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En cette rentrée, ils ont décidé d'être enfin à ton chevet. Mais de loin seulement. La maladie qui t'affecte effraye. Il ne faudrait pas l'approcher de trop près, de crainte de risquer la contagion. Du plus loin que je m'en souvienne, on n'a jamais su te soigner comme il fallait, ma belle. Jamais accepter ton long déclin économique, jamais stopper la spirale infernale du racisme, du chômage qui touche tes blocs de béton et contamine tes gosses. Aujourd'hui pour la première fois, un gouvernement organise un comité interministériel consacré à toi seule. Veinarde. On veut te sauver de ta délinquance. T'envoyer l'armée. Tu redeviens la vedette du petit écran. 10 minutes de reportage au cœur des blocs pour constater le mécanisme ultra-rodé de ces types qui tiennent tes murs avec leur came. Le consommateur, visage flouté, se barre avec 4 barrettes de shit pour 40 euros. Belle recette. Suit la petite explication de qui fait vivre ce second système pour citoyens de seconde zone. La vie ne peut être que plus belle à Marseille quand tu te mets 400 euros dans la poche à la fin de la journée grâce au traffic de drogue. Le reportage s'arrêtera-là. Seule cette image de toi nous intéresse. Personne ne dira ma belle que toi tes 3 millions de chômeurs tu les côtoies depuis belle lurette à ta façon. Selon l'Insee, 17,3% des personnes recensées en 2008 se déclaraient au chômage dans la cité phocéenne quand le taux de chômage s'élevait à 11,7% sur tout le territoire. Je n'évoque même pas le sort de tes jeunes. Les yeux rivés sur l'Espagne et ses terrifiants 53% de chômage chez les moins de 25 ans, la nation détourne les yeux quand la Castellane, fief qui a vu naître le sauveur de la nation en 1998 (ndlr : Zinedine Zidane), connaît 49,9% de chômage chez ses moins de 25 ans. De loin, de ce que je sais de toi, tu semble être notre Grèce à nous, berceau fabuleux que l'on laisse s'effondrer sous le poids de la misère de ta population : 31 % de tes habitants vivent avec 954 euros de revenus mensuels par foyer contre 13,5% dans le reste du pays m'informait Libé  ce matin. Qui peut panser tes plaies béantes et âgées ? Qui peut apaiser ta rancune ? Car je serai toi, Marseille, j'en voudrais au reste de la nation d'avoir fait de toi la grande ville la plus pauvre de France. Toi qui est la seule grande ville en France a avoir ses banlieues dans la ville. Toi qui a eu le mérite de ne pas les reléguer à la périphérie comme cette ingrate de Paris. Bien-sûr la mer est là. Elle n'est le quotidien que de quelques privilégiés. Car des quartiers nord il faut plus d'une heure en bus pour descendre admirer ton horizon infinie. Marseille, je n'ai jamais posé les pieds chez toi, mais je déteste quand on te regarde ainsi. Juste pour ta délinquance, ton shit et tes caïds. J'ai écouté trop de rap marseillais, lu trop de fois le formidable Total Khéops de Jean-Claude Izzo pour croire ceux qui te décrivent comme de la mauvaise graine. C'est eux qui ont fabriqué ta misère, ta délinquance, ta déliquescence depuis des décennies. 1997. IAM chantait ces mecs, tes mecs, « coulés par le désespoir qui partent à la dérive ». 1995, Izzo écrivait : « Il fallait habiter là, ou être flic, ou éducateur, pour traîner ses pieds jusque dans ces quartiers. Pour la plupart des Marseillais, les quartiers nord ne sont qu'une réalité abstraite. Des lieux qui existent, mais qu'on ne connaît pas, qu'on ne connaîtra jamais. Et qu'on ne verra toujours qu'avec les « yeux » de la télé . Comme le Bronx, quoi. Avec les fantasmes qui vont avec. Et les peurs. » Tout était dit. Écrit. Prédit depuis des lustres. Depuis que ces hommes avaient débarqué les mains vides chez toi, pour fuir leur pays, par amour de cette salope de mère patrie, pour la construire. Son ingratitude ne date pas d'hier. Elle remonte à la construction de ces blocs. À l'abandon des blocs et des citoyens de seconde zone qui courbaient l'échine dans l'espoir d'être un jour accepté. On a préféré les oublier. Aujourd'hui, tes 21 morts en moins d'un an ont réveillé l’État. Les effets d'annonce, un plan Marshall à la française, plus d'habits bleus par ici, de caméras pernicieuses par là ne t'aideront pas. La ghettoïsation et l'exclusion ne s'effacent pas en un jour. Elles se réparent sur le long terme en accordant de l'importance à celle et ceux que l'on a négligé pendant trop d'années. En espérant que pour une fois, tes rappeurs les plus talentueux ont commis une erreur dans le texte : « Le futur ne changera pas grand-chose, les générations prochaines seront pire que nous, leur vie sera plus morose ».

 

Demain c'est loin de IAM
Tag(s) : #Actualités

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