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«Willkommen, bienvenue, welcome…», ce sont sur ces quelques mots aux multiples accents, que s'ouvre le mythique Cabaret de Bob Fosse. Honte à ceux qui ne l'ont pas encore vu à défaut de l'avoir entendu (et dont je suis ravie de ne plus faire parti depuis très peu!). Accueillantes de prime abord, les premières notes de ce Cabaret deviennent tour à tour envoûtantes et effrayantes, à l'image de l'Allemagne où ce Cabaret se plait à jouer des airs décadents. Nous sommes dans les années 30, et enivrantes, d'une Allemagne complexe où tard le soir, des allemands boivent, fument et s'amusent dans un Cabaret aux personnages haut en couleur, pendant que d'autres allemands, dans l'ombre, préparent leur revanche sur l'Europe avec l'avènement de la doctrine nazie. Loin des atmosphères « guimauve » des comédies musicales habituelles, Bob Fosse signe en 1972 un comédie musicale bouleversante où s'entremêle la très traditionnelle histoire d'amour et l'histoire terrible de la montée de l'idéologie nazie. Tiré du livre Adieu à Berlin de Christopher Isherwood écrit en 1939, le Cabaret de Bob Fosse révolutionne l'histoire de la comédie musicale par la modernité de ses chorégraphies et de ses chansons devenues intemporelles.

 

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Récompensé de 8 Oscars, ce Cabaret ouvre son rideau sur une période sombre par sa politique mais enfiévrée du point de vue intellectuel. Dans le Berlin des années 30, Sally Bowles, chanteuse américaine, à la frimousse délicieuse et au déhanchement ravissant se produit chaque soir au Kit Kat Klub. Son ambition est de devenir une grande vedette, mais pour l'instant Sally ne sait jouer que les aguicheuses de talent sur la scène du Kit Kat Klub, ce qui lui permet tout juste de payer sa chambre. Elle fait la connaissance de Brian, un universitaire Anglais réservé qui donne des leçons d'allemands pour payer ses études. Ces deux-là radicalement différents vont fatalement devenir notre couple impossible. L'éternelle recette pour faire fonctionner la comédie musicale est en marche. Que voulez-vous, on n'y échappe pas parce qu'au final on l'attend toujours cette recette! Après multiples tentatives de séduction, la volcanique Sally et le réservé Brian deviennent amants dans une Allemagne où la haine de l'autre a remplacé l'amour. Même si la vie chaotique de Sally n'est pas du goût du tempérament timide de Brian, ces deux-là vont réussir à vivre une romance bouillonnante dans un Berlin complexe, lieu où, dans les années 30, se joue le destin du monde.


Si Bob Fosse réussit cette comédie musicale aux élans tragiques c'est par sa force incroyable à ne pas insister sur ce qui se trame dans l'ombre du Cabaret. Alors que les danseuses aux formes Felliniennes entament des danses suaves sur scène, le patron de l'endroit, dans l'ombre du Cabaret, se fait rouer de coups par la jeunesse hitlérienne. Le tout sur les chants magiques des danseuses et du formidable maître de cérémonie (Joel Grey). Alors que l'effroyable se produit à l'extérieur du lieu mythique, à l'intérieur sur scène et dans la salle, on vit, on boit, on rit à tout va pour oublier ou pour faire semblant d'oublier l'ascension effrayante du futur « Führer ».

 

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Sally apparaît complètement étrangère à ce qui est en train de se jouer sous ses yeux. Un de ses amis juif, qui s'est fait passé pour chrétien, tombe fou amoureux d'une riche héritière juive qu'il épouse. Cett eintrigue secondaire fait alors écho à cette douloureuse sensation qui veut, que l'on le veuille ou non, que la grande Histoire est toujours proche de nous, et qu'elle se joue avec nous. Sally le comprendra lors d'une scène frissonnante où, entourée de ces deux amants (Brian et un riche playboy nommé Max) dans un hameau en pleine campagne, un jeune homme blond, la croix gammée au bras, se lève et entonne un chant hitlérien, suivit ensuite par d'autres allemands. L'Histoire est là, face à elle. Alors que l'histoire d'amour de son ami survivra à la montée du nazisme, son histoire d'amour avec Brian échouera dans le tumulte d'une guerre qui s'annonce.


Cabaret et ses chants aux paroles calqués aussi bien sur l'histoire de Sally Bowles que sur la grande Histoire est resté dans les mémoires comme l'une des meilleures comédies musicales de tout les temps. Peut-être justement parce qu'elle a su avant tout incarner une œuvre lyrique et historique avant d'être musicale. Pour dessiner l'horreur du nazisme, qui désirait voir l'avènement d'un monde nauséabond d'uniformité physique et idéologique, Bob Fosse a choisi de poser sa caméra sur les shows fabuleux du Cabaret en prenant le temps de s'arrêter sur les visages flamboyants des danseuses et sur le physique baroque des spectateurs qui les observent. Ainsi, comme le chante l'inégalable frimousse (et voix) de l'unique Liza Minelli, le réalisateur a fait le choix de montrer ouvertement que la vie est un cabaret, aux formes et idées romanesques, et non un monstre d'uniformité.

 

 

 

Tag(s) : #Cinéma

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