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« On est tous un peu fou à notre manière » lâchait un Norman Bates psychotique dans la pénombre d'une bâtisse légendaire, celle du Psychose de ce bon vieux Hitch. Près d'un quart de siècle plus tard, Billy, une bel adolescent à la mèche blonde, justifiait ses pulsions meurtrières par la célèbre phrase de Norman Bates. Nous étions dans Scream, premier pierre de la bâtisse horrifique fondée par Wes Craven. Si Hitchcock remportait le titre de maître de l'horreur, Craven lui rafle celui du maître de l'angoisse pour nous avoir foutu la trouille et ce, dès le plus jeune âge avec son légendaire Scream. La légende revient et la trouille avec.

 

Scream1« Il faut que le public est une suite, de nos jours il y a toujours une suite ! » expliquait un Stuart surexcité à sa victime Sidney Prescott dans le premier opus de Scream en 1996. Nous, teenagers des années 2000, avons grandi avec cette nécessité grandiloquente de « suites ». Chaque nouvelle sortie sur les écrans de Ghostface et de sa lame tranchante nous surexcitait comme l'hémoglobine giclante surexcitait les adolescents de l'écran. Serions-nous un peu fous à notre manière nous aussi ? Pas fous d'aimer les crimes ensanglantés, non, simplement fous d'aimer les suites, de s'y précipiter sous les appels du cœur et non de la raison, tout en ayant retenu la première leçon du maître Craven : « L'original est supérieur à la copie ».

 

Scream : une créativité effrayante

 

Alors oui, il y a dans Scream ce magnifique je-ne-sais-quoi de nostalgie. Avec Scream, tu te souviens un peu, beaucoup même, de ta jeunesse. De ta première fois avec un film de soi-disant « horreur ». De ce tas de pop-corn indigeste englouti à la vite pour combler cette trouille qui grandissait à chaque fois que la sonnerie du téléphone retentissait. Des premiers petit ciné entre amis. Tu aimes Scream, et il te le rend plutôt bien aujourd'hui. Car aujourd'hui on appuie sur la touche « rewind », tu n'as plus 12 ans, mais ton pot de pop-corn est toujours là. Tes meilleures amies aussi. Quant aux éternels ados bruyants et pré-pubères au fond de la salle, ils sont bien évidemment de la partie. Ghostface, lui, n'a pas changé. Il te fiche toujours autant la frousse... et t'obliges toujours à balayer la salle du regard à chaque instant. Car la magie Scream c'est avant tout ça, cette frousse plus forte que la raison, cette force à capter l'état frénétique de nos frêles âmes devant des films d'horreur. Or une rectification s'impose : il y a film d'horreur et film d'horreur. Il y a ces cons qui te torturent au fin fond de l'Europe dans un bain de sang et il y a Michael Myers qui lui veut juste faire peur à Jame Lee et la saigner au passage. Il y a ces abrutis avec leur caméra dernier cri qui filme du vide et il y a Ghostface et sa tronche impayable inspiré du tableau d'Edvard Munch, Le cri, qui te fait autant pleurer de rire que pisser de trouille. Pour résumer : il y a les films où la torture infligée t'écœure sans t'effrayer et les films où le meurtre gratuit t'effraye point barre. Et tout le monde le sait : « Le crime est encore plus effrayant quand il est purement gratuit ». Mais que les néophytes du film d'horreur se rassurent : ces films ne nous rendent pas dingues... « ils nous permettent juste d'être plus créatif » !

 

Des survivants dans une nouvelle décennie avec des nouvelles règles

 

Côté créativité, Wes Craven excelle même en ré-utilisant les ingrédients d'hier. Des ingrédients « survivants » des précédents opus : un ingrédient trop botoxé comme Courteney Cox, un autre un peu trop bouffi comme David Arquette et enfin l'ingrédient immortel nommé Neve Campbell (dont la bouille désormais mythique se fait trop rare au cinéma). Malgré l'âge, on est content de retrouver tout ce beau monde, véritable emblème de la réussite de la saga, un peu synonyme aussi de notre jeunesse perdue. Ils sont là un peu abîmés par le temps et surtout par les hécatombes autour d'eux. Leur présence donne naissance à la grande ambition du réalisateur : réaffirmer la marque Scream et réimposer la leçon de genre.

 

Scream3

« Nouvelle décennie, nouvelles règles » affirme l'affiche. Le film lui affirme le contraire pourtant. On continue à disserter sur les règles du genre entre teenagers. On téléphone à tout va, pour rien ou éventuellement pour tuer. L'arme est toujours la même. Les figurants pratiquement identiques : une pétasse blondasse, une ado coincée, deux accros au cinéma, un play-boy de bas-étages et des lycéens aux mœurs légères. Un condensé de l'Amérique en somme. Parmi eux certainement, un tueur. Vous allez évidemment me demander où est l'originalité ? Dans l'amour du genre, le panache du style, la nostalgie revigorante, les sursauts intempestifs des personnages comme des spectateurs et le règlement de compte pur et dur au genre même.

 

Wes Craven, grand enfant, s'amuse avec nos nerfs... et ces petits malins en redemandent. Dans une ouverture, hilarante, trompe l'œil génial et mise en abyme efficace, il met le spectateur face à son propre vécu, ses propres angoisses. Qui n'a jamais visionné un Scream entre amis tard le soir, dans un noir effrayant ? Le film est lancé, le tueur très motivé et nous avec. Pendant une heure cinquante, la petite ville de Woodsboro est à nouveau le théâtre de crimes horribles, et nos coeurs chétifs sont les victimes de la maîtrise incroyable de Wes Craven. L'enjeu ? Trouver le coupable parmi des suspects de haut niveau. Comment le maîtriser ? En dosant parfaitement la piste macabre qui se met en place, en y injectant une once de mélancolie surprenante et une ironie tordante. Oui, parce que si l'on tremble pendant Scream, on se doit impérativement de faire travailler nos rictus et rire à cette capacité très « Cravenne » de disserter à la fois sur le film d'horreur et sur l'époque.

 

Scream2

 

Et soudain dans une marre de sang, la peur retrouve son vrai visage


«  Nouvelle décennie, nouvelles règles » affirmait l'affiche si, si c'est bien ça. Si dans les nineteens, les ados du premier Scream voulaient être populaires au lycée, ceux du dernier opus ont largement dépassé ce modeste désir. Ils sont d'ailleurs loin d'être des gars et des filles modestes : on roule dans de belles et grosse voitures, on habite un beau quartier pavillonnaire (clin d'œil judicieux à Halloween) et puis surtout on est hype. Être hype aujourd'hui ce n'est plus avoir de la marque sur soi, sortir avec le plus beau mec du lycée ou aligner les conquêtes, non. Être hype c'est être tendance, et être tendance c'estposséder au maximum : un Iphone, un compte Facebook, un blog et surtout... des fans ! Oui, je me dois de mentionner la meilleure réplique du film synonyme d'une décennie où l'on prône à tout va la célébrité immédiate et injustifiée : « Je ne veux pas des amis, je veux des fans ». Cruelle nuance de cette future génération perdue semble nous dire Wes Craven. Pour l'instant, elle sera juste la génération agréablement tuée au couteau aiguisé de Ghostface, et cette fois-ci on l'admet : aucune compassion pour ces crétins. Peut-être que ce manque de compassion justement, cet amour de Ghostface et de sa dissertation hypnotisante sur les pratiques cinématographiques de l'horreur nous amènent à penser que Scream 4, la copie de la copie de la copie arrive à être aussi bon que l'original, (pour ceux qui seraient perdus : le premier Scream !).

 

Pour une fois, mon cœur ne battait pas à la chamade pour une histoire d'amour bidon ou une noble cause perdue d'avance sur la lutte des classes, mais pour un massacre jubilatoire, aussi flippant que tordant, aussi tétanisant qu'intelligent. En sortant de la salle, mon ventre souffrait du pop-corn englouti, de l'angoisse abouti ou de la vérité écrite en filigrane, je ne sais trop. Ce que je sais, petite néophyte du cinéma d'horreur que je suis, c'est qu'après des années d'errance avec le torture porn, la peur a enfin retrouvé « son vrai visage ».

 

Question à méditer au passage. Qu'est-ce qui est véritablement le plus effrayant : la nouvelle génération ou le tueur de cette génération ?

 

Scream 4, la bande-annonce

 

Tag(s) : #Cinéma

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