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Saison du bitume brûlant. Des bonheurs éphémères. Des rires enchantés et des pleurs salés. L’été est meurtrier. Il abîme la peau et épuise les corps, mais avant tout, il se lit. Une plage abandonnée, un train bondé, peu importe l’endroit, l’été est propice à la lectures des mots ancestraux. L’été on rattrape le temps perdu, les lectures négligées depuis X années. Lecture rattrapage, honteuse, renversante. Un été « on the road ».


« Mais l’intelligence de Dean était en tout point aussi bien faite, aussi brillante et accomplie, tout en étant préservée d’un intellectualisme assomant. Quant à sa  « criminalité », elle n’était pas de l’ordre de la bouderie ou du ricanement ; elle s’affirmait comme une sauvage explosion de la joie américaine ; c’était l’Ouest, le vent de l’Ouest, un hymne jailli des Plaines, quelque chose de neuf, depuis longtemps prédit, depuis longtemps attendu (il n’avait volé des autos que pour la joie de conduire). D’ailleurs tous mes amis de New York s’en tenaient à cette position négative, cauchemardesque, de mettre à bas la société, et d’en finir des justifications éculées et pédantes, politiques ou psychanalytiques alors que Dean se contentait de parcourir au galop la société, avide de pain et d’amour ; peu lui importait de prendre tel  chemin ou tel autre, « tant que je peux avoir cette bonne petite poule avec ce petit quelque chose là entre les jambes, mon gars » et « pourvu qu’on puisse manger, mon petit, tu m’entends ? J’ai faim je meurs de faim, mangeons tout de suite », et vite nous courions manger ce qui, comme dit l’Ecclésiaste, « est notre ration sous le soleil ».

Un gars de l’Ouest, de la race solaire, tel était Dean. Ma tante avait beau me mettre en garde contre les histoires que j’aurais avec lui, j’allais entendre l’appel d’une vie neuve, voir un horizon neuf, me fier et tout ça en pleine jeunesse ; et si je devais avoir quelques ennuis, si même Dean devait ne plus vouloir de moi pour copain, et me laisser tomber, comme il le ferait plus tard, crevant de faim sur le trottoir ou sur un lit d’hopital, qu’est-ce que cela pouvait me foutre ? J’étais un jeune écrivain et je me sentais des ailes.

Quelque part sur le chemin je savais qu’il y aurait des filles, des visions, tout, quoi ; quelque part sur le chemin on me tendait la perle rare. »


Sur la route de Jack Kerouac (1957)

 

Tag(s) : #Littérature

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