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BlueValentine3Les histoires d'amour finissent mal... en général. Stanley Donen en avait déjà fait l'expérience avec son inoubliable Voyage à deux (1967) en filmant le couple Audrey Hepburn-Albert Finney et la naissance charmante de leur amour conduisant naturellement à la naissance de l'indicible : le désamour. Des décennies plus tard, le cinéma indépendant américain nous chante une rengaine similaire sous les ordres du maestro Derek Cianfrance. Crève-cœur d'une absolue beauté, son Blue Valentine explose les petites mièvreries sucrées distribuées à longueur d'année sur le grand écran. Les happy-end existent rarement dans les faits et bien trop souvent au cinéma. Blue Valentine rééquilibre la donne.

 

L'amour est ici une jolie catastrophe interprété par un type irrésistible, Ryan Gosling, et une demoiselle toujours émouvante, Michelle Williams. Incarnant pendant près de deux heures, l'amour trouvé puis l'amour qui s'échappe, ces deux-là habitent la pellicule désordonnée de Derek Cianfrance avec une grâce ravissante, perdus entre la joie d'aimer et la tristesse de ne plus en être capable. Blue Valentine est une série d'instants volés filmés en pellicule 16 mm, passés ou présents, joyeux ou douloureux, émouvants ou ridicules. Une histoire d'amour de six années ne rapportant que le meilleur ou le pire des actes amoureux. Derek Cianfrance fait le choix crucial, mais pertinent, de ne montrer que la naissance et l'agonie de l'amour entre deux êtres : Dean et Cindy. Lui, le fou de musique, a bâclé ses études pour devenir déménageur. Elle, l'autodestructrice, est étudiante en médecine, promise à une jolie carrière. Ils sont ainsi lorsqu'ils tombent amoureux. Ils sont ainsi pendant tout le film où ils cherchent à se remémorer les bons moments de leur coup de foudre. Mais l'heure est au coup de blues, six ans après, dans l'Amérique profonde, celle des petites gens, Dean est peintre en bâtiment, Cindy simplement infirmière, leur petite fille pleure la mort du chien de la famille, et le spectateur pleure le délitement de l'amour.

 

BlueValentine2

La force de ce petit film avec deux grands acteurs aux manettes est de construire quelque chose de neuf sur un sujet sur lequel le cinéma a mille fois disserté. Loin des romances à l'eau de rose hollywoodienne, Blue Valentine désamorce les codes du genre. Il n'a rien de glamour. Transpire la banlieue, le manque de fric, le sexe à la va-vite et les non-dits familiaux. Il s'attarde avec subtilité sur des seconds rôles qui signifient tout et annoncent la tragédie à venir : des parents qui ne s'aiment plus, une grand-mère à l'hospice et un petit vieux en fin de vie. Il pense à souligner les ravages du temps sur ces êtres de seconde zone. Dean, le beau blond des débuts affiche une calvitie naissante et a troqué son sourire ensorcelant pour une clope au bec, quant à Cindy, le poids de la vie familiale pèse sur les traits de son visage de plus en plus dur. Tout est habilement dosé. Tout est donc un peu vrai.

 

Comment l'histoire se casse la gueule ? L'histoire ne le dit jamais. L'histoire ne fait qu'imbriquer les instants mémorables d'une vie revenant à la surface des cœurs et esprits lors d'un week-end calamiteux où Dean, poignant amoureux, tente en vain de raviver un amour réciproque en emmenant Cindy dans un love motel, et plus précisément dans une chambre dont le thème est la science-fiction ! La nuit là-bas est surréaliste. Comme le reste du film, et les histoires d'amour en général. Si la séduction opère avec Blue Valentine c'est parce qu'il ose explorer le sentiment amoureux, comme lui nous explore à chaque nouvelle rencontre. Il ne nous dit rien, en même temps qu'il nous dit tout. Il frôle cette étrange sensation de tenir à rien et d'avoir besoin de tout pour fonctionner. Il juxtapose l'impossible : aimer pour détester l'instant suivant. La mécanique est imparable, et même si elle a tendance a préféré filmer l'amertume de la fin à l'enthousiasme des débuts, elle n'en est pas moins belle, moins juste. Pour une fois, au cinéma, on ne cherche pas à accabler l'un, Dean ce grand enfant sans ambition, ou l'autre, Cindy, cette kamikaze de l'amour. Dereck Cianfrance et ses deux tourtereaux ne cherchent pas à attraper un coupable, mais à happer l'ineffable : le basculement des sentiments. Saisir le pourquoi du comment on peut chanter une ballade romantique au ukulélé pour sa belle en pleine nuit pour finir en pleurs dans la cuisine familiale. Brisé par le quotidien et le conformisme, le coup de foudre se métamorphose en coup de blues inconsolable. Blue Valentine est l'histoire de cette métamorphose. Pas grandiose, ni inédite, simplement incroyablement juste. Le contraire de la vie.  

 

Blue Valentine bande-annonce

 

 

 

 


Tag(s) : #Cinéma

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