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J'en ai marre des sermons à toutes heures de la journée. C'est indigeste. Mais puisque les beaux jours arrivent, que la robe légère et la peau dorée sont de rigueur, j'ai décidé de faire un (énorme) effort sur ma personne pour m'améliorer dans les relations humaines et par la même occasion faire plaisir à certaines compagnes de vadrouille. La fille hautaine et critique a décidé (enfin) de se laisser aller et surtout « laisser une chance aux gens » sur les conseils d'une fidèle amie. Alors la première personne à qui je vais offrir cette indulgence attend patiemment sur mon étagère depuis quelques mois maintenant. Oui, Alain Badiou, je parle de toi, petit veinard! Toi et ton fort prétentieux Éloge de l'amour, auquel plus d'une fois j'ai adressé un regard fort méprisant, êtes les heureux gagnants de mon changement d'humeur. Mais s'il te plait épargnes-moi le baratin glamour et les chabadabada. Parce que merde, c'est bien moche au final.


Leçon n°1 : L'amour du risque


Alain Badiou pourrait être mon papy. Un papy diablement optimiste alors. Parce que des papy qui croit encore à l'amour, avec un grand A et les chabadabada, ça doit pas courir les rues! Moi, j'aimerais bien le croire papy Badiou, car au final, le bonhomme est plutôt séduisant à mes yeux. Séduisant parce que philosophe et gauchiste, je sais que c'est bien maigre pour écrire une grande histoire d'amour mais quand même, j'y ai mis du mien dans cette découverte de L'Éloge de l'amour et c'est un bon début pour une grande histoire d'amour car selon Badiou l'amour demande des efforts considérables. Alors c'est parti! Je me lance. Chapitre I : l'amour est menacé. Bon alors ça, j'ai envie de te dire papy que c'est pas nouveau, Beigbeder me l'avait déjà enseigné avant toi. La conception sécuritaire de l'amour qui règne dans ce vaste pays correspond à l'atmosphère sécuritaire de toute la nation. Meetic est aussi sécuritaire qu'une réforme lancée par Eric Besson à croire les mots de Badiou... Okoy j'exagère un peu. Mais avouer que Meetic et sa proposition d'amour sans le hasard c'est diablement sécuritaire et peu excitant. Ainsi Badiou et moi, sommes d'accord sur un premier point : continuons à nous fourvoyer dans le hasard et à nous prendre des grosses baignes sentimentales c'est quand même sacrément plus glamour et risqué que de s'inscrire sur Meetic! Le risque et l'aventure face à la sécurité et au confort, tu as raison papy c'est ça la vraie vie!

 

 

Leçon n°2 : L'amour comme proposition existentielle


Le chapitre II est un passage périlleux qui m'a presque donné envie, non pas de tomber amoureuse, je ne suis pas suicidaire à ce point, mais plutôt de rouvrir mes classeurs de cours de philo de terminale. Croiser du regard les meilleures notes de toute ma scolarité et les commentaires élogieux de mon professeur de philosophie... Mais restons concentrés sur le phrasé de Badiou s'il vous plait. « L'expérience amoureuse est un élan vers quelque chose que l'on va appeler l'Idée. Quand je suis en train d'admirer un beau corps, que je le veuille ou non, je suis en route vers l'idée du Beau » dit Badiou (vous suivez j'espère?!)... Ce chapitre ressemble au test bateau que l'on trouve dans les meilleures pages de nos féminins pour petites crétines en proie à une quête d'identité. Ça tombe bien, je suis l'une de ces petites crétines! Alors dans la très très sérieuse philosophie de l'amour, trois conceptions s'opposent mes chères ami(e)s. Tout d'abord la conception romantique, étape obligée, celle de l'extase de la rencontre accompagnée des chabadabada et des « toujours, toujours sur la plage de Cabourg »! Que c'est romantique se disent certaines crétines... Désolé ma petite, tu seras vite rattrapée par l'étape tant redoutée prônée par la conception sceptique de certains philosophes. L'amour n'est qu'illusion selon eux (et selon moi). Alors je sais comme ça c'est pas folichon comme seconde conception, mais je te jure que cette conception est la plus distrayante de toutes! Bon bien sûr, si tu es de la vieille époque et n'a jamais lu un livre de Simone De Beauvoir, tu te réfugieras dans la conception juridique, « commerciale » comme dirait Badiou. Une conception où l'amour n'est qu'un contrat de plus dans ta pauvre vie de consommateur-mouton. Ou alors si vraiment, tu es une optimiste de la première heure, tu suivras papy Badiou dans sa conception de l'amour comme construction de vérité : « L'amour ne m'emmène pas en haut ou en bas. Il est une proposition existentielle : construire un monde d'un point de vue décentré au regard de ma simple pulsion de survie ou de mon intérêt bien compris ». Je dois avouer qu'à partir de cette phrase, j'ai un peu lâché prise ou plus exactement compris que j'étais bien trop égoïste pour intégrer l'idéologie de Monsieur Badiou à ma petite tête. Allez courage, il me faut continuer.

 

Leçon n°3 : L'amour est une aventure obstinée


Alain Badiou a du comprendre que son précédent chapitre m'avait laissé sceptique, alors pour son chapitre sur la construction amoureuse il a fait l'effort de me citer quelques exemples. Parce que moi, dès qu'on me parle de Roméo&Juliette tout s'éclaircit et les idées sont soudainement à portée de mon petit esprit. Je vois Léonardo Dicaprio et Claire Danes se bécoter follement dans un délire Shakespearien, et tout s'illumine! « L'amour s'initie toujours dans une rencontre comme celle de Roméo&Juliette par exemple. Cette rencontre est un événement, c'est-à-dire quelque chose qui n'entre pas dans la loi immédiate des choses ». Ah, les charmes éblouissants de la rencontre amoureuse, Badiou, n'a pas besoin de nous les décrire, on en connait tous la rengaine. Le cœur léger, les mains tremblantes et le sourire béa... Ne vous emballez pas si vite parce que papy Badiou ne supporte pas cette rencontre fusionnelle où « l'amour est brûlé, consommé et consumé en même temps dans la rencontre ». Ce point de fusion conduit à la mort, c'est pas moi qui le dit, c'est lui! Badiou pense à tout et n'oublie pas par conséquent l'inconvénient existentiel qui vient contredire l'extase des commencements. Le philosophe est un obstiné et conçoit son amour de l'amour uniquement de cette façon. Chacune de ses pages est un plaidoyer pour l'amour comme une aventure obstinée. Sûr que notre époque où l'on se sépare pour la moindre difficulté ne doit pas beaucoup plaire à Badiou. « L'amour véritable est celui qui triomphe durablement » écrit-il. À la lecture de cette phrase, j'ai envie de dire à ce cher Alain Badiou que ça doit pas courir les rues ça Monsieur. Et puis franchement, c'est quoi le courage le plus courageux dans toute cette histoire : le courage de ceux qui restent parce que « l'amour est une aventure obstiné » ou le courage de ceux qui s'affronte, qui ose tout casser, tout saccager par égoïsme parfois mais surtout par courage? Alors Monsieur Badiou, une réponse?!

 

Eloge de lamour

Leçon n°4 : L'amour comme vérité


Un peu pompeux comme titre de chapitre. « Vérité de l'amour » alors qu'on nous assène à chaque instant que l'amour est surtout très aveugle. Chez Badiou, l'amour est une construction de vérité par la différence, la scène du deux si vous préférez... « Tout amour qui accepte l'épreuve, qui accepte la durée, qui accepte justement cette expérience du monde du point de vue de la différence produit à sa manière une vérité nouvelle » selon le philosophe. Vous êtes tous en admiration devant la prose de l'homme qui, tel un gourou arriverait presque à nous faire oublier la seule vérité qui vaille : un jour, tout se casse la gueule! Badiou ne néglige pas cette donnée du problème, selon lui « décider la fin d'un amour est un désastre », il ajoute même deux lignes sur sa propre séparation (oui deux lignes seulement... faut pas exagérer non plus, c'est pas BHL dans la presse people notre Badiou!). Deux petites lignes qui permettent enfin à la lectrice que je suis de se dire que ce livre n'est pas une grosse supercherie et qu'il a bien été écrit par un humain qui possède un coeur! Une fois ce livre bouclé, je sens que je vais me faire une cure de philosophes « anti-amour » style ce bon vieux Arthur Schopenhauer ou Sören Kierkegaard et son nom imprononçable. Parce que Badiou commence sérieusement à m'agacer avec ses théories sur l'amour et son obstination permanente pour construire. Et pourquoi pas déconstruire bordel?!

 


Leçon n°5 : L'amour c'est communiste


Bon cette fois c'est la dernière leçon que j'accepterais. Serait-elle la meilleure? Et bien elle apparaît en tous cas comme la plus révoltée et passionnée. Badiou m'aurait-il entendu me plaindre de tout son positivisme ambiant?! Alléluia! « La procédure amoureuse n'est pas toujours pacifique, elle est l'une de des plus douloureuses de la vie, il faut le reconnaitre » et bien j'ai envie de dire qu'il était grand temps que tu le reconnaisses mon cher Alain parce que la mauvaise foi c'est assez gonflant. L'amour n'est donc pas un long fleuve tranquille, la preuve en est que multiples œuvres importantes, romans ou films, sont souvent bâtis sur ce challenge voir cette impossibilité qu'est l'amour. Sa tragédie, son épreuve sont souvent la clé du succès, bien oui c'est normal après tout, on raffole tous de lire ou voir ses propres émotions sur une page ou un grand écran. Tandis qu'un film ou un roman sur l'amour, sa durée positive et ses efforts conséquents c'est plus du tout sympathique à voir ou à lire. Parce qu'il faut dire ce qui est, c'est ennuyant. Or la vie est bien trop courte pour s'ennuyer. Ne voyez pas par là une quelconque façon de dire que je me suis ennuyée à lire cette éloge écrite par Alain Badiou. Au contraire, il y croit le Badiou à sa théorie et s'en est presque touchant, moi-même le temps d'un instant j'y ai cru parce que j'étais dans un moment de grande faiblesse certainement. Mais il faut dire ce qui est : c'est carrément plus marrant d'être dans un moralisme sceptique voire pessimiste de l'amour. Conception qui au quotidien vous aide à mieux vivre dans ce bas monde que vous cautionnez peu. « L'amour n'est finalement qu'une ruse de l'espèce pour se perpétuer et une ruse pour assurer l'hérédité des privilèges » moi je crois que j'aime bien cette idée que réfute Alain Badiou. Aujourd'hui j'ai lu cette toute jolie phrase (à lire aussi ici) : « Pourquoi procréer (voire aimer) dans un monde tout niqué? ». Bonne question hein? On procrée et on aime, uniquement pour donner un sens à tout ce spectacle imperceptible qu'est notre monde certainement... Bref, pour faire simple et rapide, et contredire ce cher Badiou (parce que faut pas croire que je crois tout ce que je lis!), j'ai bien compris qu'il voulait m'amadouer dans son ultime chapitre en écrivant que « l'amour c'est communiste car le vrai sujet d'un amour est le devenir du couple et non la satisfaction des individus qui la composent ». Il a essayé de m'embrouiller avec « l'amour c'est communiste », mais ça marche pas! J'ai du coeur mais pas pour l'amour... et en plus je suis égoïste. Combat perdu d'avance mon cher Alain!

 

Éloge de l'amour d'Alain Badiou avec Nicolas Truong (Flammarion)

 


Tag(s) : #Littérature

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