Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Camarades lecteurs, je dois impérativement te présenter Nicolas. Nicolas et moi, on s'est rencontré, il y a bien longtemps maintenant. À l'époque, Nicolas incarnait le véritable prototype du dandy parisien, une sorte de Beigbeder des années 2000 (le menton en moins si vous voulez vous imaginez le personnage!). Moi, en ce temps-là, je passais mes samedi soir à engloutir des tablettes de chocolat Milka devant l'homme en noir. C'est grâce à lui que j'ai rencontré Nicolas finalement. La première fois, c'était pour un débat à l'occasion de la journée de la femme. Celle-ci même que Nicolas se plaisait tant à aimer, tromper et larguer dans tous ces romans. Il est comme ça Nicolas. Dégueulasse. Déjà à l'époque, Ardisson le présentait comme « Nicolas Rey. Célibataire et prêt à tout » et Nicolas déboulait sur le plateau le cheveux long et fier de lui, la gueule d'ange et le regard subjuguant. Nicolas je pouvais l'écouter pendant des heures parce que Nicolas, il est comme ça, captivant, petit génie moderne, séducteur diablement intelligent. On pouvait lui cracher dessus, le traiter de rat cocktail et d'écrivain médiocre, moi, je m'en foutais. Je l'aimais totalement. Beigbeder aussi l'aimait bien Nicolas, il allait même jusqu'à le comparer à Radiguet, c'est quand même pas n'importe qui Radiguet, merde! Proust&compagnie n'ont qu'à bien se tenir, Nicolas n'endort personne lui, Nicolas il cause des heures sur l'amour, sur le monde, sur l'amour qui fait tourner le monde. Nicolas, c'est mon héros. Le héros moderne. Nicolas c'est un vrai héros parce que, lui, entre embrasser une fille et sauver le monde, il préférera toujours embrasser la fille.


NicolasReyPuis un jour, l'homme en noir a fermé sa boutique et j'ai perdu Nicolas. Je me consolais avec les (anti-)héros de ses romans parce qu'au fond eux-aussi étaient des Nicolas Rey à leur manière. Des trentenaires parisiens à la dérive, prisonniers de leur lâcheté, de leur peur de l'engagement et leurs paradoxes sentimentaux. Des types détestables que vous maudiriez dans la vraie vie mais que la littérature vous oblige à aimer de suite tellement leur fragilité est émouvante. Heureusement un jour Nicolas est revenu et j'ai pu abandonner ces sales types pour n'aimer que lui. Mais Nicolas avait changé. Sa gueule d'ange avait disparu, certainement dévastée par les excès des paradis artificiels dont Nicolas aimait la compagnie. Toutefois, il subsistait sur ce visage infréquentable, et pourtant si familier, un regard éblouissant, un sourire anéantissant dans lesquels planait cette infime petite lueur d'espoir. La lueur qui fait vivre. Nicolas avait délaissé les chroniques des magazines pour la chronique télé aux côtés de la géniale Pascale Clark. Alors que les invités débattaient sur la débâcle de notre triste société, l'enfant du siècle oubliait ses débâcles intimes pour livrer des chroniques talentueuses sur ses contemporains. Parce que Nicolas sait parler des gens comme personne, il est capable en quelques lignes de vous donner une envie irrépressible d'aimer tel ou tel individu, tel livre ou tel film. Nicolas, il est là, posé dans le monde, à observer et à chroniquer à tout va sur tous médias. Nicolas, malgré son incapacité à aimer, il donne envie d'aimer. Peut-être parce que, contrairement aux paradis artificiels que Nicolas a longtemps consommé, l'amour nous sauve en nous consumant.


Aujourd'hui Nicolas est de retour sur le devant de la scène. Pensez-vous la rehab (cure de désintox') en littérature est en train de devenir un genre à part entière, et Nicolas la rehab ça le connait! Nicolas a tout compris : entre la date de notre naissance et notre date de décès, il y a quelques moments dingues et des mauvaises passes et puis tout le reste. Nicolas, il a fait le choix fantastique d'enlever tout le reste pour ne garder que les moments dingues et les mauvaises passes. Au programme donc de son nouveau livre baptisé Un Léger passage à vide : une cure de désintoxication, les difficultés d'un couple, un enfant, une séparation, une amitié et des soirées peu réglementaires, un nouvel amour, une nouvelle séparation... Nicolas n'a point changé finalement. Enfin si. Le séducteur prometteur des débuts littéraires est devenu un homme affreusement conscient de sa lâcheté et de son égoïsme. Une belle lâcheté dont le lecteur lui pardonne tous les dégâts. Parce que Nicolas, tout au long de ces courts chapitres et de ces bons mots au kilomètres, déclenche cette envie irrépressible de tendre la main. Tendre la main vers un homme qui carbure au début de ce passage à vide à 3 grammes de cocaïne par jour, douze Xanax et 7 Stilnox toutes les 24 heures. Sans compter l'alcool à domicile ou au bistrot du coin. Oui, Nicolas on l'aime tellement qu'on en oublie même le mal qu'il est capable de faire autour de lui. Le mal fait à Marion par exemple. « En premier il y a Jésus Christ et juste derrière il y a Marion » tels sont ses propres mots pour définir sa compagne, mère de son fils. Marion qui le quitte parce que Nicolas ignore la couleur du canapé acheté ensemble il y a quatre ans. Il y a aussi ce mal fait à lui-même, cette cure de désintox' où les nuits sont blanches, les draps trempés de sueur et où les journées durent mille ans. Dans cette cure, Nicolas se coupe du monde, refuse les visites et n'a pour distraction que les parties de ping-pong entre une schizophrène et une jeune suicidaire. Forcément, il était pour la jeune suicidaire. Il est comme ça Nicolas, plein d'humour noir et de grands instants poétiques. Il a compris, bien avant tous, que la vie était une garce et qu'il n'existait que deux choses sur terre : l'amour et les emmerdements (et généralement l'un n'arrive jamais sans l'autre). Alors Nicolas, il a tenté de tomber amoureux pleins de fois parce que lorsqu'il s'éprenait d'amour pour une nouvelle fille, il sentait monter en lui cette nouvelle énergie, une énergie salvatrice qui le sauvait, lui et son monde, qui lui permettait de « se réveiller tous les matins sans forcément vouloir se tirer une balle dans la bouche ». C'est pour ça que malgré les emmerdements inévitables qu'amènent le sentiment amoureux, Nicolas il est tombé amoureux d'Audrey. Ah Audrey! Qui ne voudrait pas être la Audrey de Nicolas. L'extraterrestre merveilleux qui entre dans votre vie et ouvre votre petit cœur à la lumière d'un rayon de soleil. Nicolas, il a résumé la vie ainsi et simplement : « La vie sur Terre. On y végète. On y croise quelques amoureuses, un enfant et une extraterrestre. Audrey aura été mon extraterrestre. Une affaire de quelques semaines. Le temps pour elle de se pointer, de me redonner une nouvelle joie et de s'en aller juste après. C'est la règle du jeu. Il ne faut jamais se plaindre ». Nicolas, lui, ne se plaint jamais. Il accepte les règles, les trouve dégueulasses, mais s'incline face à elles. Ces règles deviennent, après avoir été cicatrisées, le sujet passionnant de sa littérature. Une littérature captivante, débordante de bons mots et d'idées exquises que l'on ose admettre dans nos tristes quotidiens. Alors bien sûr, Nicolas a ses détracteurs, il est pas assez « littéraire » et trop amateur de bons mots aux yeux de certains critiques. Mais Nicolas possède une qualité rare. Il parle et on l'écoute pendant des heures. Le lire revient à écouter une de ses chroniques sur France Inter. De ses mots surgissent le son de sa voix fascinante. Sa prose n'est pas trash, elle est sublimement cash. Parce que Nicolas face au gynécologue de sa femme, il n'a qu'une envie, celle « de virer d'un coup de manche les âneries sur le bureau et se faire un rail direct aussi large qu'une piste à Roissy-Charles de Gaulle ». Bien évidemment, on pourrait penser que la coke, ces temps-ci, est très tendance et donnent naissance à d'excellents romans, le Roman Français de Beigbeder par exemple. Manque de chance, Nicolas, ça fait deux ans, lui, qu'il a arrêté cette saloperie préférant certainement, mais non pas sans difficultés, l'addiction à l'écriture. Un écriture sincère et désespérée derrière laquelle subsiste une petite flamme d'espoir ou, peut-être, un petit être du nom d'Hippolyte. Une écriture que l'on quitte avec un étrange sentiment de tristesse. La tristesse de ne pas tenir la main de Nicolas un peu plus longtemps et l'espoir qu'un jour Hippolyte comprenne que derrière la lâcheté de son papa, il n'y avait pas un être égoïste, prétentieux ou narcissique, il y avait juste la tragédie et la débâcle d'une époque.

 

Un Léger passage à vide de Nicolas Rey (Au Diable Vauvert)

 

 

Tag(s) : #Littérature

Partager cet article

Repost 0