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J'ai passé mon été avec lui. Un été chez les yéyés, comme dirait Serge. Un rendez-vous dans la France des sixties où tous les jeudis soirs je mimais stupidement le « Surf'in USA » des Beach Boys avec des airs de bitch girl particulièrement douée. Au drôle de type aux lunettes noires, j'ai fait quelques confidences de midinettes désabusées, du style « j'aurai rêvé d'être une groupie des sixties, mec, juste pour une aventure d'une nuit avec Mick Jagger» ou alors plus romantique  « j'aurai bien aimé être la « baby blue » de ce bon vieux Bob » parce que de sa propre bouche, j'aurai entendu le fataliste : « It's all over now, my baby blue ». Je sais, Bob, je sais.


L'été a été rock'n'roll avec Philman que voulez-vous! Rock'n'roll que culturellement parlant bien entendu. Je ne suis pas assez allumer non plus pour allez me repoudrer le nez comme le fait mon auteur préféré dans ses romans ou les idoles de mon vieux père. Non, un simple et bon vieux rock'n'roll de légende m'a suffit, un rock instructif pour les goûts et les idées. Instructif pour savoir qui être dans cette satanée vie.

 

Chroniques 0066

Sur terres ou dans les cieux, les rock star sont restés rock star. Que sont devenus l es groupies, mâles et femelles y compris (pas de sexisme dans ces pages)? Des mélancoliques, comme moi je suis entrain de le devenir bien trop tôt pour mon âge, ou alors en grande majorité des vieux cons qui malgré les Dylan&co, les Lennon&coco, ont laissé ce monde fascinant d'idées et de révoltes mourir à petit feu dans leurs mémoires et sur leurs vieilles platines. Il est bien loin l'univers coloré et ultra-moderne de Godard, le bonheur d'être une Demoiselle de Demy, le temps où les garçons avaient les cheveux dans les yeux, les filles des jupes au dessus du genou et où tous ensemble ils cassaient des fauteuils rouges en amour pour leurs idoles, avant de finir sur des barricades le pavé à la main, le tout avec des rêves pleins la tête.

 

Des rêves. Le Pierrot de Godard avait pour habitude de dire « Nous sommes faits de rêves et les rêves sont faits de nous ». Pas faux mon Pierrot, mais moi je voudrais te dire que pour rêver il faut déjà avoir la possibilité d'avoir une bonne matière à rêver. Au fond de ma petite âme de groupie, j'ai la certitude que ma matière à rêver et bien médiocre comparée à celle dont disposaient ceux des sixties. Moi j'ai pas de Marilyn, j'ai des pétasses blondes siliconées sans aucun talent à la une des mes féminins. Moi, j'ai pas de Beatles versus Stones, j'ai que des baby rockers talentueux certes, mais qui ne figureront jamais dans la légende du rock. Moi, j'ai pas de de Gaulle et de sa Vovone, j'ai un président de droite et sa mannequin opportuniste. Moi, j'ai pas de guerres à ma porte, j'ai des milliers de conflits autour de moi, sur tous mes écrans. Moi, j'ai juste eu Philman tout l'été pour me rappeler que c'était mieux avant. Pour m'apprendre que je suis certainement ici à cause d'une histoire de livre prêté sur les Beatles qui s'est terminé, heureusement pour moi, par une histoire de « ils se marièrent et eurent des enfants ». Grâce à Philman, à son histoire de « décennie prodigieuse », j'ai volé quelques disques dans une bibliothèque qui ne m'appartient pas, mais qui un jour j'espère sera mon ultime héritage. À mon palmarès du vol de nuit, il n'y aura plus seulement le précieux White Album et le Comic Strip. Les Beatles auront pour compagnons de route dorénavant les Nico, les Who,Led Zep et les Stones.

 

Ah ces Stones... Mick Jagger, ma nouvelle lubie, se tue à me le chanter « You can't always get what you want » tandis que d'autres s'adonnent avec plaisir à me dire que nous sommes une génération de fainéants, d'enfants pourris gâtés, pleurnichards et disgracieux. Une génération peu courageuse, tout juste bonne à pointer au Pôle Emploi et à enchainer les relations sans lendemain. « Vous êtes lâches ». Des lâches n'ayant connu ni les frustrations, ni les guerres mondiales, coloniales ou froide. Vous êtes des éternels insatisfaits contaminées par ce désir nocif d'avoir des choses qui donnent envie d'autres choses, incapables de garder et encore moins d'aimer, de croire ou de se battre pour des idées. Voilà ce que répète la sale rengaine au sujet de sa progéniture pourrie gâtée, gavée à la consommation assidue et biberonnée à l'égoïsme.

 

La sale progéniture n'a rien connu de ce que Philman s'attache à lui faire aimer. Elle a pas connue Kennedy mais Bush. Elle a pas grandi face au déferlement londonnien du rock mais face à la médiocrité de la culture de masse. Elle a pas connu les Trente Glorieuses mais la crise. Le prétexte de « crise », des traders aveuglés par le dollars, jouant avec les billets comme on joue à une partie de Monopoly, sans conséquence et sans lendemain. Elle a pas connu grand chose de ce monde l'exécrable progéniture. Au loin, elle a juste vu deux avions dans deux tours, un monde à terre, des guerres au nom soi-disant de la sainte liberté. Près de chez elle, elle a juste vu de ses yeux d'enfants un type prônant la France aux français arrivé au second tour d'une élection présidentielle, elle a vu une gauche à terre meurtrie par des guerres internes, puis elle a vu débarquer un jour sur une scène comble un type insupportable ,racoleur, aux idées larges et méprisantes soutenues par une bande de fourbes opportunistes,  tous acclamés en cœur par des citoyens, des gens de droite ou de gauche peut-être, des gens qui valsent de gauche à droite pour régler leurs piètres petits problèmes sûrement. Des gens sans idéaux fatalement... C'est peut-être ce jour-là finalement que la sale progéniture est devenue une progéniture médiocre. Une progéniture désillusionnée avant l'âge qui se disait intérieurement : comment réussir sa vie avec autant de médiocrité autour de soi?  

 

 

It's all over now, my baby blue, Bob Dylan

Tag(s) : #Chroniques de l'asphalte

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