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Hier soir, devant mon petit écran, versant ma traditionnelle (et dispropotionnée) larme, j'ai vu mon Jeannot emballer sec. Ouais, je l'appelle Jeannot. Comme on appelait Lino Lino. Ou Belmondo Bébel. Ouais je l'appelle Jeannot parce que c'est comme si on avait grandi ensemble tous les deux. Moi l'adolescente et lui l'acteur du petit et grand écran. Face à face de presque 10 ans. Il était 19H50 heure cannoise, quand Jean Dujardin a remporté le Prix de l'interprétation masculine de la 64 eme édition du Festival de Cannes. Notre Jeannot, celui là-même qui pendant quatre ans à 19H50 heure de la France d'en-bas qui prend son dîner en famille, nous faisait rire du père qui ne rit jamais devant la télé à la petite sœur qui est encore trop jeune pour comprendre pourquoi les grands se marrent comme des cons, en passant par moi et ma faible déjà avancé pour l'humour bon enfant et le charmeur de ces dames. Jeannot était bon enfant, Jeannot charmait les filles. Ses mimiques impayables face à la mauvaise foi de belle-maman, ses mensonges hilarants face aux gueulantes d'Alex, ses beuveries avec son pote Jean-Mi, Jeannot avait beau être tout ce qu'une femme déteste, il était aussi tout ce qu'elle doit finalement aimer profondément : la médiocrité masculine. Je me souviens des lendemains matins à se raconter les prises de becs de Chouchou et Loulou avec les copines au collège. Je me souviens des premiers amours et des disputes imbéciles à la Chouchou et Loulou. Je me souviens de ma peine quand Jeannot et son Alex ont disparu du petit écran. Je me souviens de ma colère quand j'ai réalisé que le mec que j'avais largué avait gardé mon intégrale en DVD de Chouchou et Loulou. J'ai dû me consoler de cette perte avec les futurs films de Jeannot.

 

JeanDujardin Jean Dujardin dans The Artist de Michel Hazanavicius © Warner Bros


Devant mon petit écran, hier soir, je me suis surtout souvenue du pourquoi j'aimais tant ce Jeannot. Je l'aimais certainement comme mes aïeux ont aimé Bébel et Lino sur le grand écran. Parce qu'ils évoluent en même temps que nous. Eux au cinéma, et nous pauvres mortels dans la vie. Parce qu'ils sont capables de tout jouer, de nous jouer. Mari lasse du mariage dans Mariages !, surfeur niais inoubliable dans Brice de Nice, père anéanti dans Contre Enquête, roi de la coke et de la pub dans 99 Francs, espion un brin maladroit et raciste dans OSS 117, écrivain cancéreux dans Le Bruit des glaçons  et acteur muet dans The Artist. Jeannot enchaîne les rôles depuis plus de dix ans maintenant. Je n'ai pas toujours aimé ces films-là, mais j'ai toujours aimé ce Jeannot-là. Le cinéma français lui, préférant de loin les acteurs nés sur grand écran, ne s'éprendra pas tout de suite de la gueule de cinéma échappé du subalterne petit écran. La grande famille du cinéma français prendra son temps pour tomber amoureuse de Jeannot, à défaut de s'éprendre quand il le faut pour le cinéma dit populaire.

 

Hier soir, le grand écran a enfin salué le grand Jeannot. Un Jeannot particulier. Un Jeannot en noir et blanc. Un Jeannot muet. Un Jeannot des années 20. Un Jeannot artiste. Un Jeannot à la gueule incroyable de cinéma. Un Jeannot imitant Belmondo, un dingue des Tontons Flingueurs, un sale rejeton du cinéma français d'antan, l'enfant illégitime d'Audiard et le petit-fils de Lino ou de Gabin. Jeannot a volé la vedette aux grands de ce monde hier soir, les Sean Penn et Brad Pitt. Mais hier soir à Cannes, derrière son pupitre, sa modeste récompense en main, Jeannot, avec son sourire cabotin et ses yeux gourmands face à l'instant magique comme il en existe un seul dans une une vie m'a rappelé les grands d'antan et ce pourquoi je l'aimais tant.

 

Bien joué mon Jeannot !

 

Bande-annonce de The Artist de Michel Hazanavicius


 

 

 

Tag(s) : #Cinéma

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