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Loin du carcan idéologique hollywoodien, Jaime Rosales nous livre avec La Soledad une œuvre aussi honnête que dénuée de toute forme de pathos. Cette chronique conte avec délicatesse les drames d’Adela, jeune mère qui décide de partir vivre à Madrid avec son bébé, et celui d’Antonia, archétype de la mère parfaite. Les minutes défilent et le spectateur ne voit pas le temps s’écouler, trop attentif aux destins de ces deux femmes qui lui rappellent sans cesse que la vie est injuste et qu’elle dicte sa loi à l’humain, en lui infligeant des souffrances sur lesquelles il doit fatalement se reconstruire.
La force de ce cinéma est de tout suggérer par l’image. Rosales met sa technique au service de la pensée : il scrute les moindres axes et points de vue, et réalise 30% du film en polyvision. Un format aux allures de trompe l’œil qui divise l’écran en deux parties égales, afin de montrer deux actions simultanées situées dans des décors distincts. Cet outil subtilement utilisé, et secondé par des dialogues succincts, a pour effet de renfermer encore un peu plus les héroïnes dans leur douleur physique et psychique. Des sentiments non extériorisés, qui les isolent encore plus dans leur « solitude ».
La Soledad, Goya 2008 du meilleur film, dispose d’une sublime agilité pour nous positionner face à des questionnements existentiels, tous aussi essentiels que le deuil, l’amour et les relations humaines. Le cinéaste sonne discrètement l’alarme d’un cinéma qui part à la dérive et nous offre 135 minutes de réalisme social, remarquablement touché par la grâce et la sobriété. Et on l'en remercie.

Tag(s) : #Cinéma

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