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« Sa conviction, cette certitude absolue qu'il est en droit de dire ce qu'il dit, me fait à la fois chaud au  cœur et froid dans le dos. Après toutes ces années, ni le temps ni la répétition ne sont arrivés à rendre la chanson ennuyeuse.

Dylan

 Dylan par Jim Marshall, New York 1963

À certains égards, c'est aussi une chanson difficile à entendre aujourd'hui, car elle donne à voir une époque qui n'est en fait jamais arrivée. Je me trompe peut-être sur ce point précis, étant donné que j'avais seulement 4 ans en 1965. Mais cette époque-là (ou est-ce l'époque créée par la chanson?) semble avoir été la dernière occasion, dans l'histoire américaine, où le pays aurait pu changer d'une manière fondamentale, et pour le meilleur. Cette chanson – encore aujourd'hui – pointe du doigt cette possibilité, lui donne un sens, attire votre attention sur elle, et elle vous force alors à décider ce qu'il convient de faire.

Et cette voix vous dit ceci (elle vous dit tout, en fait) : « ce n'est pas vraiment à elle qu'il s'adresse, mais à vous » (et à moi, et à chacun d'entre nous). C'est une voix infiniment nuancée – par moments d'une monotonie presque autoritaire, parfois attendrie et tragique – mais elle est aussi en colère, vengeresse, joyeuse, ironique, lasse, spectrale, harangueuse. Et elle aurait sonné de la même manière en grec ancien ou en russe contemporain. Il y a dans cette voix tant de désir et de pouvoir, une sensibilité telle, qu'elle lui permet de détecter, les moindres petites vibrations qui proviennent du centre de la Terre. Mais comme un compteur Geiger devenu soudain autonome, elle oscille entre vouloir enregistrer le prochain séisme et vouloir le faire arriver. Et c'est là que la chanson réclame sa concession à l'éternité. »

 

Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins de Greil Marcus (Galaade Editions)

 

 

Tag(s) : #Musique

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