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Pour l'état civil, elle a 30 ans et se prénomme Katerine Gierak. Pour la scène, elle a l'âge exquis de l'adolescence et se fait appeler Mademoiselle K. Oui, Mademoiselle s'il vous plaît, c'est très important. Car la demoiselle n'appartient à personne, à part peut-être à sa plume et à ses émois, grâce à qui elle enchaîne l'écriture de textes incisifs et libérateurs. En cette rentrée 2011, la rockeuse aux airs enfantins regagne les bacs avec un nouveau disque : Jouer dehors. « Viens on va jouer dehors » nous lance t-elle. Et on court la rejoindre sans hésiter une seconde...

 

Aisément, Mademoiselle K réenfile sa tenue de combat. Cette tenue à qui elle doit un de ses premiers succès (l'excellent « Ça me vexe » en 2006). Toujours fin prête à nous faire partager son énergétique rébellion d'ado éternelle, la voilà qui pointe le bout de sa guitare électrique. Sur la pochette de son nouvel opus, elle regarde son auditoire en face pour la première fois. Jadis de dos, la voilà cette fois-ci avec son perfecto rose en soie, entourée de flèches, croquant la pomme avec malice, une mise en scène signée Mondino. On la retrouve fidèle à elle-même. Son petit minois de fille insoumise, les cheveux courts et l'œil à l'affût de ses états d'âmes. Des états d'âmes qu'elle couche sur le papier, qu'elle livre à l'état brut quitte à filer au passage quelques bleus à l'âme. « Je chante haut ce que je me dis tout bas. C'est pour ça que j'me plie en trois » explique t-elle sur un titre à l'éblouissante sincérité baptisé « La Corde ». Sensible voilà un mot qu'on ne pouvait guère accoler au profil de la demoiselle dans ses albums précédents. Avec « Jouer Dehors », elle ajoute cette corde sensible à son arc. Elle grandit un peu. Pas trop quand même, car si elle devenait cet adulte, qu'elle tacle si bien dans ses textes, Mademoiselle K perdrait tout son charme. Elle y perdrait même son âme.

 

L'éternelle ado

 

MademoiselleKMademoiselle K a l'âme d'une adolescente. La rage et la sensibilité de cette âge si précieux. Certains lui ont longtemps reproché ses comptines enfantines, faciles et rebelles. Et pourtant, aujourd'hui, sa faiblesse explose, elle devient sa grande force. « Jouer Dehors » en est le parfait exemple. La demoiselle s'y amuse avec une comptine entêtante où elle se comporte comme une enfant qui refuserait l'autorité parentale et cette règle bien connue des grandes personnes : se résigner. Mais elle n'a pas du tout envie de « se résigner » comme les grands, et le dit avec ses mots. « Pas envie d'être vieux », « pas choisi d'être grand », « pas envie de se forcer à faire semblant », Mademoiselle K lâche des vérités sur des airs gamins et ses vérités brillent par leur sincérité. La gamine de 30 piges est bel et bien douée pour son âge. En quelques riffs enivrants et notes de piano adoucissantes, elle nous prend par la main pour nous mener dehors, dans sa cours de récré, son monde à elle : là où elle se rêve en songwriter talentueuse et rockeuse acharnée.

 

Jusqu'ici, Mademoiselle K était « vexée » et « jalouse », une nana qui ne fallait pas trop emmerder. En deux, trois mouvements elle nous faisait reprendre du « poil de la bête », comme elle le dit elle-même, avec des textes agités. Aujourd'hui, elle reste sans aucun doute cette nana féroce mais avoue « apprivoiser sa folie ». La jeune fille a même appris à s'effacer (« Mais si je dis trop de conneries je veux bien me taire rien que pour te plaire »). Mieux encore, elle admet son imperfection, cette voix sans cesse sur le fil, parfois fausse mais toujours franche (« Quoique je fasse ça sera toujours imparfait »).

 

La fureur attachante de la demoiselle

 

L'imperfection chez elle est attachante. Car sous ce rock extrême, ces comptines enfantines, cette voix qui ne cherche jamais à faire joli se cache une fille « décadente » d'une rare lucidité. Il y a cinq ans, avec Ça me vexe, on devinait facilement que la demoiselle n'appréciait guère le comportement de ses contemporains. Aujourd'hui, d'entrée de jeu, elle jette sa plume incisive et son humour noir sans difficultés sur eux et notre tragique société. Avec le titre « Aisément » Mademoiselle K aligne les vérités cinglantes sur l'état du monde et de ses finances. Certes, il reste un brin d'adolescence, de naïveté tantôt énervante tantôt attachante dans sa façon de combattre le monde d'aujourd'hui, mais on lui pardonne vite cette fureur de vivre. Une fureur nécessaire.

 

Aisément Mademoiselle K ravive nos colères, notre jeunesse et nos désirs les plus fous sur des mélodies pétillantes sans cesse sur le fil. Car sous la colère se dissimule un gouffre sombre que l'artiste nous fait visiter avec pudeur et sincérité. Comme pour nous confirmer que sous le perfecto de la rockeuse se cache un petit cœur qui bat. Qui bat à la chamade grâce à ses indignations et ses tourments. Ce petit cœur se dévoile un peu plus dans ce nouveau disque, aux vertus addictives. Il semble nous dire à chaque titre qu'il bat à la va-vite, qu'il est un peu décadent et énervant, candide et complexe, mais que sa sincérité excuse ses douces imperfections. « Je ne voudrais pas tomber dans l'oubli » chante le petit cœur de Mademoiselle K sur le dernier titre en forme d'adieu temporaire. On espère qu'il ne s'égarera pas dans l'oubli de si tôt parce que l'on a besoin de lui pour « toucher la corde sensible ».

 

Le site officiel de Mademoiselle K 

 



Tag(s) : #Musique

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