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expo-demy-cinematheque.jpgÀ la question : « Pourquoi filmez-vous ? », Jacques Demy répondait, en 1987, avec l'emphase qu'on lui imagine « Parce que j’aime ça. Parce que ça bouge. Parce que ça vit. Parce que ça pleure. Parce que ça rit (…) Parce que filmer c’est comme une femme. C’est comme un homme. Ça peut faire mal. Ça vous écorche. C’est parfois moche. Mais c’est bien quand même » et il ajoutait « Parce que j’aime ça. Et parce que je ne sais rien faire d’autre ». Le petit Jacquot de Nantes avait reçu un don à sa naissance : celui de faire battre les cœurs avec une caméra. Des cœurs sensibles à toutes les émotions d'une vie. Des cœurs beaux comme le jour. Parfois tristes comme la nuit. Des cœurs qui vous écorchent mais qu'on garde à tout prix en mémoire. Comme celui de Michel Piccoli dans Les Demoiselles chantant sa tristesse infinie face à l'amour perdue à cause d'un simple nom de famille ridicule. Oui, ils sont inoubliables les cœurs chantant de Simon Dame, de Madame Dame et de ses filles, de Maxence, de Lola, de Peau d'Âne et des autres. Ces autres venus d'un ailleurs qui laisse songeur. Dans lequel on aime se réfugier de temps en temps. Des décennies plus tard. Un ailleurs qui surpasse la réalité. Qui l'interroge à grands coups de mélodies poétiques et de regards face caméra sans pudeur.

 

Jacques Demy était bien de la race des grands seigneurs qui ont changé le cours du cinéma français avec leur Nouvelle Vague et leur soif de « faire du cinéma autrement ». Bande d'amis qui en vérité n'était que des grands solitaires assoiffés de créations. Chacun d'entre eux ayant contribué à sa manière à ce cinéma où seul la liberté primait. Quand Godard foutait un grand coup de pied dans le cinéma français, Demy, lui, lui donnait un coup de baguette magique et le cinéma se métamorphosait en un conte léger, souvent sensuel – les tenues affriolantes de Lola – mais toujours teintés, assombrit par une réalité contre laquelle on ne peut point lutter. Une réalité qui guette aux frontières de ce monde parallèle où couleurs et chants sont de rigueur. Il y a la grève des ouvriers des chantiers navals dans Une Chambre sur la ville, la guerre d'Algérie sépare les amants dans Les Parapluies de Cherbourg, elle est également celle qui emmène Maxence loin de chez lui dans Les Demoiselle de Rochefort... Les personnages de Demy ont la particularité d'être des êtres sans cesse en quête, une quête qui tantôt meurtrie les cœurs tantôt les soulève. Dans Les demoiselles, Maxence cherche ainsi désespérément dans les rues de Rochefort « son idéal féminin » tandis que quelques kilomètres plus loin à Nantes, dans Lola, Roland Cassard s'interroge sur « la quête du bonheur »... « Vouloir le bonheur, c'est peut-être déjà le bonheur » pense t-il. Et toute l’œuvre de Demy semble s'articuler autour de cette seule et unique pensée : c'est la quête qui sublime cette modeste vie.

 

Cette pensée unique s'expose à la Cinémathèque française du 10 avril au 4 août. Vous pourrez y découvrir l’œuvre entière et décortiquée de Jacques Demy, de ses inspirations picturales à ses féroces envies de West Side Story à la française. Vous vous baladerez des rues de Nantes à celles de LA. Des années d'après-guerre à la période infructueuse des années 70. Cette invitation à entrer dans ce Demy-monde est à ne louper sous aucun prétexte – un marchand de rêve à notre époque ça ne se refuse pas. Un Demy-monde, continent à part dans le cinéma français que certains cinéastes actuels ne cessent de saluer (Christophe Honoré dans 17 Fois Cécile Cassard notamment). Vous vous laisserez sûrement aller dans ce manège multicolore signée Demy et symphonique signé Legrand. Attention, si la ballade vous transporte, le retour à la réalité risque d'être difficile. Vous regretterez sûrement ce cinéma français capable de montés des chassés-croisés osés et colorés, chantés et romantiques, copieusement mélodramatiques et merveilleusement réalistes. La nostalgie d'un cinéma encore capable de nous faire rêver.

 

Pour en savoir plus sur l'exposition Le Monde Enchanté de Jacques Demy à la Cinémathèque

 

Tag(s) : #Culture & the city

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