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La Courneuve fait la une des médias. Nouveau coup d'éclat dans la banlieue la plus crainte de l'Ile de France. Cette fois-ci pas de voitures brûlées, de révoltes urbaines ou de tirs sur des forces de l'ordre mais une plainte. La plainte de toute une population auprès de la HALDE (Haute Autorité de Luttes contre les Discriminations et pour l'égalité). Déposée le 6 mai dernier, cette plainte s'insurge contre une discrimination territoriale qui fait rage depuis plus d'un demi-siècle sur cette commune de Seine-Saint Denis. La Courneuve s'unit pour tirer l'alarme d'un lieu déshérité à la dérive depuis des années. Fière, rebelle et généreuse, La Courneuve porte plainte pour ses générations futures et pour demander réparation face à l'abandon de l'État.

Imaginez-vous, coincez dans ces tours aux 4000 logements. Prisonnier de locaux délabrés , prisonnier d'une discrimination urbaine et sociale, prisonnier d'une image négative, celle de la banlieue. La Cité des 4000 est la principale cité de La Courneuve, une cité à l'image des banlieues françaises. Construite après la guerre, elle a suscité dix années de construction et offert 4000 logements à de nombreux rapatriés d'Afrique du Nord suite aux événements de la Guerre d'Algérie. Juifs, arabes et français ont cohabité sous ce même toit durant des dizaines d'années donnant à la Courneuve ce beau statut de ville monde et de terre d'accueil. Statut hypocrite quand on connait l'histoire de ce lieu que la Mairie de Paris utilisait, dans les années 70,  pour regrouper les familles et les habitants dont elle ne désirait pas dans son centre ville. La Courneuve a servit de "débarras" pour des populations aux revenus modestes et certainement aux couleurs ensoleillés.

Un lieu déshérité
Au delà d'un malaise présent évident, La Courneuve réclame réparation avec cet acte inédit puisque l'outil national que représente la HALDE est habituée à voir débarquer la plainte d'individu et non de tout une ville qui se rebelle face à un État. Cet État a des dettes envers les habitants de La Courneuve. L'actualité médiocre règne sur toute la nation, les classes populaires s'effondrent, les classes les plus aisées s'en sortent avec  quelques maigres dégâts. Mais comment expliquer aux habitants de La Courneuve les actes mis en place pour sauver les plus riches alors qu'eux sont en permanence confrontés à la survie? Bouclier fiscal pour les plus riches, parachutes dorés pour les actionnaires et 360 millions d'euros mobilisés pour sauver les banques, le gouvernement multiplie les tentatives de sauvetage de l'économie. Face à ce naufrage friqué, le peuple métissé de la Courneuve sombre dans une misère sociale et urbaine. Pourtant cette deuxième France s'éveille face à un État qui le malmène et ce système qui le freine, La Courneuve tente de s'inventer un avenir qui vise à réparer le passé, à requalifier ses espaces et relier les quartiers avec la ville. Dans un appel lancé à la HALDE, aux médias et au gouvernement, le maire communiste de La Courneuve, Gilles Proux,  insiste sur cette appellation fâcheuse de "quartier sensible" qui induit les termes de Zones d'Éducation Prioritaire, discriminations positives et d'aides en tous genres. Mais ces soins, pourtant de tailles, restent inappropriés. "Négativement privilégié", La Courneuve aligne les urgences: réhabiliter les logements, résidentialiser les bâtiments, reconfigurer les espaces publics, relier les quartiers avec la ville... Les chiffres sont à l'image de l'environnement: affligeants. 49% de réussite au baccalauréat contre 82,82 % pour l'Ile de France;  875 euros de revenu mensuel pour un foyer fiscal, en 2005, contre 1820 euros pour l'Ile de France; 12.5 % de chômage contre 6,5 % en Ile de France pour l'année 2005 également,... Une situation dramatique qui alarme le maire et ses concitoyens. Aux portes de Paris, les parias urbains s'insurgent positivement avec l'acte intelligent et fondateur d'utiliser la loi française pour mettre fin à un demi-siècle d'exclusion urbaine et de ségrégation.

Touche d'espoir
Cette plainte est une première. Première touche d'espoir, peut être utopiste, mais tellement symbolique pour ces populations que l'on bannit dès l'école. Car là-bas, dans cet autre monde ghettoïsé, les discriminations prennent toutes les formes: emploi, éducation, service public, accès aux biens. La banlieue affole, fait trembler, de la simple énonciation du mot "Courneuve" découle toute une série de représentations à caractère discriminant à l'égard de ses habitants. Le maire parle d'une constante "relégation imposée par la société" depuis ses années 50 où la France est allée chercher sa bonne main d'œuvre coloniale en lui faisant miroiter le rêve à la française. Soixante ans après, le même mépris à leur égard règne encore dans la bouche des politiques. "Le bruit et l'odeur" pour Jacques Chirac, "cette bande de racaille" pour Nicolas Sarkozy, sans compter le racisme ordinaire auquel les populations de couleurs sont confrontées au quotidien. Il ne faut pas oublier également que cette ville monde est une Babel moderne où français de souches côtoient français nés de l'immigration. Pour chacun d'entre eux, blancs ou gens de couleurs, la difficulté à se fondre dans la société est de taille quand on a pour simple origine La Courneuve, ville emblématique du mal de vivre en banlieue.
Cette plainte auprès de la HALDE s'élève comme un combat, un énième poing levé face aux inégalités ambiantes de ce pays qui sévissent particulièrement en banlieue. La Courneuve ne veut plus être condamnée à l'échec et aux déceptions alors avec ce coup d'éclat fantastique elle devient le porte-voix de toute une France malmenée par les politiques et les médias. Une action symbolique pour que la société paye, enfin, pour ce crime contre l'avenir des banlieues qu'elle ne cesse de commettre depuis des années.

Ville de La Courneuve, le Site Officiel

Tag(s) : #Actualités

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