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Été 36, du côté de Ménilmontant, on se plait à croire que tout rêve est possible et que les lendemains meilleurs sont à portée de mains. Après l'élection printanière de Léon Blum et de son Front Populaire, les plus belles espérances naissent en même temps que fleurissent, dans l'ombre, les extrêmes. C'est dans cette atmosphère pleine d'espoir que trois ouvriers du spectacle au chômage décident d'occuper de force le music-hall qui les employait jadis afin d'y monter un spectacle à succès.

Christophe Barratier se savait très bien attendu au tournant avec cette nouvelle réalisation. Qu'allait-il pouvoir bien nous servir? Rappelons-nous de son premier film (et premier succès),
Les Choristes, descendu par la critique et promu par le public. Les premiers n'y ont vu qu'une œuvre passéiste voir vichyste, nostalgique de cette vieille France. Les seconds, quant à eux, ont su percevoir les bons sentiments et l'humanisme de cette première réalisation: l'art peut sauver les êtres humains (ah, la voix d'ange du jeune Morrange!), l'éducation et la pédagogie priment sur l'autorité. Admettons, ici, le diktat des bons sentiments, hélas ceux-ci sont toujours nécessaires dans la société actuelle. Avec Faubourg 36, Barratier confirme l'éloge du partage et de la solidarité. Taxé de cinéaste utopique et parfois de réalisateur "rétrograde", la critique néglige bien trop souvent la beauté et la nécessité de l'utopie et la valeur des vieilles rengaines. Car le cinéma de Barratier rend hommage au "cinéma de papa". Celui-là même qui fut flingué par la Nouvelle Vague, un cinéma qui, toutefois, rassembla les foules et les cœurs dans les salles obscures dans les années sombres et difficiles de l'entre-deux-guerres.

Alors, oui, il est vrai que l'on aime ou on aime pas ce genre de production, néanmoins il parait indispensable de saluer et d'admirer la capacité de Barratier à faire renaître le cinéma de jadis avec les moyens d'aujourd'hui. Le cinéma des succès populaires d'antan porté par des grands noms: Gabin, Blier, Arletty, Jouvet, Michèle Morgan...
Faubourg 36 est un véritale hommage aux films qui ont marqué des générations: La Belle Equipe de Duvivier, French Cancan de Renoir,  Les Enfants du Paradis de Carné. Dans l'air flotte un parfum de nostalgie. Se mêlent, alors, chagrin et regret d'un cinéma populaire de qualité, d'une époque révolue où le partage et la fraternité prônaient sur l'injustice et l'égoïsme. Nostalgie d'un temps perdu où les acquis sociaux s'éveillaient peu à peu...

Mélodrame construit sur une structure archi-classique,
Faubourg 36 se classe dans la catégorie des films populaires qui touche au cœur et qui s'avère utile (si, si ça existe!). Mélange réussit de grands sentiments et de romanesque, ce long métrage a pour arrière plan une avancée sociale à tout jamais gravée dans les mémoires. Le 26 avril 1937, le Front Populaire sort victorieux des élections. Coalition de gauche ayant pour slogan "Pain, Paix et Liberté", le Front Populaire fait naître un immense espoir dans le cœur des travailleurs, celui d'un avenir meilleur. Les avancées sociales sont nombreuses: augmentation des salaires, deux semaines de congés payés,... Hélas la montée de l'extrême droite viendra anéantir les élans d'espoir du Front Populaire et des ouvriers français. Un arrière plan social et politique parfaitement manié par le réalisateur.  Léger bémol: un manichéisme de taille où les classes sociales et les opinions de chacun sont constamment opposées (le chômages des honnêtes gens opposé au capitalisme des méchants magnats de la finance, le talent des plus pauvres face à la médiocrité des plus riches,...).  Pourtant, on aime. Peut être parce que malheureusement rien a profondément changé dans cette France: les plus petits étant toujours écrasés par les plus grands.

Faubourg 36
dresse donc un tableau honnête des petits gens, de la France d'en bas. Gérard Jugnot fait du Gérard Jugnot (ce qui peut devenir agaçant à la longue). Il endosse le rôle de Pigoil, un type dans la lignée des personnages qu' on lui a attribué auparavant dans Monsieur Batignole ou Les Choristes: un français moyen opportuniste et rétrograde capable contre toute attente de faire preuve d'altruisme. Ici, l'antigréviste, Pigoil a un sursaut de solidarité en bloquant l'ancien music-hall où il travaillait avec ses amis. Parmi eux, Kad Merad (on soulignera la même distribution que dans Les Choristes) qui joue le rôle de Jacky Jacquet, un imitateur de pacotille qui fait rire le spectateur de la salle obscure mais pas celui du music-hall. Prêt à tout pour connaître les joies (et les méandres) de la notoriété, il vend son âme au diable qui, à cette époque n'est autre que l'extrême droite, en se produisant dans les réunions de celle-ci. Lui aussi connaitra un revirement de situation en regagnant le camp de la gauche. Enfin, Clovis Cornillac est le dernier maillon de ce trio de bons copains. Il incarne un Gabin de grand envergure en interprétant le rôle de Milou, un beau gosse au parler captivant et à la présence incroyable. Un vrai syndicaliste, un pur et dur capable de rassembler les ouvriers contre le patronat et de leur ouvrir les yeux sur leur quotidien miséreux et inacceptable. L'homme aux convictions inébranlables va tomber sous le charme de Douce (Nora Arzeneder), jeune talent du music-hall, mélange exquis de naïveté, de fraîcheur et d'ambition. Hélas l'amour est souvent destructeur...

Le drame populaire dressé par Barratier est un vibrant hommage au Paname des poètes des années 30, aux belles gueules du cinéma français de cette époque, aux mises en scènes grandioses des grands films hollywoodiens de l'avant guerre. Cette fascination dignement assumée pour le cinéma populaire d'autrefois est à ne pas manquer...



 








 

Tag(s) : #Cinéma

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