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Qui n'a jamais rêvé d'un été à New York. Se baigner, avec allégresse et insouciance dans l'atmosphère ravissante d'une comédie américaine des années 50, s'emporter sur les pistes des dancings enflammés, courir les artères de l'île aux buildings et rêvasser au cœur même de l'Amérique fantasmée et idéalisée des années 50. Si vous regrettez éperdument l'époque des grandes comédies à l'américaine et aimez les mots pleins de vagues à l'âme, La Traversée de l'été de Truman Capote est faite pour vous.

 

Roman d'été, et de ses élans de liberté, le manuscrit inédit du célèbre auteur de De Sang froid a été retrouvé, en 2005, dans une vente aux enchères. Le romancier cabotin aura fait traverser bien des épreuves à son premier roman. Âgé d'à peine 19 ans, Truman Capote vit alors à New York lorsqu'il en entame l'écriture. Avec la douceur sauvage de son jeune âge, il rédige l'histoire d'une jeune fille de la bonne société new-yorkaise, Miss Grady McNeil, qui épouse, autant par provocation que par amour, un gardien de parking prénommé Clyde. Sous la chaleur étouffante de Manhattan, l'histoire naturaliste esquissée par ses soins trouvera sa fin dans un drame éblouissant de beauté. Mais Truman Capote, insatisfait, n'en voudra point. Le manuscrit sera donc délaissé pendant près d'un demi-siècle.


Un jour arrive enfin où la jolie jeune fille de bonne société, Miss Grady McNeil, décide de sortir de l'ombre et de dévoiler son histoire au grand jour. L'histoire de l'adolescente qui devient femme, l'histoire d'un milieu social qui oppresse, l'histoire de l'amour interdit s'ouvre enfin au public après tant d'années de silence. L'héroïne de La Traversée de l'été sommeillait depuis bien trop longtemps, et son réveil sonna comme un coup d'éclat. Née dans un autre temps, celui où les demoiselles commençaient peu à peu à se dégager des corsets et des volontés parentales, l'histoire de la délicieuse Grady se voulait intemporelle et devait par conséquent séduire les lecteurs de notre temps.

 

Traverséedel'été

« Tu es un mystère ma chérie » tels sont les mots qui débutent le récit. Ils désignent la jeune héroïne de cette Traversée de l'été. Miss Grady McNeil a le profil type des héroïnes de Capote. Le lecteur, par bribes d'indices, se l'imagine possédant la même jolie frimousse que la mythique Holly Golightly. Certainement moins vénale que sa cousine de Petit-déjeuner chez Tiffany, Grady est une enfant séduisante par son caractère entêté et sauvage. Solitaire, Grady McNeil prend plaisir à s'égarer loin des codes imposées par la société aux jeunes filles en fleurs. Dotée d'une énergie sauvage, la jeune fille de 17 ans se retrouve seule dans un New York accablé par la canicule. Ses parents étant partis pour l'été goûter au raffinement européen, Grady profite de l'occasion pour délaisser son luxueux appartement de la Cinquième Avenue pour les quartiers fiévreux de sa ville. C'est du côté de Broadway, qu'elle a rencontré Clyde, un jeune gardien de parking, rustre mais attachant.


Le coeur de Grady McNeil bat donc pour ce Clyde Manzer. Ces deux-là s'aiment mais de façon différente dirons-nous. Bonnie&Clyde du sentiment, ces deux âmes perdus s'égarent au fil des pages dans un New York vidé de la moitié de sa population et écrasé par la canicule. Un New York croqué à merveille par le parler évocateur de Truman Capote, qui par la finesse de ses descriptions fait naitre sous nos yeux les taxis jaunes, les briques rouges de Brooklyn et les vapeurs du métro. Lire Truman Capote, suivre ces deux amoureux dans le dédale new-yorkais, revient à se visionner une bonne vieille comédie américaine en technicolor. Sous nos yeux, Grady et Clyde étouffent dans leur domicile respectif, cloisonnés et prisonniers d'un univers bien trop étroit pour leur âme sauvage. On n'est pas sérieux quand on a 17 ans, Truman Capote le sait, alors il les fait s'évader vers les sphères de l'affranchissement. Grâce à la ville, il les libère. Grady et Clyde se baladent, respirent le grand air, dansent et filent à tout allure vers la liberté. Sous la plume de l'écrivain, la ville leur appartient dans son immensité, comme à n'importe qui.


Au-delà de la ville, hélas, c'est la vie tout entière qui se dessine sous la plume incisive de Capote. Court récit, finement écrit, toujours tiraillé entre la tendresse et le sarcasme, le drame et la tragédie, La Traversée de l'été croise le chemin de thèmes universels. L'amour, l'amitié, les liens familiaux, la nostalgie et la tendresse sont au rendez-vous du premier écrit d'un des plus célèbres écrivains américains du siècle dernier. Derrière l'aventure ravissante de Grady surgit la tragédie de la fin de l'adolescence : « c'en était fini de l'enfance. Longtemps elle avait refusé de l'admettre ». L'aventure estivale fut la clé vers la voie adulte, celle à laquelle Grady se refusait dès le début du récit. Celle à laquelle elle se refuse dans un ultime soubresaut en grillant les feux rouges de la Troisième Avenue, les yeux indifférents face à la mort prochaine.


Le premier roman de Truman Capote trouve sa fin dans un drame tragique. Une fin à l'image de ses œuvres. Des œuvres où le plus clair du temps la vie est tellement monotone que cela ne vaut même pas la peine d'en parler, il vaut mieux y raconter alors comment on s'y révolte comme on peut, :on boit, on danse, on sort, on flirte mais au final on n'y peut rien, ou du moins pas grand chose. Tour à tour frivole et grave, La Traversée de l'été illumine une énième fois l'oeuvre de Truman Capote car elle est la première pierre à  cet édifice majeur de la littérature.


La Traversée de l'été de Truman Capote (Grasset)

Tag(s) : #Littérature

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