’œuvre absolu Histoire de Melody Nelson, Serge Gainsbourg se lance de nouveau dans l’aventure de l’album-concept (œuvre contée tout au long d’un disque). En 1976, il publie L’Homme à la tête de chou. Gainsbourg y devient narrateur en contant la mésaventure d’un quadragénaire fou amoureux d’une jeune et sulfureuse shampouineuse prénommée Marilou. Avec ces 12 titres, l’opus retrace cette épopée sentimentale et fatale étape par étape : la rencontre chez Max («  Chez Max Coiffeur pour hommes »), les sentiments amoureux éprouvés pour cette « petite gueuse shampouineuse de mes rêves » (« Ma Lou Marilou »), les délicieux jeux érotiques avec la jeune fille (« Variations sur Marilou ») et l’assassinat de celle-ci par son amant fou de jalousie (« Meurtre à l’extincteur » et « Marilou sous la neige »). Comme les précédents album-concept de Serge Gainsbourg, L’Homme à la tête de chou sera un échec commercial qui, avec le temps, deviendra un classique de la chanson française reconnue pour son élégance poétique et l’audace de sa musicalité.

 

Bashung chante « le vice de la baby doll »


Album aujourd’hui très estimé par les amoureux de la prose gainsbourienne et la critique, le producteur Jean-Marc Ghanassia eu l’idée en 2006 d’un hommage scénique à L’Homme à la tête de chou. Côté chorégraphie : Jean-Claude Gallotta, figure de la danse contemporaine française. Côté chant : Alain Bashung, cadet de Gainsbarre prônant, comme lui, une ligne de conduite exemplaire basée sur la qualité des textes. En 1982, Bashung et Gainsbourg s’étaient déjà accordé une collaboration exquise, Play Blessures, où tous deux avaient pu donner libre cours à la noirceur divine et absolue de leur plume. Fin 2006, Bashung retrouvait un Gainsbourg fantôme en enregistrant son Homme à la tête de chou pour le ballet contemporain de Jean-Marc Ghanassia.

 

Hélas, l’histoire joueuse apprécie les sales tours. Chacun la connaît. Les deux hommes ne sont plus et l’hommage est soudainement devenu double un jour de mars 2009 où Bashung s’en est allé rejoindre son acolyte Gainsbourg au royaume des cieux. Aujourd’hui, tous deux reviennent hanter les fans inconditionnels et les curieux grâce à ce projet unique dont la tournée fut entamée en 2009. La belle et délurée Marilou a désormais deux amants, et pas des moindres. Dans ce « Variations sur Marilou », premier titre extrait de l’album, le vice de la baby doll est intact, électrique et mélancolique. La voix pausée de Bashung y exhale les plaisirs de jadis, ceux commis par une chanson française physique et cérébrale, où l’élégance était requise à chaque vers. Comme Gainsbourg par le passé, nous voilà aveuglés par la beauté païenne de cette lolita. Pris au piège de ses charmes, on (re)plonge « avec délice dans la nuit bleue pétrole ». Une nuit chère à ces deux poètes qu'étaient Bashung et Gainsbourg. Une nuit où l'extase est sous-jacente...


L’Homme à la tête de chou, Alain Bashung (Label Barclay)

 


" Variations sur Marilou " par Alain Bashung

" Variations sur Marilou " par Serge Gainsbourg

 


Tag(s) : #Musique

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