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Ce matin, dans mon bain, je me suis surprise à chantonner un air célèbre. Un air utopiste, voire extrémiste. « Qu'est ce que tu chantes ? » me demanda alors ma frangine de 15 ans à travers la porte. Je chantonnais mal certes, un air idéaliste. Un air entendu la veille dans mon petit écran, les yeux rivés sur la fiction grandement romanesque de Gérard Mordillat, Les Vivants et les morts. Les vivants chantonnaient cet air fameux à la couleur vive dans les rues d'une ville imaginaire. Les vivants déambulaient comme des morts-vivants en hurlant leur colère contre un système qui les sacrifiait. Sacrifiés par d'obscurs capitaux venus fermé la Kos, usine du coin faisant tournée la ville et les vies de ces hommes et de ces femmes de fiction.

 

Hélas pour moi, comme souvent, la fiction parle. Elle parle avec des simples banderoles : « Qui récolte la tempête, récolte la grève ». Elle parle avec la rage et la vérité des mots de son héros, Rudi, qui en pleine manif' ne nous raconte pas de la « fiction » comme il le dit mais de la tragique « réalité ». Il n'y a qu'un pas entre la fiction et la réalité, entre le propos tenu hier soir par une fiction bien française et le propos tenu depuis des jours par les rues françaises.

 

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Rudi : « Vous savez aussi bien que moi que ce n'est pas de la fiction ce que je vous raconte là, c'est la réalité. Il n'y a pas un seul jour sans qu'on nous annonce un plan social à la radio ou à la télévision, c'est comme les attentats au Proche-Orient. Y'en a tellement qu'on devient indifférent. Y'a plus de réalité : 500 000 chômeurs, 400 morts, 40 ou 3 000, ça change quoi ? Demain il y en aura encore et encore. Alors moi je vous pose la question ? C'est quoi ce système qui permet aux dirigeants d'entreprise de s'offrir les bénéfices, de s'offrir des parachutes dorés alors qu'ils ruinent les usines ? Ils nous ruinent nous. Ils jouent avec nous. »

 

Je pourrais citer en entier les 6 épisodes de cette fiction précieuse pour les idées et pour la compréhension des maux du présent tellement elle mérite d'être vue et entendue au-delà de toutes les catégories sociales de cette nation. Cette nation qu'on maltraite ici et ailleurs, qu'on esquinte avec les éternels mêmes rengaines, avec sa sale réputation de grévistes, d'insatisfaits, d'idéalistes. Cette nation prisonnière de son illustre passé de 1789 à 1968. Cette nation dans laquelle on se regarde et se juge si mal. « et les types de la SNCF et tous ces fonctionnaires dans la rue alors que se sont eux les mieux lotis ! », « Et c'est honteux de prendre les salariés en otage, de les priver d'essence ! », « Et c'est lamentable ces lycéens qui bloquent les écoles !  ». Ah oui, tout ça est bel et bien lamentable en 2010 alors que de l'autre côté de nos frontières on travaille jusqu'à 67 ans, que les services publics sont bien moches et que l'assurance maladie chez certains européens est inconnue au bataillon. Oui, c'est lamentable tant de pancartes, de banderoles, de jours de grèves, de disputes enflammées dans les cocons familiaux français ou entre amis qui ne se comprennent pas. Oui, c'est lamentable parce qu'on est plus à l'époque de ce cher Zola et que l'on a pas a descendre dans une mine au Chili pour gagner son pain. Oui, c'est lamentable que nous petits français pseudo-privilégiés que nous sommes, arrivons encore à nous plaindre, à descendre dans les rues pour contester et à chantonner dans son bain de beau matin : L' Internationale.

 

Alors oui, je suis certainement une fille lamentable par mon envie toujours aussi tenace de soutenir cette cause, de défendre l'idée, un brin gauchiste et détestable je vous l'accorde, que le bazar qui règne dans cette nation depuis que les grèves se sont soulevées n'est pas dû aux méchants terroristes/grévistes mais bel et bien à la faute d'un système qui déraille. Ce système que cette chère fiction nous a présenté hier soir sur France 2. Ce système qui broie des vies. « Ah tout de suite les grands mots » me diront certains et bien sachez que les grands mots n'ont jamais fait de mal à personne contrairement à ce système qui crée de l'injustice sociale en permanence et dont le seul but est de satisfaire une minorité de privilégiés. Le système peut continuer à nous pointer du doigt comme les mauvais élèves, les uniques coupables de cette nation qui se fout en l'air. Mais de quoi sommes-nous coupables au juste ? Coupable de pas accepter les ordres ? Coupable de disposer du courage de dire non ? Coupable de mettre la France en danger ? Coupable d'être cette « France qui se lève tôt », qui est tellement chanceuse par rapport à tous ces autres pays qui se lève tôt et ce, eux, jusqu'à des âges improbables. On est juste coupable d'être cette « France qui se lève tôt » et qui n'est pas d'accord pour se faire baiser une énième fois. Alors oui, si les autres pays de ce bas-monde acceptent de se faire avoir et embobiner par ce système horripilant, on peut évidemment m'insulter autant que l'on le souhaite et dire que mon raisonnement ne tient pas la route, qu'il est arrogant et dangereux... mais je suis fière d'être coupable, d'être née du mauvais côté et de penser comme le héros des Vivants et les morts. Penser que « ceux qui se battent peuvent perdre et que ceux qui ne se battent plus ont déjà tout perdu ».

 

Les Vivants et Les Morts : http://www.pluzz.fr/les-vivants-et-les-morts.html


Tag(s) : #Chroniques de l'asphalte

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