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"Il n'y a pas que dans les films que l'on se fait du cinéma. Dans le panorama, la vie nous embobine derrière la caméra" de Maïwenn. C'est sur ces quelques mots d'une chanson enivrante que s'ouvre Le Bal des Actrices. Un magnifique bal, sans robes de haute couture, ni paillettes, juste des actrices folles, superficielles, mégalos, romantiques, tragiques et par dessus tout sublimes.

Après Pardonnez-moi, une auto-fiction diablement cruelle et drôle, son Festen à elle, Maïwenn a repris son outil favori. La caméra DV à la main, elle part à la conquête d'une espèce méconnue, que le spectateur scrute par l'intermédiaire de magazines irrespectueux et de temps en temps grâce au grand écran. Les actrices, vaste programme, vaste question à élucider. Un nouveau défi pour lequel certaines actrices ont refusé de se battre. On ne citera pas leurs noms. Maïwenn, Mélanie Doutey, Julie Depardieu, Karin Viard, Charlotte Rampling, Marina Foïs, Muriel Robin, Jeanne Balibar, Estelle Lefébure, Linh Dam Pham, Karole Rocher font partie de l'aventure, et pour rien au monde il ne faudrait les manquer...

"Entrer dans la danse" nous dit Maïwenn. On y entre avec plaisir, avec nos a priori certainement, mais aussi avec notre désir, nos rêves. Car chacune d'entre elles nous a, un jour ou l'autre, fait rêvé par le biais du grand écran, et elles renouvellent une nouvelle fois l'expérience avec ce film, sortit tout droit d'une autre galaxie. Avec malice, Maïwenn réalise une fiction déguisée en documentaire. A toutes ses actrices, elle leur explique son projet "un documentaire sur les actrices". Son bal n'est pas un bal masqué mais  une danse folle mêlant le documentaire, la fiction et la comédie musicale. Ballet d'une énergie folle, où les comédiennes interprètent leurs propres rôles, tout en se moquant d'elles-mêmes. Viard tourne chez Blier et sans aucune modestie confie à la caméra de Maïwenn que la France devient trop petite pour son immense talent. Muriel Robin se dispute sévèrement avec Jacques Weber pour son premier rôle dans une pièce classique. Mélanie Doutey, star bankable et à l'égo surdimensionné, part se ressourcer en Inde. Marina Foïs s'injecte du collagène et ne supporte plus de se faire rembarrer aux castings par une unique et seule excuse: "Désolé, mais on ne vous connait que par le Robins des Bois". Romane Bohringer souffre cruellement du silence de la profession à son égard.

Dans ce tourbillon de scènes d'une drôlerie extrême s'immisce des moments de vérité d'une sincérité désarmante, où le spectateur égaré dans ce bal d'actrices ne sait plus la frontière entre la fiction et la réalité. Plusieurs scènes magistrales nous renvoient à nos propres peines, des peines faisant de ces actrices des êtres descendus de leur piédestal, des êtres humains à part entière. On retiendra particulièrement les confidences trop intimes de certaines de ces femmes "pas comme les autres". Une Julie Depardieu expliquant que le nombre de fleurs dans ses cheveux augmente au fil de l'amplitude de son mal être. Une Muriel Robin, qui "voulait être Annie Giradot", et qui hélas, dans un scène sublime chante la tristesse de sa condition en revêtant son costume de clown (triste). Une Romane Bohringer laissant échapper les larmes d'un succès connu, certainement, trop jeune (Les Nuits Fauves) et qui par conséquent se retrouve dans des situations. Sans oublier, Karole Rocher, l'actrice anonyme, comme il y en a par centaines. Karole et son maudit travail de serveuse. Karo et ses 15000 Euros donnés pour des cours où l'on apprend le métier d'acteur. La question est: est-ce que cela s'apprend?

Et Maïwenn? Maïwenn l'audacieuse, celle qui capte le moment clé, la vérité caché, le ridicule ambiant du métier d'actrice. Maïwenn la filmeuse, filmé, qui s'amuse avec sa caméra DV comme elle s'amuse avec son petit ami. Et quel petit ami! Un rôle sur mesure pour Joey Starr, étonnant de naturel et de drôlerie, le seul interprète ne provenant pas de la grande famille du cinéma français. Le seul a pointé la complexité de ce milieu, pris au piège des films d'auteurs et des autres, les populaires, rejetés en bloc par Maïwenn qui refuse de filmer pour son documentaire Estelle Lefébure, jugée justement trop populaire.

Maïwenn affirme la complexité de sa pensée et de sa personne, tout simplement, avec cette mise en abime subjuguant. La filmeuse filmée nous fait pénétrer dans son monde: un appartement plein à craquer de photos de cinéma, des affiches des films de Blier sur les murs, une fervente lectrice des Inrocks, Télérama et Libé (les uns ne vont pas s'en les autres, naturellement). Maïwenn, auto-portrait type, d'une génération d'intello souvent méprisée pour son côté branchouille, n'est en aucun cas celle que l'on croît. Surpassant sa condition, elle fait de l'humour sa plus grande arme. Ne faut-il pas avoir de l'humour pour mettre en scène, dans une séquence rocambolesque, le ratage de son propre film? Des actrices outrées par l'omniprésence de l'actrice/réalisatrice jugeant ce pseudo-documentaire "effroyablement ennuyeux".

Projet ambitieux et loin d'être ennuyeux Le Bal des actrices nous fait regretter le cinéma d'antan, son originalité, sa liberté agrémenté de son engagement (une passante vole la vedette à Marina Foïs et pousse son cri de gueule contre Nicolas Sarkozy et son gouvernement face à la caméra DV de Maïwenn, instant fort et étonnamment drôle). Le cinéma de cette génialissime réalisatrice n'est pas sans rappeler celui d'un Demy par exemple, subtilement salué par l'affiche de Lola sur l'un des murs de l'appartement, Demy et ses comédies musicales qui ont certainement influencé Maïwenn qui ré-adopte le concept déjà utilisé par François Ozon dans 8 Femmes, chaque actrice ayant, ici, sont propres temps de paroles avec une intermède musicale contant une histoire.  L'histoire enivrante d'un bal d'actrices, filmé jusque dans les coulisses. Des actrices narcissiques, tragiques et romantiques que Maïwenn aime profondément avec leurs névroses. Car l'actrice ne fait pas ce métier si elle n'est pas névrosée. Besoin d'amour incommensurable, désir d'être adulée, désir tout simplement d'être désirée, l'actrice se dévoile sans complaisance. La nudité affichée sur l'affiche du film sonne comme une promesse faite au spectateur, celle de tout dévoiler. La promesse n'est pas tenue, et heureusement à vrai dire, le mystère subsiste malgré tous les aveux de ces comédiennes exceptionnelles. Et il n'y a rien de plus beau que ce mystère, celui entretenu par le cinéma...



Tag(s) : #Cinéma

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