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Badiou sarkozy« Le nom typique de cette alliance de la guerre et de la peur est chez nous : « pétainisme ». L'idée de masse du pétainisme, ce qui a fait son succès momentané, mais très étendu, entre 1940 et 1944, était qu'après les déboires de la « drôle de guerre », en 1939, Pétain allait protéger les Français des effets les plus désastreux de la guerre mondiale. Leur permettre de rester à l'écart. La peur générée par 14-18 a crée, en 1940, la peur nécessaire au pétainisme. Pétain est celui qui a dit : il faut avoir plus peur de la guerre que de la défaite. Il faut vivre, ou plutôt survivre que de faire le fanfaron. Les français ont massivement accepté la relative tranquillité que donnait une défaite consentie. Et il ne faut pas se cacher que le pétainisme a en partie réussi : les français ont traversé la guerre, en effet, assez tranquillement si on les compare aux Russes, ou même aux Anglais. Je reviendrai sur ce point. Disons seulement que le « pétainisme » analogique d'aujourd'hui consiste à soutenir que les français n'ont qu'à accepter les lois du monde, le modèle yankee, la servilité envers les puissants, la domination des riches, le dur travail des pauvres, la surveillance de tous, la suspicion systématique envers les étrangers qui vivent ici, le mépris des peuples qui ne vivent pas comme nous, et qu'alors tout ira bien. Le programme de Sarkozy, c'est travail, famille, patrie. Travail : si vous voulez gagner quelques sous, faites jusqu'à plus soif des heures supplémentaires. Famille : abolition des droits de succession, perpétuation des fortunes héréditaires. Patrie : bien que rien ne la signale aujourd’hui à l'admiration des foules que de piètres peurs, la France est formidable, il faut être fier d'être français. […] Avec Sarkozy, mais aussi avec sa rivale, il y a la possibilité d'un néopétainisme de masse. D'un pétainisme, pas d'un fascisme, qui est une force affirmative. Le pétainisme présente les abominations subjectives du fascisme (peur, délation, mépris des autres) sans son élan vital. Pour éliminer ce péril, nous devons développer autant que faire se peutl'alliance des sans peur. »

 

De Quoi Sarkozy est-il le nom ? De Alain Badiou (aux Éditions Lignes, 2007)

Tag(s) : #Littérature

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