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Par ce temps gris et frileux, un seul conseil : précipitez-vous sur I love you Phillip Morris. Il vous réchauffera le cœur et vous contaminera de sa joie de vivre pour le reste de la journée (le reste de la semaine étant une mission bien trop délicate). Peut-être avez vous déjà croisé Phillip Morris et son boyfriend au kiosque du coin. Peut-être avez vous aperçu leur amour commun des couleurs et du bling-bling. Peut-être avez vous souri devant une affiche si cliché. Toutefois vous n'avez pas encore pleuré devant lui, verser la petite larme que l'on verse de temps en temps au cinéma parce que deux imbéciles s'aiment d'un amour tendre et sincère. Oui, Steven Russel aime Phillip Morris. Et nous aussi on l'aime.


PhillipMorrisLorsque l'on demande une place à l'ouvreuse pour cet étrange Phillip Morris, on est pour le moins intrigué et écrasé par un flot de questions. Qu'est-ce qu'on bien pu nous fabriquer ces Ricains encore une fois? Qu'est-ce que fout Ewan McGregor, le plus sexy des écossais, sur une affiche jaune fluo main dans la main avec Jim Carrey? Puis on met notre incompréhension de côté, et on se la boucle une bonne fois pour toute, en se goinfrant de pop-corn au passage. Pop-corn que l'on abandonne très vite pour cette histoire captivante, histoire d'amour, d'arnaque à l'assurance, de prison. Comédie romantique aux accents décalés, I Love you Phillip Morris vous cloue à votre fauteuil, et vous fait oublier, en une séquence, vos intrigues bidons. Plus drôle que les cowboys de Brokeback Moutain, plus émouvant qu'un membre des Village People, ce Phillip Morris est un type formidable. C'est son boy-friend qui est, légèrement, moins fiable. Steven Russell (Jim Carrey) est un homme bien sous tous rapports. Bon flic, bon chrétien, bon mari, formidable père jusqu'au jour où tout bascule. Une intersection, un feu rouge grillé et l'accident stupide de bagnole qui vient vous faire comprendre que la vie est bien trop courte pour se refuser de vivre sa vraie vie au grand jour. Instant irrésistible où Steven Russel voit arriver ce truc génial, qu'il considère comme une révélation, et qui lui permet enfin de crier ouvertement aux pompier, médecins et à sa femme qui l'entourent : « I'm gay! I'm gay! ».


À partir de cet instant, l'acteur Jim Carrey, inégalable clown burlesque, débute son show irrésistible. La comédie qui jusqu'ici s'avérait efficace trouve son apothéose avec ce coming-out ahurissant de parfait citoyen américain. L'histoire, racontée par Steven sur un lit d'hôpital entre la vie et la mort, se déroule comme un long flash-back désopilant truffé de petites perles scénaristiques hilarantes (la découverte de l'homosexualité de Steven est de très mauvais goût, par exemple, mais se trouve être finalement un grand moment comique). Le film s'enchaîne à grande vitesse animé par l'infatigable Jim Carrey, homme élastique, parfait en gay et en arnaqueur. Oui, Steven devient l'arnaqueur n°1 parce que, figurez-vous, qu'être gay ça coûte cher selon les propres mots du principal intéressé. Alors pour subvenir aux besoins du couple et de l'être aimé, Steven ne cesse de se blesser ou de maltraiter son corps, soit exprès, pour arnaquer les assurances ou tromper le monde, soit par accident, en voulant échapper aux flics... Parce que Steven est un mec comme ça, sans demi-mesure, qui n'a qu'une seule idée en tête agir quitte à foncer dans le mur.

PhillipMorris2

Avec une trajectoire pareille, il est évident que Steven ne peut échapper à la case prison. Un monde parfaitement régenté, où tout est possible en échange d'une fellation. Un univers impitoyable dans lequel Steven nage comme un poisson dans l'eau. Un jour son regard est attiré par un adorable blondinet (platine) à la douceur exquise et au calme limpide, un certain Phillip Morris (Ewan McGregor). Jeune homme dont il va tomber éperdument amoureux. C'est à cet instant même, où dans la bibliothèque de la prison, les deux hommes se découvrent que naît à l'écran la comédie romantique diablement réussie parce qu'aussi niaiseuse et sincère qu'une romance d'hétérosexuels. Lorsque Steven et Phillip s'aiment, ils n'ont rien à envier aux couples mythiques du grand écran. Leur amourette est d'une crédibilité étonnante, vous fait verser une petite larme pour vous faire éclater de rire l'instant suivant. Ce grand amour impossible, et par conséquent émouvant, n'existe jamais tant que dans les absences et les éloignements multipliés qui poussent Steven à redoubler d'efforts pour revoir l'être tant aimé. La première séparation du couple est un vrai moment de cinéma, hilarant et désarmant, face au cri d'amour de Steven resté derrière les barbelés de la prison pendant que son amant part au loin dans un convoi. « I love you Phillip Morris! » gueule t-il avec amour. Parce qu'au-delà des mimiques burlesques de Jim Carrey, des sourires divins d'Ewan Mc Gregor, il s'agit bel et bien d'un film d'amour. Ces limites, ces raisons, ces coups de tête, ces passions animent cette comédie qui va très loin autant sur la forme que sur le fond. Dans un dernier mensonge tragique, que spectateurs et tendre amant croiront dur comme fer, Steven prouve une ultime fois son amour à Phillip Morris sans avoir crainte des retombées d'un tel mensonge.


À la fois politiquement correct et totalement barré, ce I Love you Phillip Morris est une adorable petite surprise dans la production américaine. Peut-être doit-il cette agréable surprise au fait d'avoir été co-produit par une société française (celle de Luc Besson). Oui, parce que derrière cette farandole de gags, d'amour fou et de dialogues cocasses il y aussi cette tragédie, celle de deux réalisateurs, John Requa et Glenn Ficarra, qui ont lutté pour trouver des producteurs pour ce film qui fait tant jaser les States. Il faut dire qu'au pays des cowboys, il ne fait pas bon d'être gay. Le monde homosexuel aux États-Unis a clairement du mal à vivre sous les regards d'une société conservatrice à la morale étriquée. Pas encore sortie aux États-Unis, alors qu'elle est prête depuis un an, cette comédie, petit succès actuel dans l'hexagone, fut déjà montrée à Cannes au printemps dernier (à la Quinzaine des réalisateurs). Tant pis pour les Ricains si ils ne savent pas reconnaître ce qui est à à la fois touchant, drôle et impertinent. Phillip Morris, la France loves you.

 

 


Tag(s) : #Cinéma

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